TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
« Le gardien de la maison d'arrêt de Lazarre remettra à la gendar-
merle et à l'huissier les nommés Dusson ex-marquis, Cossin-Laberayeid.,
Cavin ex-noble, RegnarJ dit du Coudray, la fille Loizerolle*, les deux
* Cette pièce est inédite. Plusieurs noms sont rayés sur la minute. Nous les avons imprimés en italiques. Les numéros, placés au-dessus des noms, ont clé mis après coup, très-certainement à mesure que l'huissier faisait Tappel, et que les prévenus répondaient.
* Au point de vue de l'identité absolue, ce n'était ni le fils ni le père qui était désigné, puisqu'il y avait- la fille Loizerolle; mais dans la pensée tle l'accusateur public, si on se reporte aux listes citées plus haut (voy. p. lxixiv), c'était bien le (ils qu'il entendait traduire devant le tribunal, et cette pièce achève de ruiner l'assertion de Fouquier-Tinville. Le placement des numéros révèle un drame l'apide et émouvant. A l'appel de la fille Loizerolle, il dut y avoir un instant de silence. Personne ne répondant, l'huissier passe aux deux frères Trudaine, qui ont les n** 5 et 6, quand ils devraient avoir les n'* 6 et 7. Pendant le temps que met l'huissier à appeler ces deux noms, une résolution subite, héroïque, s'empare de Loizerolle père. Au moyen de cette identité mal dbnstatée, il conçoit l'espérance sublime de sauver la vie de son fils, absent sans doute à ce moment; il répond... et l'appel continue. Le lendemain, au tribunal, on se contente de changer François-Simon Loizerolle fils, figé de vingt-deux ans, en Jean-Simon Loizerolle père, âgé de soixante et un ans. Fouquier, dans sa défense, s'est appuyé sur une liste portant, le nom de Loizerolle père. Cette liste existe dans le dossier du procès; elle comprend vingtcinq noms, ce sont ceux des individus composant la troisième fournée. Chaque nom est accompagné d'une note concernant la conduite antipatriotique du détenu à Saint-Lazare. Elle est terminée par une note générale, dans laquelle Duclos est représenté comme bon patriote, et elle est signée de Robinet, réfugié belge du département de Bruxelles, de Ch. Jaubert, réfugié belge, né d'un père français, et de Seimandy. Or cette liste est absolument sans valeur, puisqu'il fut prouvé, dans le procès de Fouquier (audience du 13 germinal et du 2 florral), que ce fut Pépin Dégroueltes qui fut chargé de faire parvenir celte lettre délatrice à Fouquier-Tinville, et qu'il la lui remit, en effet, mais, qu'on le remarque bien, au cours des débais de l'audience du 8 thermidor, c'est-à-dire postérieurement à l'établissement de toutes les pièces de la procédure.
SA VIE ET SES ÉCRITS POLITIQUES. ci
frères Trudeone, jmnprin * profes?e«r, Mico, Mâche, Bosset officier,
Derviily, Dorival, Deffossé ex-noble, la femme Deffossé, Blanchard corn"
ord"***"', Duelos ex-chevalier, Sina * ex-secrétaire du ci-devant roi, la f*
Gambon, Butler américaine, 1^ Périgord, Brongniard, Broquet, Auger
off. de jjaix ', Joseau s" Petion, Boucher secrétaire de Bailly, André
Bruny * ex-noble, prévenus pour être conduits au tribunal révolutionnaire.
Le 7 thermidor. Tan 2^ de la République française une et indivisible. »
A.-Q. FODQDIER.
. On put enfin réunir les vingt-cinq prévenus* destinés à la fournée du lendenjain.
L'acte d'accusation, daté du 6, reproduisait les mêmes faits à peu près dans la même forme ^ :
a Antoine-Quentin Fouquier, accusateur'public du tribunal révolution, nairc, Expose que par arrêté du Comité de salut public, DussoD, ex-marquis, etc., etc • • . . \ •
Ont été traduits au tribunal révolutionnaire pour s'être déclarés les ennemis du peuple en conspirant dans l'intérieur de la maison d'arrêt , dite Lazare ;
Qu'examen fait des pièces adressées à l'accusateur public il en résulte que iesdits Dusson et autres prévenus paraissent avoir été les complices de la conspiration ourdie dans la maison d'arrOt dite Lazare par les nommés Allain, Selles, Isnard et autres conspirateurs dof^tle tribun-d a fait justice et qu'ils devaient seconder dans l'intérieur de la dite maison
* Pranpain fut rayé, parce qu'il était déjà à la Conciergerie.
' Sina fut rayé, parce qu'il n'y avait personne de ce nom à Saint-Lazare.
' Auger. officier de paix, est rayé nous ne savons pourquoi. Il était peutêtre déjà à la Conciergerie, ou ne fut trouvé qu'après l'appel. En tout cas, il lit partie de la troisième fournée.
* C'est par erreur qu'André Bruny se trouvait sur celle liste d'appel. Son nom n'existe sur aucune des listes précédentes; il n'élait pas compris dans la conspiration de Saint-Lazare. Il figure cependant sur la liste Robinet, Jaiibort et Seimandy, dont il est parlé plus haut. Il fut jugé, le 9 thermidor, dans l'audience présidée par Scellier, et exécuté le même jour.
» Voyez dans VHistoire du Tribunal révolutionnaire, de M. Compardon, 1, p. 556, les noms exacts, qualifications, âgés, demeures des accusés, jugés le 8 thermidor.
® Pièce inédile.
cri ANDRÉ CHÉNIEH.
d'arrêt le mouvement que devaient faire à l'extérieur le dit AUain et autres conjurés pour en forcer les portes et parvenir à Tévasion qui devenait le signal de nouveaux forfaits.
Les prévenus sont d'ailleurs les ennemis du peuple; tous ont secondé les trames de Capet, etc., etc.
D'après l'exposé ci -dessus l'accusateur public a dressé la présente accusation contre les y dénommés pour s'être déclarés les ennemis du peuple en entretenant des intelligences et des correspondances avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la République, en leur fournissant des secours en hommes et en argent pour favoriser le succès de leurs armes sur le territoire français, comme aussi en conspirant dans la maison d'arrêt dite Lazare à Toffet de s'évaHer et dissoudre, par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple notamment des membres du Comité de salut public et de sûreté générale, la représentation [nationale, le gouvernement républicain et rétablir la royauté. »
L'ordonnance de prise de corps était aussi du 6 thermidor, et signée des juges lllarny, Paillet, Th. Barbier et du commis-greffier Ducray.
Le 8 thermidor, les vingt-cinq accusés montèrent sur les gradins, dans la salle du Palais de Justice dite de TËgalité. Le tribunal était .composé de Pierre-André Coffinhal, vice-président, de Etienne Fouèault, Philippe-Jean-Marie Barbier, juges, de Liendon, substitut de Taccusateur public, de Dix-Août, Pigeot, Despréaux, Specht, Laviron, Dreys, Blachet, jurés, de Derbez, commis-greffier. Six témoins vinrent déposer : les nommés Manini, Coquery, Pepin-Desgrouettes, Victor Gagnant, Horace Molin et Jean- Louis Roger.
Voici les questions, écrites de la main de Coffinhal, qui furent posées aux jurés*,:
a Sont-ils convaincus de s'être déclarés les ennemis du peuple en participant à tous les crimes commis par Capet et sa femme depuis 1789, en assassinant le peuple pour défendre la royauté, en entretenant des correspondances avec les ennemis extérieurs et intérieurs de la République, en leur fournissant des secours en numéraire, en participant à tous les crimes commis par les infâmes Bailly, Lafayette et Pétion, en conspirant contre la sûreté et la souveraineté du peuple français, contre l'unité et l'indivisibilité de la République, comme aussi en conspirant dans la maison d'arrêt de Lazare à l'effet de s'évader et de dissoudre, par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple et notamment des membres du Comité de salut public et de sûreté générale, la représentation nationale et le gouvernement républicain jpour rétablir la royauté en France? »
Coffinhal.
* Pièce inédite.
SA VIE ET SES ÉCRITS POLITIQUES. an
€ La déclaration du juré est que tous les accusés sont convaincus à Texception de Edme-Jean-Bapliste-Félix Duclos et de Michel-Pierre-Louis Pranpain.
A l'audience publique du tribunal révolutionnaire à Paris, le 8 thermidor, an second de la République française une et indivisible. »
Signé : Coffinhal, J. Derbez, commis greffier.
En conséquence, les vingt-trois autres accusés furent condamnés à mort et exécutés le même jour, 8 thermidor, sur la place de la barrière de Vincennes.
Ce fut le dernier acte de la conspiration de Saint-Lazare. En trois jours soixante-quatorze victimes étaient montées sur Féchafaud, l'enquête Faro en fait foi, pour avoir mal parlé de Robespierre ou de CoUot-d'Herbois.
Le lendemain, c'était le 9 thermidor ! Heureux ceux que l'obscurité de leut nom avait dérobés, dans Fombre deS prisons, aux yeux de ces pourvoyeurs de la mort!
Plus heureux qu'André, Sauveur vit s'ouvrir devant lui les portes de la Conciergerie ; mais il élait impuissant à consoler les siens de la perte de son frère. M. de Chénier avait perdu dans André celui de ses fils que la raison, la beauté de l'âme, la communauté des idées et la même foi politique lui avaient /endu le plus cher. Terrassé par la douleur, ce vieillard s'affaissa et ne put lui survivre que quelques mois. Marie-Joseph devait encore partager avec sa mère bien des années d'amertume. .
Aux cris d'allégresse poussés par la France, délivrée de la plus sanglante et de la plus honteuse tyrannie, avaient d'abord répondu les larmes de tous ceux qui avaient perdu dans la tourmente un parent ou un ami. Mais bientôt ces pleurs se changèrent en imprécations et en colères. La réaction, mauvaise conseillère, souffla la vengeance dans toutes les âmes et déshonora souvent les plus légitimes douleurs. Et tandis qu'on proscrivait avec un trop aveugle acharnement les vaincus de thermidor, l'ancien parti constitutionnel profitait de la victoire pour venger, sur ses adversaires survivants de 1792, la défaite que lui a^ait attirée son manque d'énergie et d'union.
La mort d'André Chénier fournit un thème lugubre aux colères des anciens rédacteurs du Journal de Paris. Ils se souvinrent de la querelle éteinte d'André et de Marie-Joseph ; ils rappelèrent quelques paroles imprudentes et légères, quelques-unes de ces paroles déclamatoires, façonnées à la romaine, échappées peut-être des lèvres
civ ANDRE CHENlhR.
hautaines de Marie- Joseph; et, envenimant la satire et Tëpigramme, trempant leurs allusions d'amertume et de fiel, ils lui jetèrent à la face un sang qu'il n'avait pas versé.
Cette guerre inique, ces attaques injurieuses où toujours revenait la sanglante invective, durèrent bien des années*, mais furent vives surtout pendant les années 1795, 1796 et 1797, depuis la représentation de Timoléon jusqu'après la publication de la Calomnie, Un volume suffirait à peine h réunir les brochures, les articles de journaux, les lettres, les satires, les épigrammes dirigés contre Tinfortuné Marie-Joseph. Tous les anciens tenants du parti constitutionnel, tous ceux qui avaient plus ou moins guerroyé aux côtés d'André Chéqier y compromirent leur dignité. A Suard, à Lacretelle, à Dupont de Nemours, s'élait joint Michaud ; tantôt le trait partait du Journal de Paris ou des Nouvelles politiques^ tantôt de la Gazette française f tantôt de la Quotidienne. De nouveaux venus
* Plusieurs personnes, cependant, restèrenl les amis communs d*André et de Haric-Joseph, el leurs témoignages doivent servir comme de trait d'union entre leurs mémoires. Voici une lettre signée d'un nom de femme, d'une nommée Louise Duhamel (.-ippartenait-elle ù la famille Du Hamel de Brazais?), où, sous toutes les boursouUures du style, se cache un sentiment délicat. Elle parut, le 26 messidor an 111 (14 juillet 1795), dans le numéro 14 du Courrier de Paris :
Paris, 25 messidor an III.
« Citoyens, le silence devient un crime, lorsqu'on voit la calomnie propager des bruits aussi absurdes que barbares. C'est avec horreur que j'entends répéter dans différents journaux, vendus à la haine, que Chénier représentant du peuple, aurait pu sauver la vie à son digne et infortuné frère. L'amiiié que j'avais pour l'intéressant André, celle qu'il avait lui-même pour son frère, celle que celui-ci avait sincèrement pour lui, me sont de sûrs garants qu'il n'a pu le soustraire au sort qui planait sur la tète de tous ceux qui savaient et avaient. Les larmes amcres que j'ai vu répandre ù Chénier, le mépris qu'il oppose à la tyrannie de ceux qui veulent attaquer son cœur pour faire les honneurs de sou esprit, le vengeraient bien assez. Mais il est bon de confondre les méchants par des faits. Chénier a pour lui une moralité consignée dans ses ouvrages; qu'on lise ou qu'on voie Fénelon, on le jugera ce qu'il e>t. Quant ù sa conduite politique, des rapports plus ou moins fermes ne feront jamais préjuger aux gens sensés que Chénier soit l'ennemi de la liberté de la presse, parce que ses actions seraient en contradiction avec ses principes.
« Celui qui était désigné à l'échafaud par le tyran, dans cette faction idéale, connue sous le nom de muets, devait, ce me ^emble, être plutôt plaint qu'outragé aussi grossièrement. L'insertion de ma lettre dans votre journal vous suscitera peut-être quelques sarcasmes polémiques, mais la justice et l'honneur d'un h immc outragé doivent vous fai:e braver ces petits désagréments. Je vous offre en revanche l'encens de la plus vive reconnaissance.
« Votre concitoyenne,
« Louise Duhamel. »
SA VIE ET SES ÉCRITS POLITIQUES. cf
s'en mêlèrent: les MuUot, les Fonvielle, les Sevrin, les Léger se taillèrent une mince notoriété dans une grande infamie. L'adversaire le plus cruel de Marie-Joseph fut André Dumont, l'ancien conventionnel, commissaire dans le département de la Somme. Entre eux deux la querelle devint également acrimonieuse et injuste, acérée de traits également empoisonnés.
Aujourd'hui il convient de laisser retomber dans Toubli toutes ces turpitudes et toutes ces petitesses, véritablement indignes d'honnêtes gens. Toutefois, l'histoire a des droits imprescriptibles et toute action humaine a sa sanction dans le jugement qu'en porte la postérité. En ce qui concerne Marie- Joseph, Rœderer, dans une lettre adressée à Adrien LezayS ^ tracé de lui ce portrait :
< Je tiens pour injuste, dit-il, roplnion qui place Chénier entre les premiers ministres de la Terreur, entre les prédicateurs de la spoliation, de l'assassinat, et l'accuse d'un fratricide; mais qui pourrait trouver Chénier irréprochable ? Personne, et je veux lui accorder cet éloge de dire que sa conscience n'est pas assez corrompue pour le juger tel. Il n'a été ni ambitieux ni cupide, mais il a été d'une vanité sans mesure; il n'a point été. vénal et rampnnt, mais faible et pusillanime; .point absurde, mais ignorant; point méchant, mais vindicatif; point féroce, mais fanatique. Il n'a point commis de crime, mais il a' professé tous les miuvais principes qui les font commettre; il n'a point été l'assassin de son frère, mais l'ami des assassins. »
Dans ces lignes, Rœderer a systématiquement omis tout ce qui, dans le caractère qu'il traçait, aurait pu faire naître quelque sympathie. Marie- Joseph , il faut le dire, manqua .surtout du raison et de jugement, c'est ce qui fit qu'un enthousiasme irréfléchi dégénéra chez lui en fanatisme démagogique, et que son amour pour la liberté devint de l'intolérance. Loin d'être vindicatif, « il était naturellement généreux, a dit de lui M. de Chateaubriand*. Ce fut même cette générosité de caractère qui Tentraîna vers des nouveautés bien séduisantes sans doute, puisqu'elles promettaient de nous rendre les vertus de Fabricius; mais bientôt trompé dans ses espérances, son humeur s'aigrit, son talent se dénatura. Transporté de la solitude du
* Publiée dans le Journal d'économie publique, n* 13, le 10 nivôse an V (30 décembre 1796), et reproduite dans ses CEuvreSf lome IV, pages 157-162.
* Dans le discours de réception qu'il devait prononcer ù l'Académie française, lorsqu'il fut nommé en remplacement de Chénier, et à la lecture duquel s'opposa Napoléon. Voyez la notice sur Marie-Joseph Chénier, par M. Ch. Lnbitle, vers la fin.
CYi ANDRÉ CIIÉNIER.
poëte au milieu des factions, comment aurait-il pu se livrer à ces sentiments affectueux qui font le charme de la vie? »
Un trait, enfin, est tout à fait faux dans le portrait que trace Rœderer, c'est le dernier ; Tabus de Tantilbèse a égaré la plume de récrivain. Marie-Joseph n'a point été Vami des assassins de son frère, La vérité est qu'après avoir été leur dupe, il a failli être leur victime. Quand ses deux frères étaient en prison, André à Saint- Lazare et Sauveur à la Conciergerie, Marie-Joseph faillit souvent se compromettre, en allant solliciter pour'eux plusieurs conventionnels influents. Soupçonné, surveillé, sinon encore proscrit, il était obligé de se tenir dans Tombre et de dérober sa vie aux regards de Robespierre. Faisant tous ses efforts pour soustraire ses frères à la mort, il l'attendait pour lui-même. Mais il ne voulait pas recevoir du tyran Tordre de mourir ; et, préparé à une stoïque résolution, il portait sur lui du poison.
Il est, en effet, un dernier témoignage qu'il faut croire absolument et sans réserves, c'est celui d'une mère. Madame de Cbénier pleurait André dans les brus de Marie-Joseph, et sa douleur eût dû éveiller iin sentiment de respect chez des adversaires qui avaient trop oublié qu'une plume est une arme qui doit rester courtoise. Lorsque André Dumont multipliait ses attaques contre Marie-Joseph, vers la fin de 1796, madame de Chénier elle-même intervint dans la lutte et se jeta devant son fils outragé. Voici la lettre qu'elle adressa à un journal du temps S lettre indignée dans laquelle, aux témoignages d'affection qu'elle donne à Marie-Joseph, se mêle un mot touchaift, une expression^ de noble vénération pour André Chénier :
Paris, ce 26 frimaire an V.
a Je viens de lire avec indignation dans un journal les atroces calomnies vomies contre mon plus jeune fils, Marie-Joseph Chénier, par l'infâme André Dumont, reste impur de ces brigands qui, sous le règne de la terreur, ont couvert la France de larmes et de sang.
a Dans ces temps affreux, quand deux de mes entants p^émissaient au fond des cachots, l'un par les ordres de Robespierre, l'autre par ceux d'André Dumont, Marie-Joseph Chénier, seule consolation de sa famille, ouvertement proscrit lui-même par Robespierre et ses complices, n*a cessé de faire des démarches ppur ses frères infortunés, auprès d'une foule de membres des deux comités homicides : elles n'étaient que trop infructueuses ainsi que celles de son père.
^ la Sentinelle, numéro du 50 frimaire an V (20 décembre 1796).
SA VIE ET SES ÉCRITS POLITIQUES. cvu
« Le Tertueux André. Chénier périt assassiné le 7 ihermidor. Sauveur, son frère, eût péri de même sans le grand événement qui ariiva deux jours après.
« Marie-Joseph, hautement menacé, les aurait suivis. Ses parents et ses amis savent qu'il s'était muni d'un poison violent pour ne pas tomber aux mains des tyrans sanguinaires, dont il ne parlait à toutes les époques qu'avec une profonde horreur. Un de ceux qu'il méprisait le plus, André Dumunt, ose l'accuser aujourd'hui d'avoir abandonné sd mère.
(i Ah ! bien loin de l'avoir abandonnée, il lui donne chaque jour de nouvelles marques de sa tendresse filiale; c'est lui qui me tient lieu de tout, et je lui donne publiquement ce témoignage authentique, afin de soulager mon cœur maternel et de confondre ses calomniateurs. »
E. L. veuve Chénier.
« Le vertueux André Chénier /» Ces nobles paroles, sorties de la bouche d'une mère, sont le plus bel éloge qu'un homme puisse envier ici-bas ; ce sont les dernières que nous laisserons tomber sur la uiémoire d'André Chénier.