ÉCRIT EN
Ils étaient façonnés tellement à la servitude, qu'ils blaient incorporés avec elle, ne vivre que dans elle, n(
* Ce fragment a été publié pour la première fois, par M. de 1 che, dans la Revue de Paris, numéro de mars 1830. 1] a été rep dans la Vallée aux loups, p. 239 ; mais il a été omis dans l'édit 1840. Il semble, par la pensée qui s'y développe, se rattacher au des d'André Ghénier sur les causes des progrès et d« la décadent lettres. Selon M. de Latouche, ce fragment est daté de 1788.
^iconcevoir un autre état. Ils s*en estimaient heureux; ils P*létaient féconds en beaux raisonnements, en excellentes plai- ^«anteries contre les peuples qui avaient eu le malheur de ^*^ii être pas, comme eux, asservis sous un joug bien tyrannique. ^ % regardaient comme un scélérat ou comme un fou tout •"Ihomme convaincu de n'être pas un vil esclave. Plus Tescla- ^ 'vage était muet et rampant, plus ils en faisaient cas. Ce n*est point une exagération, cela est vrai à la lettre, et les ex- ^pressions familières à leur langue en font foi ; car les manières "*de parler proverbiales, étant toujours le fruit des usages d une ^nation, de ses habitudes, de ses mœurs publiques et de sa ^façon de parler et de sentir, ne sont pas des témoins récusa- ^^bles. Il est bon que la postérité sache donc que jusqu*aajour- ''^d'hui la liberté nétait pas chez nous, comme chez les an- ^ ciens, une vertu sans laquelle il n'est point de vertu ; elle ^' était un vice ; le désir de la posséder un crime, son nom Ueul une injure : si bien que lorsqu'un homme était accusé fde penser librement (c'est l'expression qu'on employait et non pas une autre) , on l'évitait, on recommandait aux jeunes geus de le fuir, on déplorait pathétiquement le sort des malheureux qui suçaient le poison d'une société si dangereuse; et lorsqu'un Montaigne, un fiayle, un Rousseau, un Montesquieu réclamaient contre l'excès des tyrannies royales ou ecclésiastiques, ou seulement en indiquaient la véritable source qu!on avait tant d'intérêt à cacher, la plupart des lecteurs anathématisaient l'ouvrage, en disant qi\'il était plein de pensées libres; honorable reproche que trop peu d'auteurs ont mérité.