‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 99 sur 121 · SOUVENIR D'ENFANCE · texte numérisé non relu

SOUVENIR D'ENFANCE

En me rappelant les beaux pays, les eaux, les fontaines, les sources de toute espèce que j'ai vus dans un âge où je ne savais guère voir, il m'est revenu un souvenir de mon enfance qne je ne veux pas perdre. Je ne pouvais guère avoir que

* Il a dit/en parlant de Burke, p. 68, à la fin de ses Réflexions sur Vegprit départi : a Lorsque la vieillesse est pétulante, inconsidérée..., ce n'est pas alors qu'elle mérite quelque indulgence. »

* Publié, par M. de Latouche, dans la Revue de Paris, décembre 1839, et reproduit dans la Vallée aux loups. Ce souvenir se rapporte à rage de huit ans, et il y avait quinze ans de cela quand il écrivait ces lignes. Elles datent donc de Tannée 1785.

huit ans, ainsi il y a quinze ans (comme je suis devenu vieux!) qu'unjour de fête on. me mena monter une montagne. Il y avait beaucoup de peuple en dévotion. Dans la montagne, à côté du chemin à droite, il y avait une fontaine dans une espèce de voûte c/eusée dans le roc ; l'eau en était superbe et fraîche, et il y avait sous là petite voûte une ou deux madones. Autant que je puis croire, c'était près d'une ville nommée Limoux, au bas Languedoc. Après avoir marché longtemps, nous arrivâmes à une église bien fraîche, et dans laquelle je me souviens bien qu'il y avait un grand puits. Je ne m'informerai à personne de ce lieu-là, car j aurai un grand [ilaisir à le reirouver, lorsque mes voyages me ramèneront dans ce pays. Si jamais j'ai, dans iin pays qui me plaise, un asile à ma fantaisie, je veux y arranger, s'il est possible, une fontaine de la même manière, avec une statue aux nymphes, et imiter ces inscriptions antiques : De Fontibus sacris, etc.

XXYl PROJET DE PRÉFACE POUR UN RECUEIL DE POÉSIES ».

L'auteur de ces poésies les a extraites d'un grand nombre qu'il a composées et travaillées avec soin depuis dix ans. Le désir de quelque succès dans ce genre, et les encouragements de ses amis l'ont enfin déterminé à se présenter au lecteur. Mais comme il est possible que des amis l'ait jugé avec plus de faveur que d'équité, et aussi que les idées du public ne se rencontrent pas avec les siennes et les leurs, il a cru meilleur d'en faire l'essai en ne mettant au jour qu'une petite partie de ses ouvrages. Car, si le peu qu'il publie est goûté, il en aura plus de plaisir et de courage à montrer ce qui lui

*■ Publié pour la première fois, par M. de Latouche, dans la préface de l'édition de 1833; mais ce fragment n'a pas été reproduit par l'éditeur de 1840. Voyez, à ce sujet, les Poénes d'André Chénier, 2* édition, page 81.

reste; sinon il vaudra mieux pour les lecteurs d'être fatigués moins longtemps, et, pour lui, de se rendre ridicule et ennuyeux en moins de pages.

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