SUR BRISSOT BT CONDORCET
Nos maîtres sont faciles et bons ; quelquefois un peu colè-
1ères, il est vrai. Mais croyez-vous que tous nos héros
aient toiyours été ?
Voyez l'ami Brissot. Jadis il caressait et rois et miaislres, et la police et tout le inonde, et jusqu'aux bourreaux de Damiens, espérant toutefois qu'on les surpasserait en inyt^ntion , comme le monde va toujours se perfectionnant. Enfin il était bien avec tout ce qui pouvait quelque chose. Aiyourd'hui que ces idoles antiques sont renversées, il les foule aux pieds et se prosterne devant les nouvelles. Les mauvais citoyens Font accusé d'Inconstance. Quelle ineptie ! Il encensait les puissans d^alors; il encense les puissans d'ai^ourd'hui. Appelez-vous cela changer? il s'est fait patriote. On l'a cru sur sa parole, et vous voyez à quel degré de gloire et de puissance il s'est élevé. Et le patriote Gondorcet : il n'a pas toijjours été aussi ardent. ^ Il n'aimait pas les partis fougueux etviolens; il savait craindre pour la chose publique ; il intimidait ceux qui ne doutent de rien ; il proposait de ces conseils réfléchis et raisonnes que les hommes pusillanimes appellent sages ; il haïssait surtout nos seigneurs les Jacobins ; il avait d'eux la même idée que le prince Kaunitz, et il s'exprimait sur leur compte comme une dépêche impériale; enfin il écrivait, il parlait d'eux comme on parle aujourd'hui de lui. Jugez si des maîtres vindicatifs et rancuniers auraient digéré de pareils outrages. Eh bien ! il est revenu ; on lui a tendu les bras, on lui a pardonné, on a oublié tout ce qu'il oubliait lui-même , et il s'assied majestueusement entre Brissot et Marat.
Ce procès , disait Brissot, l'année dernière, ce procès serait odieux quand même il ne serait dirigé que contre des aristocrates : quel nom mérite-^il donc quand il frappe sur des patriotes ? Et tenez , voyez l'ami Gondorcet ; lors de l'assassinat du maire d'Ëtampes , * ignorant si ce meurtre ne resterait pas
* Gondorcet avait fait partie de la Société de 89, avec André Chénier, et il avait écrit comme lai dans le journal de cette Société. ' Jacques-Guillaume Simoneau, mort à son poste pour ta difeme
obscur, comme une foule d'autres, il en a parlé assez légèrement. Plusieurs citoyens tmt péri dans le Iwnulte , dit-il ; et de là 11 continue sa route , distribuant seulement , à droite et à gauche, ses petits coups de stylet empoisonné, qui en font un homme si précieux au bon parti. Mais quand il a vu que cette mort d'un magistrat égorgé parce qu'il exécutait la Loi, faisait grand bruit et révoltait tous les esprits , et que Findignation générale demandait à grands cris ce qu'elle demande eiicf)re , ce que font les tribunaux,. les accusateurs publics ? pourquoi les assassins ne sont pas punis, arrêtés, recherchés? pourquoi des honneurs cclatans rendus à la mémoire d'un homme de bien, mort en faisant son devoir , et le supplice éclatant des scélérats qui lèvent partout la tète, n'encouragent pas les hommes de bien et n'épouvantent point les scélérats? alors il a reconnu qu'il n'était pas tenu de se taire, et , parlant de nouveau de cette mort du maire d'Étampes, il a su encore la faire servir à la bonne cause , en démontrant que ce sont les ministériels, les Feuillans, les amis de l'ordre et de la paix qui ont poignardé ce magistrat, parce qu'il était fidèle aux Jacobins, et qu'ils ont le projet de faire périr de même quiconque va aux Jacobins. Voilà de l'humanité ! Voilà du patriotisme ! Voilà servir ses amis I éclairer le Peuple ! L'honnête homme que ce Gondorcet !
Si , par impossible , il était démontré que MM. Brissot, Ck)ndorcet , Manuel , Carra et autres , sont des hommes qui mentent beaucoup et qui n'ont qu'un patriotisme factice et intéressé, et qui manquent absolument de probité et d'humanité , n'est-il pas évident qu'on en devrait conclure qu'il faut brûler la Constitution et rebâtir la Bastille ?
de la Loi , sclou les termes du programme de la fétc patriotique cé- Icbrcc à Paris en son honneur . le 3 juin 1792.
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G...., homine né pour la gloire et le bien de son pays, s'il avait su respecter ses anciens écrits et su rougir devant sa propre conscience ; homme dont il serait absurde d'écrire le nom parmi cet amas de noms infâmes , si les vices et les bassesses de r&me ne Pavaient redescendu au niveau ou même au dessous de ces misérables; puisque ses talens et ses vastes études le rendaient capable de courir une meilleure carrière ; qu'il n'avait pas eu besoin comme eux de chercher la célébrité d'Érostrate, et qu'il pouvait, lui, parvenir aux honneurs et à la fortune , dans tous les temps où il n'aurait fallu pour cela renoncer ni à la justice, ni à l'humanité, ni à la pudeur.