AVERTISSEMENT
Los Œuvres bn prose d'André Ghéiiier, dont nous olTrons aujourd'hui une nouvelle édition depuis longtemps promise, se composent d'écrits politiques publiés par André Chénier lui-même, soit en brochures, soit dans le Journal de la Société de 1789, dans le Moniteur et dans le Journal de Paris, et de quelques morceaux ou fragments posthumes.
Il en a paru jusqu'ici trois éditions plus ou moins complètes, en 1819, en 1826 et en 1840.
£n 1 819, lorsque de La touche donna la première édition des Poésies d'André Chénier^ il inséra à la fin du volume des Mélanges de prose, composés d'articles publiés du vivant de l'auteur et de quelques morceaux et fragments posthumes.
Celte première édition est précieuse. Le texte des morceaux publiés par de Lalouche est correct et sans taches, conforme à celui donné par André Chénier lui-même. De Latouche a fait preuve de goût et a fait œuvre d'éditeur scrupuleux et fidèle. Il suit de cette observation, qui s'applique aux articles dont nous avons pu vérifier le texte dans les journaux du temps, que nous devons avoir toute confiance dans le texte des morceaux posthumes publiés en 1819, ainsi que dans celui des Ré*
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flexions sur V esprit départi dont la brochure, excessiyement rare, n*est point à ia Bibliothèque nationale.
En 1826, lorsqu'on publia les Œuvres complètes de Marie-Joseph, on eut ridée d'ajouter à ce monument plus ambitieux que bien conçu et bien exécuté, deux volumes comprenant les Poésies et les Œuvres en prose d'André Ghénier. Tous les articles publiés dans le Moniteur et dans le Journal de Paris formèrent le premier de ces volumes, consacré aux Œuvres anciennes. Le second comprenait les Œuvres posthumes ; on y reproduisit avec la suite des Poésies les morceaux déjà publiés par de La touche.
Malheureusement l'exécution de cette édition lut confiée à un éditeur peu scrupuleux. M. Robert se mita revoir et à corriger le texte d'André Ghénier, élaguant ce qui lui paraissait faire longueur, modifiant les mots, introduisant des contre-sens dans les phrases les plus claires, dénaturant comme à plaisir le style et la pensée de l'écrivain. Pas une page n'est exempte de malencontreuses corrections ; près de trois cents mots ont été ou omis ou altérés. Jamais auteur ne fut plus maltraité; jamais le style et la pensée d'un écrivain ne furent plus audacieusement falsifiés.
En 1840, une troisième édition parut. Elle était précédée d'une intéressante Notice historique sur le procès d'André Ghénier^ par M. P. Lacroix : c'est dans cette Notice que furent publiés, pour la première fois, Técrou à la prison de Saint-Lazare, le Mémoire de M. de Ghénier, l'écrou à la Gonciergerie et, enfin, le jugement du 7 thermidor*
Ge qui donna un grand prix à cette édition, quand elle parut, ce fut la publication de plusieurs morceaux posthumes et d'un grand nombre de fragments communiqués par la familleé Malheureusement quelques-uns de ces morceaux ne fu-
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rent pas judicieusement classés ; et plus hialheureusement encore on reproduisit partout le texte informe de 1826. 11 fallait que le génie d* André Chénier fût bien réel et bien sympathique au public pour résister à tant d'incorrections, d'altérations et d'interpolations.
Dès 1862, époque à laquelle parut notre première édition des Poésies d'André Chénier, nous conçûmes le projet de donner une nouvelle édition de ses Œuvres en prose. Dix ans devaient s'écouler sans que nous pussions le mettre en exécution. Aujourd'hui, enfin, après avoir fait paraître la deuxième édition des Poésies^ il nous est donné de pouvoir remplir une promesse qu'on a bien voulu parfois nous rappeler, et pour l'accomplissement de laquelle nous n'avons négligé aucun moyen d'informations.
Notre premier soin a été pour le texte ; nous l'avons sévèrement ramené à sa pureté originale. André Chénier est un écrivain ; c'est dire que ses fautes mêmes importent, puisqu'elles doivent servir à l'histoire de la langue. Nous avons scrupuleusement reproduit, pour les morceaux publiés par André Chénier, le texte donné par le Journal de la Société de 1789, par UMonitenr et par le Journal de Paris. Pour les Réflexions sur T esprit de parti, nous avons suivi le texte de 1819. Pour les fragments posthumes dont nous n'avions point le manuscrit à notre disposition, nous avons été. forcé d'iiccepter le texte de 1840, bien que nous ayons pu ça et là cornger quelques leçons manifestement vicieuses.
Quant au classement des pièces, l'histoire nous fournissait, par les trois dates de 1790, 1791, 1792, les trois grandes divisions dans lesquelles elles devaient être réparties. L'ordre logique était Tordre historique. Le Procès du roi (1792-1 795) devait naturellement former la quatrième division. Nous avons