‹ Œuvres en prose de André Chénier: augmentées d'un grand nombre de morceaux inédits, etChapitre 30 sur 42 · SUR LE MINISTÈHE DE R0LÀ«9, CLAVIÈRE ET SERVAN · texte numérisé non relu

SUR LE MINISTÈHE DE R0LÀ«9, CLAVIÈRE ET SERVAN

Juillet 1702.

Les ambitieux et les intrigans qui , pour parvenir à leurs fins, ont sapé toutes les bases de gouvernement, et qui , ensuite, se plaignent du mal qu'ils ont fait, ne manqueront pas de défendre leur ouvrage, en criant que c'est être mauvais citoyen de faire ouvrir les yeux sur les opérations du mi-

* D'après sa manière de composer, André Qiénier jetait sur le papier, non seulement ses idées , mais encore ses phrases et ses expressions , à mesure qu'elles lui arrivaient; puis il les reprenait dans ces notes sans suite et sans ordre, pour les coordonner à l'aide d'une rédaction suivie. De là les nombreux f^agmens , la plvqpart

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nistère auxquelles on doit, selon eux, une confiance sans bornes; mais cette confiance est entièrement anéantie, même dans le petit nombre de ceux, à qui ce ministère en avait inspiré d'abord. Au reste, je n'eus jamais de liaisons ni d'inimitiés personnelles avec aucun ministre. Celui qui fera son devoir avec courage, avec activité , avec intelligence, qui ne sera point l'agent d'une faction, mais l'homme de TÉtat; qui , par la sage austérité de ses discours , par la constance d^une conduite prudente, éclairée et ferme, montrera que ebez lui le patriotisme n'est point un masque à l'impéritie, à l'ambition et à l'avidité; qui, enfin, ne se croira pas appelé à augmenter le crédit d'un club, mais à faire prospérer la cbose publique, celui-là me trouvera ministériel zélé; car les mots ne me font pas peur.

Mais je demande à tout homme honnête , qui ne s'est pas dépouiUé de sa raison pour se laisser mener en bête de somme, qvCil compare la conduite de ces ministres-ci à l'acte d'accusation contre M. Delessart , article par article ; qu'il se rappelle par qui cet acte d'accusation a été dressé, et par qui le ministère actuel a été fait et est admiré, défendu , prôné; et qu'il me dise ensuite ce qu'il faut penser de tels accusateurs et de tels prôneurs, et quelle idée il faut avoir de leur bonne foi 9 de leur probité, de leur amour pour la Patrie, pour la Constitution , pour la vérité, pour la justice.

dénués d'intérêt et même de sens , qu'il a laissés dans ses papiers , et qu'il parait avoir conservés soigneusement comme des matériaux. Il serait presque impossible de retrouver la date précise de l'époque où ils ont été écrits ; mais on peut croire qu'ils sont tous de l'année 1792. Le lecteur voudra bien ne les juger que comme des inspirations politiques, et peut-être comme des espèces d'énigmes qui n'ont plus de mot à présent. On reconnaît çà et là les élémens des Lettres adressées aux auteurs du Journal de Paris,

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À PROPOS B'UN AaTICLE DE JOURlfÀL.

.... II fallait laisser cette objection à ceux qui ont l*habitude de n^en faire que de pareilles, et à qui elle n'avait pas échappé ; car je Tai trouvée dans un numéro 41 des Révolutions de France et dé Brabant ^ que mes amis m'ont fait lire ; j'avais déjà vu d'autres fois quelques morceaux de ce journal, où des absurdités' souvent atroces m'avaient paru quelquefois accompagnées de folies assez gales ; je me suis encore plus diverti à lire ce numéro 41 , où l'auteur répand avec profusion ses honorables injures sur là Société entière de 89; et sur moi en partictilier. Il extrait' et cite de mon ouvrage foutes les dénominations sévères dont j'ai désigné lès brouillons, les calomniateurs, les corrupteurs et les ennemis du Peuple, et il les prend toutes pour lui; il dit': Voyeaî comme on nous traite , voyez ce qu'on dit de nous. Cette naïveté de conscience m'a paru plus plaisante que rien de ce que j*avais vu de lui jusqu'à ce jour, et vous-même, si vous l'avez la, vous n'aurez pu sans doute vous empêcher de rire comme moi, qu'un homme, trouvant dans un livre où personne n'est nommé, une grande quantité d'auteurs qui, d'après leurs écrits , d'après des faits, diaprés une longue suite de preuves, sont traités de perturbateurs séditieux, de bronUlons (hméliques, d'hommes de sang, aille se reconnaître à un tel portrait , et déclarer hautement qu'il voit bien que c'est de lui qu'on a voulu parler. Tavouerai que je n'ai pu voir sans étonnement une pareille imbécillité de la pari d'un homme qu'on m'avait assuré n'être pas dépourvu de quelque esprit. Je consultai ensuite mes amis , si je devais lui répondre pour CQufondre ses inepties, le faire rougir de son insigne mauvaise foi, et détruire, autant que je pourrai, le venin dont son nouvel écrit est rempli : ils m'observèrent tous d'une

* Voyez cet article parmi les pièces relatïTcs à André Qiéuier.

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voix que lorsqu'un auteur tronque ott> falsifie tout ce qa'il cite , en dénature le sens, vous prête des intentions qu^il est évident qae vous n'avez point eues, un homme d'honneur ne doit point lui répondre, parce q]i.ilest au dessous d'Un homme d'honneur de prendre la plume contre un homme à qoi l'on ne peut répondre que par. des- démentis;, que vouloir le faire rougir est une entreprise folle, qui passe tout pouvoir humain ; que détruire ses discours' est inutile , parce que cet homme est trop connu pour être dangereux ; que même , dans ce qu'il appelle son parti,, il ne passe que pour un bouffon quelquefois assez divertissant, etqu'il'seraitdifScilement méprisé par personne plus qu'il ne Test par ses- amis, car ses amis le connaissent mieux que personne. Je me suis rendu à ces raisons^ dont j'ai senti la force et la vérité , surtout quand on m'a appris que ce personnage est le même qpi prit, il y a un an , le nom de Procureur-général de la lanterne; ysA vu qu'il avait montré par cette franchise ne vouloir tromper personne; qu'il avait même été toute arme contre lui au mépris et à l'indignation des honnêtes gens , car il est impossible de rien ajouter à la justice que ce misérable s'est rendue lui-même , en se donnant un titre aussi infâme et aussi digpë de lui.

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