DE LA LETTRE DU MAIRE DE PARIS
Je ne m arrêterai pas à toutes ces belles phrases : qu'on veut changer un jour de fête en un jour de detdl^ et que les en-nemis du bien public s'applaudissent, et quon souffle le feu delà discorde, etc.; car il n'est personne qui ne sache que c'est là le protocole de toutes les chancelleries de club, et que ceux qui repondent à des raisons par ces insigni6ants bavardages n y attachent eux-mêmes que fort peu de sens.
Voici comment M. le maire expose le sujet de la dispute: a De quoi s'agit-il? Des soldats qui, les premiers avec les gardes-françaises, ont brisé nos fers, et qui, ensuite, en ont été surchargés, arrivent dans nos murs, etc. »
D'abord un citoyen*, estimé pour sa probité et son patrioti>me, a nié absolument que les soldats dont il est question fussent du nombre de ceux qui aidèrent les Parisiens à briser leurs fers ; mais, quand même le fait serait vrai, les deux époques désignées par cette phrase sont-elles consécutives dans rhistoire comme dans la lettre de M. le maire? Ne sontelles pas, au contraire, séparées par un intervalle qui renferme précisément Tobjet de la discussion ? 11 est bien de rappeler, en faveur de ces soldats, une gloire qu'on leur conteste ; mais fallait-il passer sous silence d'autres actions qu'on ne leur conteste pas, et sur lesquelles sont fondées la plupart des réclamations qui déplaisent si fort à M. le maire? N'étaitce pas la peine de nier ou de justifier les rébellions, les meurtres dont on les accuse? Car c'est pour cela qu'ils ont é(é chargés, non pas de nos fers, mais de ceux des malfaiteurs. N 'est-il pas plaisant d'exprimer tout cela par le mot ensuite? Il est assurément fâcheux pour M. le maire que sa prudence
^ Pitra, dans une lettre daléc du 8 avril, insérée dans le Journal de Paris, du 9 : a II est faux que les soldais de Gliâleauvieux aient, les premiers avec les gardes-françaises, brisé nos fers, etc. » Il dit dans It suite que ce régiment suisse a quitta le Ghamp-de-Mars dans la nuit du 14 juillet, et prit la fuite. » La lettre est signée Pitra, électeur de 1780. Voyez note 2, page 149. — Les éditions de 1826 et de 1840 avaient altéré ce passage en changeant c un citoyen » en « un magistrat ».
158 ŒUVRES POLITIQUES. [13 a^nl
ait exigé de lui cette lacune chronologique qui doit avoir coulé beaucoup à sa bonne foi.
« Ce n'est pas Tautorité qui la provoque (cette fête). » Les hommes qui ne connaissent aucun parti et qui méprisent les subterfuges et les sophismes, raisonnent ainsi ; ils disent : Voilà une fête où les monuments publics, le Champde-Mars, Tautel de la patrie, sont employés à quelques cérémonies ; où la gendarmerie, la garde nationale, sont commandées pour marcher dans une procession ^, etc. Or, dans un pays qui est témoin d'une telle fête, de deux choses l'une : ou c'est l'autorité qui la donne, ou il n'y a point d'autorité dans ce pays-là.
« C'est le vœu des citoyens qui la donne. » De quels citoyens ? De combien de citoyens ? « Si personne n'eût vu que ce qui est, tout se serait passé sans bruit. »
Si tout le monde eût vu ce qui est y une pareille infamie n'eût jamais eu lieu.
« Des esprits sombres ont rêvé des malheurs. » Dans un temps où la constitution est chaque jour violée par ceux qui s'en disent les amis ; quand les lois sont impuissantes, par l'audace de ceux qui doivent leur être soumis, et par l'ineptie ou la connivence de ceux qui doivent y soumettre tout le monde ; lorsque tous les principes de la morale et de l'humanité sont corrompus par des déclamations atroces et homicides ; lorsque plusieurs propriétés sont envahies, et
^ Le second programme de la fête, qui fut définitivement agréé par la municipalité dans les premiers jours d'avril, et qui fut inséré en entier dans le Courrier français, du 0 [Cf. le n** 145 des Révoluiioru de Paris), débute, en effet, ainsi : « La marche sera ouverte par un détachement de gendarmerie à cheval, précédé de trompettes. Viendra ensuite un corps armé, composé des bataillons de la garde nationale parisienne, des citoyens avec des piques, de la gendarmerie à pied, et de chacun des régiments et bataillons de troupes de ligne actueUement à Paris, ayatit des tambours et une musique i leur tête. »