SUR CAMILLE DESMOULINS
.... Il fallait laisser cette objection à ceux qui ont l'habitude de n'en faire que de pareilles'^, et à qui elle n'avait pas échappé; car je Tai trouvée dans un numéro Ai des Révolîitions de France et de Brabant que mes amis m'ont fait lire; j'ai déjà vu d'autres fois quelques morceaux de ce journal, oh des absurdités souvent atroces m'avaient paru quelquefois accompagnées de folies assez gaies; je me suis encore plus diverti à lire ce numéro 4i , ou l'auteur répand avec profusion ses honorables injures sur la Société entière de 89, et sur moi en particulier. Il extrait et cite de mon ouvrage toutes les dénominations sévères dont j'ai désigné les brouil-
' Tous ces fragments politiques furent publiés pour la première fois dans l'édition de 1840.
* Ce fragment est une réponse à un article que Camille Desmoulins avait publié dans le n» 41 des Révolutions de France et de Brabant, sur VAvis aux Français, paru dans le n" 1 3 du Journal de la Société deilS9. Voyez l'article de Camille Desmoulins, à la fîn du volume.
' André Chénier ayant réclamé, dans VAvis aux Français, la liberté absolue pour tous les citoyens d'aller et de venir sans subir l'inquisition du comité des recherches, Camille Desmoulins lui avait objecté que, dans ce cas, il fallait donc laisser aller et venir des conspirateurs, comme Bonne-Savardin et autres, objection absurde, en effet, et sans valeur, car de tout temps, même avec la plus grande liberté, il y a des conspirateurs et des criminels que les lois savent atteindre et frapper.
Ions, les calomniateurs, les corrupteurs et les ennemis du peuple, et il les prend toutes pour lui ; il dit : Voyez comme on nous traite, voyez ce qu'on dit de nous. Celte naïveté de conscience m*a paru plus plaisante que rien de ce que j'avais vu de lui jusqu'à ce jour, et vous-même, si vous l'avez lu, vous n'aurez pu sans doute vous empêcher de rire comme moi, qu'un homme trouvant dans un livre, où personne n'est nommé, une grande quantité d'auteurs qui, d'après leurs écrits, d'après des fait?, d'après une longue suite de preuves, sont traités de perturbateurs séditieux, de brouillons faméliques, d'hommes de sang, aille se reconnaître à un tel portrait, et déclarer hautement qu'il voit bien que c'est de lui qu'on a voulu parler. J'avouerai que je n'ai pu voir sans étonnement une pareille imbécillité de la part d'un homme qu'on m'avait assuré n'être pas dépourvu de quelque esprit. Je consultai ensuite mes amis, si je devais lui répondre pour confondre ses inepties, le faire rougir de son insigne mauvaise foi, et détruire autant que je pourrai, le venin dont son nouvel écrit est rempli : ils m'observèrent tout d'une voix que, lorsqu'un auteur tronque ou falsifie tout ce qu'il cite, en dénature le sens, vous prête des intentions qu'il est évident que vous n'avez point eues, un homme d'honneur ne doit point lui répondre, parce qu'il est au-dessous d'un homme d'hoimeur de prendre la plume contre un homme à qui l'on ne peut répondre que par des démentis ; que vouloir le faire rougir est une entreprise folle qui passe tout pouvoir humain; que détruire ses discours est inutile, parce que cet homme est trop connu pour être dangereux ; que même, dans ce qu'il appelle son parti, il ne passe que pour un bouffon quelquefois assez divertissant, et qu'il serait difficilement méprisé par personne plus qu'il ne l'est par ses amis, car ses amis le connaissent mieux que personne. Je me suis rendu à ces raisons^
' Gomme on voit, ce fragment n'était nullement destiné par André Ghénicr à être publié.
dont j*ai senti la force et la vérité, surtout quand on m'a appris que ce personnage est le même qui prit, il y a un an, le nom de procureur général de la lanterne^; j'ai vu qu'il avait montré par cette franchise ne vouloir tromper personne ; qu'il avait même ôlé toute arme contre lui au mépris et à l'indignation des honnêtes gens, car il est impossible de rien ajouter à la justice que ce misérable s'est rendue lui-même, en se donnant un titre aussi infâme et aussi digne de lui.