‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 59 sur 121 · DE LA LETTRE DU MAIRE DE PARIS · texte numérisé non relu

DE LA LETTRE DU MAIRE DE PARIS

que toutes sont menacées; lorsqu'on élève des trophées à l'assassinat et au brigandage, et que le meurtre des magistrats qni meurent pour la loi* excite à peine quelques stériles regrets et s'ensevelit bientôt dans Tindifierence et dans l'oubli; lorsque tous les hommes qui plaident pour la justice, pour l'humanité, pour les lois, sont traités comme des ennemis publics ; que toutes les autorités légitimes sont livrées à la dérision et à l'insulte; que des confréries privées gouvernent la France ; que les clubs font des magistrats * ; et que ces magistrats demeurent les valets des clubs qui les ont faits ; alors ce ne sont point des rêveurs ni des esprits sombres, ce sont les esprits justes et les cœurs droits qui appréhendent des malheurs, et qui voudraient les prévenir, en apprenant à fous les citoyens qu'il faut s'instruire et examiner, en ôtant le masque à toutes les passions et à tous les vices, en arrachant le sceptre aux usurpateurs qui tyrannisent au nom de l'égalité, et en rendant les imbéciles à leur nullité et les méchants à leur fange.

M. le maire dit ensuite que ceux qui ont parlé du plan de cette fête ont attribué à ses auteurs des projets auxquels ils n'avaient point pensé ; et il cite quelques-unes de ces idées qu'on leur impute, en assurant que ce sont autant de mensonges et de perfidies; et quant à moi, je n'ai rien qui me porte à en juger autrement, lorsque je me rappelle dans quels journaux nous avons tous vu publier et approuver ces mêmes idées et d'autres semblables ; mais je m'étonne que les rédac^ teurs de ces journaux ne soient point de bons patriotes aux yeux de M. le maire ; ou bien je m'étonne que M. le maire n'ait pas lu ces journaux, au moins après qu'ils ont été imprimés.

* Le 5 mars, Simoneau, maire d'Ètampes, avait été massacré au milieu du marché de la ville pour avoir refusé de taxer le prix du blé. Voyez les Fragments politiques,

'* Membre de phrase omis dans les éditions 1826 et 1840.

iOO ŒUVRES POLITIQUES. [13 avril

tt Des libelles, des placards incendiaires, ont paru. »

11 est vrai qu'il en paraît beaucoup tous les jours, sans compter les lettres qu'on écrit à ses concitoyens, et qu'on affiche partout, et qui, ne respirant que les préventions les plus aveugles, et le dévouement à un parti, et la haine de quiconque hait les partis, ne sont propres qu'à irriter et encourager les passions de la multitude contre ceux qui ne veulent ni la servir ni se servir d'elle. Et quand ces lettres sont l'ouvrage d'un magistrat public, elles forment assurément le placard le plus incendiaire dont on se puisse faire Tidée.

M. le maire parle ensuite avec une juste indignation de ceux qui désirent voir la désunion entre la municipalité et le département de Paris : il les appelle des hommes qui ne respirent que le trouble. Et tous les bons citoyens sont, en cela, de son avis ; et c'est ainsi qu'ils ont tous jugé de ces discussions qui furent portées, il n*y a pas longtemps, à l'Assemblée nationale, et qui eurent du moins cet avantage de faire entendre au public une doctrine saine et vraie, éloquemment développée par le procureur-général-syndic du département *, c'est-à-dire par un magistrat qui méritera l'estime de ceux mêmes qui ne seraient pas en tout d'accord avec lui, par l'ardeur, l'intelligence et la ténacité qu'il met à remplir son devoir, et à faire prospérer la portion de la chose publique qui lui a été confiée.

(( Si cette fête n'eût rencontré aucun obstacle, il était im possible qu*il en résultât aucun mal. ù

^ André Chénier fait ici allusion â des discussions de compétence entre la municipalité et le directoire du département. Ce conflit d'attributions avait été porté à TAsscmblée; et, dans la séance du 3 avril, Rœderer, procureur général syndic du département de Paris, était yeou défendre le directoire contre Taccusation d'usurpation de fonctions. Il s'agissait de savoir si c'était la municipalité ou le directoire qui devait remplir les fonctions qui, dans les autres départements, incombaient aux administrations.de district. Voyez, dans les Fragmenté poliiiques, celui où André Glicoier a porté sur Rœderer un jugement bien différent.

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