SUR LUI-MÊME
Il est las de partager la honte de cette foule immense qui ' en secret abhorre autant que lui, mais qui approuve et encou- \ rage, au moins par son silence, des hommes atroces et des * actions abominables. La vie ne vaut pas tant d'opprobre. Quand les tréteaux, les tavernes et les lieux de débauche vomissent par milliers des législateurs, des magistrats et des > généraux d'armée qui sortent de la boue pour le bien de la ^ patrie, il a, lui, une autre ambition, et il ne croit pas démériter de sa patrie en faisant dire un jour : Ce pays, qui produisit alors tant de prodiges d'imbécillité et de bassesse, produisit aussi un petit*nombre d'hommes qui ne renoncèrent ni à leur raison ni à leur conscience; témoins des triomphes du vice, ils restèrent amis de* la vertu et ne rougirent point d'être gens de bien. Dans ces temps de violence, ils osèrent parler de justice; dans ces temps de démence, ils osèrent examiner ; dans ces temps de la plus abjecte hypocrisie, ils ne feignirent point d'être des scélérats pour acheter leur repos aux dépens de l'innocence opprimée; ils ne cachèrent point leur haine à des bourreaux qui, pour payer leurs amis et punir leurs ennemis, n'épargnaient rien, car il ne leur en coûtait que des crimes; et un nommé A. C. fut un des cinq ou six que ni la frénésie générale, ni l'avidité, ni la crainte,
* Comparez ce beau fragment avec la fin de son article du 26 juillet, le dernier qui parut dans le Journal de Paris.
iè?pe purent engager à ployer le genou devant des assassins coucélf onnés, à toucher des mains souillées de meurtres, et à bd s'asseoir à la table où l'on boit le sang des hommes.
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.... Aux talents et à la capacité près, ils ressemblent à la Société des Jésuites*.
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... Ils crient chaque jour que la patrie est en danger; cela est malheureusement bien vrai, et cela sera vrai tant qu'ils j^; existeront*.
re. XXII
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.... Attribuent ainsi à une profonde politique ce qui ne fut Touvrageque d'une ambition brouillonne et irréfléchie.
.... Comme on n'y connaît d'autre crime que l'aristocratie, il suit que tous les hommes diffamés doivent... et pour se donner une réputation de civisme^...
.... Tous ces orateurs qui sentent profondément combien il est plus aisé de proscrire que de raisonner.
^ La société des Jacobins; dans le projet de discours du roi, page 266, il a appelé ces sociétés patriotiques des a séminaires de désordre et de turpitude. »
^ Il a employé ce fragment à la fin de son article du 26 février sur les Jacobins.
' Gomme on n'y connaît d'autre crime que l'aristocratie, l'entrée de ces clubs et l'admission de ces sociétés s^ont assurées à tous les hommes diffamés, à tous les ex-galcriens, qui vont là se refaire une réputation de civisme. Voyez pages 123, 125 et 191.
.... (L'Assemblée nationale) trouve toujours dans elle, si je puis m'exprimer ainsi, une obstruction monstrueuse qui la suffoque et empêche tous ses mouvements*.
.... Et on ne les trouvera ni dans les fureurs apostoliques du prêtre Fauchet', ni dans les inepties ampoulées et souvent atroces, avec lesquelles M. Démosthènes Isnard enivre les tribunes d'une admiration si flatteuse.
.... Et beaucoup d'autres exemples de cette tendre pitié pour des scélérats, qui n*est qu une cruelle et insolente dérision des gens de bien.
.... A voir l'opinion publique là où elle est, et non plus dans les applaudissements futiles de quelques centaines d*oisifs ignorants'.
.... Et ne laissez plus quelques furieux appeler liberté l'audace impunie des scélérats et l'effroi des gens de bien.
* C'est de l'Assemblée nationale législative qu'il dit cela.
* Sur l'ahbé Fauchet, voyez note 1, page Cl, et note 4, page 200. Isnard, député du Var à l'Assemblée législative. Démosthènes n'est qu'un surnom, il s'appelait Valentia. H se fit remarquer par ses violents réquisitoires contre les prêtres non assermentés. Voyez un peu plus haut la note 5 de la page 304.
5. Dans son article du 26 février, il a dit : « Quelques centaines d'oisifs, réunis dans un jardin . . , sont clfronlément uppclcs le peuple. i>
Il est beau, il est même doux d'être opprimé pour la vertu *.