‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 88 sur 121 · SUR BRISSOT ET CONDORCET · texte numérisé non relu

SUR BRISSOT ET CONDORCET

Nos maîtres sont faciles et bons ; quelquefois un peu colères, il est vrai. Mais. .. croyez-vous que tous nos héros aient toujours été...?

Voyez Tami Brissot. Jadis il caressait et rois et ministres, et la police et tout le monde, et jusqu'aux bourreaux de Damiens, espérant toutefois qu'on les surpasserait en invention*, comme le monde va toujours se perfectionnant. Enfin, il était bien avec tout ce qui pouvait quelque chose. Aujourd'hui, que ces idoles antiques sont renversées, il les foule aux pieds et se prosterne devant les nouvelles. Les mauvais citoyens* l'ont accusé d'inôonstance. Quelle ineptie ! Il encensait les puissants d'alors ; il encense les puissants d'aujourd'hui.

le 15 juillet, dans le cent-dixième supplément du Journal de Paris. Une autre lettre, également ferme de ce courageux magistrat, datée du 29 juillet, et adressée aux auteurs du Journal de Paris, et dans Inquelle il dénonçait les injonctions illégales de la commune de Marseille, fut publiée, le 7 août, dans le cent-vingtième supplément.

* André Chénier fait ici allusion au mémoire de Brissot, couronné en 1780 par l'académie de Châlons-sur-Marne. Voyez page 138, note 2, et les Œuvres de François de Pange, page 165. En voici un extrait qui se rapporte à ce passage d'André Chénier : « C'est pour eux seuls peut-être, pour les régicides surtout, qu'il est permis d'être implacable ; c'est pour eux seuls que la cruauté est autorisée, commandée même par l'humanité; car peut-on regretter que l'art des bourreaux ait épuisé ses ressources sur les Cliatel, les Ravaillac, les Damiens, ces monstres vomis par l'enfer pour plonger notre nation dans le deuil?»

* Parmi ces mauvais citoyens était François de Pange.

l^ppelez-vous cela changer? H s'est fait patriote. On Ta cru sur sa parole, et vous voyez à quel degré de gloire et de puissance [1 s'est élevé.

Et le patriote Condorcet! 11 n*a pas' toujours été aussi ardent. Il n'aimait pas les partis fougueux et violents ; il savait craindre pour la chose publique ; il intimidait ceux qui ne doutent de rien ; il proposait de ces conseils réfléchis et raisonnés que les hommes pusillanimes appellent sages ; il haïssait surtout nos seigneurs les Jacobins; il avait d'eux la même idée que le prince Kainiitz*, et il s'exprimait sur leur compte comme une dépêche impériale ; enfin il écrivait, il parlait d'eux comme on parle aujourd'hui de lui. Jugez si des maîtres vindicatifs et rancuniers auraient digéré de pareils outrages. Eh bien ! il est revenu ; on lui a tendu les bras, on lui a pardonné, on a oublié tout ce qu'il oubliait lui-même, et il s'assied majestueusement entre Brissot et Marat*.

C....', homme né pour la gloire et le bien de son pays, s'il avait su respecter ses anciens écrits et su rougir devant sa propre conscience; homme dont il serait absurde d'écrire le nom parmi cet amas de noms infâmes, si les vices et les bassesses de l'âme ne l'avaient redescendu au niveau ou même au-dessous de ces misérables ; puisque ses talents et ses vastes

* On n*a, en effet, qu'à comparer les articles publiés dans \e Journal de la Société de 1789 avec ceux qu'il inséra plus lard dans la Chronique de Paris, pour trouver le jugement d'André Ghénier à peine assez sévère. Sur le prince Kaunitz, voyez note 3, page 190.

' Ce passage semble indiquer que ce fragment a été écrit dans les derniers mois de 1792, après Télection de Brissot, de Marat et de Condorcet à la Convention nationale.

s Le nom de Condorcet n'est pas difficile à deviner. Voyez les notes précédentes et la fin de l'article du 10 juillet. Comparez ces différents fragmenta sur Condorcet avec un passage de VAvis aux Français, p. 19.

études le rendaient capable de courir une meilleure carrière ^P** qu*il n'avait pas eu besoin comme eux de chercher la célé-t** brilé d'Érostrate, e\ qu'il pouvait, lui, parvenir aux hon-^^ neurs et à la fortune,dans tous les temps où il n aurait fallui pour cela renoncer ni à la justice, ni à Tliumanité, ni à la; pudeur.

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