BA¥ABD
Commandant en chef du 9»* bataillon , Il me légion de la garde nationale.
* J. Eleutbère , grenadier de la 1'* légion , avait communiqaé aux auteurs du Journal de Paris une lettre adressée à Gollot-d'Herbois contre les honneurs rendus aux Suisses révoltés de Chateau-vieux. Cette lettre très énergique se trouve dans le Supplément aa numéro du 7 avril. Bleuthère doit être un synonyme de même que Naudevilley sous le nom duquel on avait aussi publié dans les journaux plusieurs vives réclamations contre la fête de Qi&teauvieux. Voyez le Supplément au numéro du 13.
' La fête donnée au régiment de Cbftteauvicux par la municipa- Uté de Paris.
ET UTTÉRAIRSS. 319
MOUYEUBS BiFLEXIONS SUR LES SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES.^
Ce 20 a^ril 1792.
Mon frère a répondu , dans le Sappléraent du Journal de Paris , à récrit où j'ai combattu son aTis sur les Sociétés des Amis de îa Constitution. Il est essentiel de bien éclaircir le point qui nous (tiTise ; pour établir un peu de méthode dans cette discussion , je poserai d'abord la question ; ensuite j^écarterai de la réponse de mon frère tout ce qui n'a aucun rapport à cette question. J'examinerai s'O a répondu à ce que j'ai dit; je me défendrai surtout îe fiel et l'amertume qui ne sont pas de la logique , qui aigrissent les esprits sans rien prouver ; je n'onbfierai point que je réfute l'opinion d'un frère, en qui j'aurais vouiu trouver toujours un compagnon d'atmes , et jamais un adversaire.
Après avoir tracé le tableau des malheurs et des troubles de la France ; après avoir affirmé que les Sociétés des Amis de la Constrtntion prolongent les innombrables désordres , mon frère en appelle à la conscience de tous les citoyens ; et sans apporter d'autre preuve d'une accusation si étrange qu'un très petit nombre de faits particuliers, il ajoute avec confiance: qu'd mains éPétre on fripon ou tm imbécile on doit conclure avec lui que les clubs anéantiront la Constitution, et que leur destruction est le seul remède aux maux de la France,
* Cette lettre ne fut insérée que dans le M&niieur dn 19 juist 1792, Marie- Joseph CSiénier l'avait annoncée ainsi dans une lettre datée du 1" juin: «Au surplus, sur ce point, (Tinfluence politique des clubs en Angleterre ), comme sur tout ce qui tient à la question des Sociétés populaires, j'ai répondu ayec quelque détail à la dernière lettre de mon frère. Mon écrit am*aît paru dans le Moniteur il y a plus de huit jours , si des matières d'une importance majeure n'avaient retardé la publication. J'avais bien la ressource d'un 5upplâment; mais un Supplément coûte fort cher, et ma fortune ne me permet pas de faire celte dépense. ■
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Voici donc les deux propositions de mon frère. Les Sociétés des Amis de laConstitulion causent tous les maux de la France, donc il faut les détruire : c'est le fond de la question. Voici maintenant ma réponse. Quant àyotre première proposition, vous raffîrmez sans la prouver. Suivant les règles de la justice et de la raison , c'est à Taccusateur à démontrer ce qu'il affirme. En logique rigoureuse, on n'a donc rien à vous répondre sur ce point. De nouvelles assertions ne renforcent point les premières ; des mouvemens oratoires , des tableaux pathétiques, ne sont pas des raisonnemens ni des preuves; ce sont des choses bonnes en elles-mêmes, mais je les crois au moins inutiles dans une discussion. Tout cela peut séduire des esprits faibles ; tout cela peut suffire à des hommes de parti qui ont adopté votre opinion avant même quelle fût énoncée, mais non pas à des citoyens de bonne foi, qui ne demandent qu'à s'éclairer.
Quant à votre première proposition , il est impossible de l'admettre. D'abord, cela est la conséquence de la première, que vous n'avez point prouvée. En second lieu , le titre I^ de la Constitution s'oppose formellement à la destruction que vous demandez. Ce titre I®' permet aux citoyens de s'assembler paisiblement et sans armes, de parler et de publier leurs pensées. Mais, dites-vous, la Constitution ne permet pas tous les délits qui sont commis par les Sociétés dont nous parlons: de là naît une énumération.nouvelle de tous ces délits. Cest recommencer à donner des assertions pour des preuves; c'est supposer toujours ce qu'il faut démontrer, et rien n'est moins satisfaisant que cette manière de raisonner.
Sans doute on doit punir le citoyen qui viole la Loi. Je rae sers de cette expression, parce qu'elle renferme tous les délits possibles. Si donc quelques citoyens, membres des Sociétés dont il s'agit , ont violé la Loi , elle doit les punir individuellement , car elle ne connaît que des individus. Mais ces Sociétés sont plus fortes que les lois : c'est encore là une asser*
tien qu'il faudrait prouver ; et comme cela est démeinti par Tcxpérience , je ne puis la regarder que comme une dérision amère. Nous avons vu, nous voyons chaque jour traduire devant les tribunaux des membres de ces Sociétés , dont quelques uns même sont fonctionnaires publics. Ces attaques , renouvelées sans cesse, et souvent si mal fondées, peuvent prouver racliarnement de plusieurs partis contre les Jacobins, mais non la prétendue dictature de ces Sociétés patriotiques.
A quoi donc se rapporte Tanecdote curieuse et peu connue du rhéteur qui, blâmant Brutus et Cassius, ces renommées tyrannicides, prétendait qu'ils auraient dû accuser devant un tribunal César, dictateur perpétuel , gouvernant le peuple et le sénat , vainqueur de Pompée et de Caton , et commandant de nombreux guerriers qui n'étaient plus l'armée romaine ? Assurément ce rhéteur réfléchissait peu ; mais mon frère a un trop bon esprit pour ne pas sentir que cette anecdote n'est pas heureusement appliquée, et que les Jacobins ne sont pas tout à fait aussi indépendans des lois, aussi inviolables que César.
Néanmoins on n'a point prouvé que les Sociétés des Amis de la Constitution causent les trouble^ de la France. Aucune autorité constituée ne peut détruire ces Sociétés, puisque la Constitution les permet. Les membres de ces Sociétés doivent être punis, quand ils ont violé la Loi ; l'expérience prouve que la Loi peut les atteindre.
Je trouve , dans la réponse de mon frère , quelques digressions qu'il faut écarter. Il accuse plusieurs personnes d'avoir changé d'opinions sur les Sociétés que je défends : ces personnes lui répondront, si elles le jugent nécessaire et si elles se croient suffisamment désignées. Il compare les prêtres nommés réfractaires aux prêtres nommés constitutionnels; il accuse ceux-ci d'être encore plus intolérans que les premiers. Je ne prendrai point le parti ni des uns ni des autres, et rien n'est plus étranger h ce dont il s'agit. Plus loin , il
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paratt se flatter que M. Fox et d'antres hommes d'État , que j'ai cités comme membres des Sociétés patriotiques d'Angleterre, adopteraient son avis sur les Jacobins. Il serait parfaitement odieux, il serait même ridicule de discuter une opinion future; j'ajourne donc cette question jusqu'au moment où MM. Fox, Shcridan, Wilberfrarce , auront émmcé leur avis sur ce point.
Voyons maintenant si mon frère a répondu à ce que j'ai dit. Il me reproche d'avoir cité des autorités : d'abord, sans regarder une autwité comme un raisonnement , je ne vois point qu'il y ait d'inconvénient , après une suite de raisounemens solides, à rappeler, pour appuyer son (^inion, celle des hommes les plus éclaira sur les questions qu'on agite. D est très vrai cependant que , dans mon écrit sur les Sociétés patriotiques, je n'ai cité aucune autorité relativement Ik des opinions. On reprochait aux Jacobins de* trames obscures dont les Assemblées primaires ou électorales : j'ai dit que ces trames obscures appartenaient à ceux qui complotaient secrètement des choix indignes ; j'ai dit que dans le Département de Paris, en 1791, on devait aux patriotes, aux prétendus factieux , la BiMuination de MM. Gondorcet , Brissot, Garrau-Goulon, Rœderer ; tandis que le parti modéré, qui a fait la plus grande partie des élections, demandait aux candidats des preuves de nullités, comme on demandait autrefois des preuves de noblesse. Voilà le sens de ce que j'ai dit, et la Nation gémit de cette triste vérité.
On prétendait que rorganisaiion des clubs, que je défends, était un syûème complet de désorganisation sociale. Tai cité contre cette proposition , non des factieux , tels que i.-J. Roosr seau , Syèyes ou Mirabeau , mais de Lolme, qui a écrit un livre estimé sur la Constitution d'Angleterre. Il s'agissait « non de son opinion, mais des faits qu'il énonce sur l'organisation des clubs an^ais, sur la correspondance d'unbput de l'Empire à Tautre, smr leur influence politique. J'ai dit que, depuis cent
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années, ces clubs n'ont point désorganisé TÉtat; j'ai dit que les plus célèbres orateurs, les philosophes les plus profonds, ont préparé , dans ces Sociétés, des lois qui sont des bienfaits pour TAngleterre et pour Tesprit humain : j'ai donc cité l'autorité de l'expérience, l'autorité des faits, et non celle des opinions individuelles.
J'ai posé en fait, que les Sociétés des Amis de la Constitution pouvaient former quatre cent mille citoyens. Je ne suis point tombé dans l'absurde contradiction d'appeler ces Sociétés l'immense majorité de la Nation. £n efiet , ce ne sont pas les Jacobins seulement qu'elles appellent ainsi, mais tout ce qui est pauvre , et même tout ce qui n'est pas propriétaire : or, c'est là l'immense majorité de la Nation. C'est encore à ce véritable Corps du Peuple, que les ennemis de la chose publique ont donné si ingénieusement le beau surnom de sans ctdoHe , à peu près comme le duc d'Albe et les honnêtes gens qui suivaient ses drapeaux appelaient le parti des Gueux la presque totalité de la Nation batave qui avait l'insolence de secouer le joug autrichien , et de vouloir être libre, malgré des moines et des tyrans.
Je n'ai dit ni fait entendre nulle part que mon frère fût ennemi de l'Égalité : je sais le contraire; et je n'ai point dit qu'il entr&t dans aucune coalition. Je suis sûr de lui avoir répondu avec les égards convenables ; et tous les hommes qui savent lire auront senti que j'éprouvais quelque peine à le combattre et quelque plaisir à lui rendre justice. Mais, en répondant principalement à mon frère, il n'était pas inutile cependant de faire voir que tous les partis contre-révolutionngifes et modérateurs, soit au dedans^ soit au dehors du royaume, se sont coalisés pour détruire les Sociétés patriotiques. J'ai avancé que cette réunion était une preuve infaillible du civisme de ces Sociétés. L'on me répond que les passions sont quelquefois de l'avis de la raison : j'en conviens , et je n'aurais pas conclu de cette manière si je n'avais compté parmi les en
nemis des Jacobins qu'un petit nombre des ennemis de la Liberté ; mais lorsque tous les partis qui veulent anéantir ou modifier la Constitution, les rois, les ci-devant nobles, les ci-devant parlementaires , les prêtres , les grands propriétaires , les agioteurs , divisés d'opinions sur tout le reste , sont réunis sur ce point seul , cette haine unanime me démontre jusqu'à l'évidence l'utilité, la nécessité de ces Sociétés patriotiques ; et je demeure convaincu que, malgré les inconvcniens attachés à tous les établissemens humains , il faut chérir et défendre ces clubs comme le plus ferme rempart de la Liberté, de l'Égalité.
J'ai dit: l'inertie du gouvernement cessera quand il prendra de Vactivité, Je ne me suis point trompé sur l'acception du mot gouvernement : j'ai bien entendu par là la collection des gouvernans , des autorités établies pour faire exécuter la Loi. Mou frère ne conçoit pas comment un gouvernement institué ne veut point agir quand il le peut : rien n'est pourtant plus facile à concevoir. Si le chef suprême du Pouvoir exécutif avait le mauvais esprit d'être mécohtent de sa part constitutionnelle ; s'il était environné de ci-devant nobles qui voudraient ressusciter la noblesse , de prêtres conspirateurs qui voudraient étouffer la Constitution entière ; s'il existait dans toutes les administrations, même dans celles qui sont du choix du Peuple, une foule d'hommes liés par leur intérêt personnel à ces projets liberticides , tous les habiles gens suivraient à la fois un système d'inertie ; ils attribueraient d*abord cette inertie aux Sociétés populaires , dont ils craignent la surveiliaficç. S'ils parvenaient à détruire ces Sociétés, bientôt ils diraient que la Constitution n'a pas donné assez de force au gouvernement. De là, ils proposeraient quelques lignes d'amendemens à cette Constitution, comme, par exemple, Textension de la prérogative royale et la résurrection de la noblesse. Quand les faits n'existeraient pas au milieu de nous, xertes leur existence est possible. Il est donc aisé de conce-
Toir comment un gouvernement institué ne veut point agir, quand il le peut.
Je pourrais encore prouver que mon frère n'a point réfuté ce que j'ai dit , en citant les assertions qu'il répète sur la prétendue souveraineté des tribunes des Jacobins et sur la composition de ces Sociétés.
Sur le premier article , je répondrai ce que j'ai déjà répondu : les tribunes ne font point des lois, n'élisent point des autorités constituées. Telles sont les fonctions de la souveraineté. .
Quant au second article , mon frère pense que les Sociétés dont il s'agit ne renferment point des commerçans,,., ils en font
la majorité dans les villes de commerce. Des cultivateurs
ils en font la majorité dans les campagnes. Des ouvriers ils
ont des jours de repos , et leur loisir est mieux employé dans ces assemblées que dans lés lieux de débauche et dans les cabarets. Il assure que, pour faire un dénombrement complet, j'aurais dû citer les farceurs, les chevaliers d'industrie , les voteurseffractaires, «(c... Quant aux farceurs, c'est, je crois, une manière injurieuse de désigner les comédiens. Il peut en exister^ il en existe qui sont honnêtes gens et patriotes. Quant aux chevaliers d'industrie, aux voleurs effractaires^ etc., mon frère aurait fait-une action civique en voulant bien les nommer avec des preuves irrécusables; il aurait donné aux Sociétés des ÂDiis de la Constitution les moyens d'écarter par un scrutin épuratoire , les membres qui les déshonorent.
J'aurais voulu , je l'avoue , ne point parler de moi dans une discussion qui intéresse la Liberté civile, et par conséquent la chose publique; mais puisque mon frère m'y contraint, en exposant '.es motifs d'intérêt personnel qui peuvent diriger les Idéfenseurs des Jacobins, je lui répondrai d'abord que, moi aussi, j'ai chéri la Liberté avant qu'elle vînt réjouir le so de la France; l'Égalité politique, avant qu'elle fût la base de
notre Constitution. Rajouterai que j'ai prouvé cet amour, non pas seulement par des entretiens particuliers, mais par des ouvrages de quelque étendue, composés avant la Révolution, publiés dans ses premiers temps. Ils n'ont pas été sans éclat , et surtout ils n'ont point contrarié la marche de Tesprit public. Depuis cette époque j'ai toujours suivi le même plan de travail, et je le suivrai toute ma vie, m'embarrassant fort peu si quelques journalistes, quelques obscurs partisans du modérantisme , ignorent à la fois la force des mots et celle des choses, appellent factieux et incendiaires des écrits qui ne respirent que le respect des lois et Famour de l'Égalité.
Quant aux emploie , je ne connais et ne veux connaître aucun ministre ; je ne solliciterai jamais aucune de ces places considérables et lucratives qui sont à la nomination du Roi. Quant à ces suecès liuéraires dont la nature est d^ avoir besoin des applaudissemens de la multitude , suivant l'expression de mon frère, voici ce que je lui répondrai : Si j'avais perdu deux ou trois années à composer des tragédies impartiales ou insignifiantes , et même deux ou trois matinées à écrire pour un journal quelques pamphlets modérés ^ j'aurais trouvé uo grand nombre de prôneurs puissans et actifs; et peut-être, en 1793 , ils m'auraient consolé de n'avoir pu , en 1791 , me glisser dans la foule des députés de Paris, et siéger à l'Assemblée nationale entre M. Robin-Léonard et M. Thorillon. Celle bienveillance est dans la nature des choses; et par une conséquence du même principe, je ne dissimulerai point, j'aime à croire, que les amis de l'Égalité se sont intéressés au succès des productions qui la font chérir. Est-ce là être un homme de parti? Je veux Tétre de cette manière. Le cercle des vrais Patriotes aura beau se resserrer, je veux y rester toujours; et si tous les ennemis de la chose publique parviennent à précipiter la France vers une transaction ignominieuse; si, même , la multitude égarée redemande une portion de l'an-
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cienne servuude^ je saurai dédaigner la majorité esclave , cl partager avec joie le sort de la minorité libre et vaincue.
Marie-Joseph Ghénibr.
LETTRE
A ANDRÉ GHÉNIER.
Ce A juin 1792.
Je viens , Monsieur, de lire votre lettre du 30 mai.^ Je ne puis m'empécher de convenir de la vérité des faits et de la justesse des principes qui y sont contenus , mais il y a bien aussi quelques petites erreurs que vous me permettrez de relever. La chaleur et la force de votre style sont bien faites pour persuader, mais elles sont insuffisantes pour convaincre. Yous croyez , par exemple , que la France doit se glorifier d'avoir vu naître L'Hôpital, Bayle et Montesquieu, Une pareille opinion scandalise bien des gens , et c'est à juste titre.
Ce L'Hôpital était un garde des sceaux, homme de bien, si vous voulez, mais trop humain, trop sensible, je dirais presque trop honnête pour un homme d'état ; d'ailleurs, ennemi des factions, partisan de l'autorité royale, aristocrate enfin, et je vous citerais maints traits de son histoire qui l'auraient conduit tout droit aux Carrières.
Bayle, me direz-vous, était bon logicien; et moi, je vous dis que Bayle était un controversiste, qa\ a épousé des querelles de religion ; traité assez bien , à la vérité , qudques sijgets moraux, mais jamais pénétré à fond les grands, les sublimes principes de la Liberté comme on l'entend.
Quant à Montesquieu, je ne puis vous pardonner une école pareille. Quelques bonnes gens avaient cru qu'il avait jeté de
' Publiée dans le Supplément du Journal de Paris,
grandes lumières sur la nature dès gonvernemens; qu'il avait étudié leurs ressorts, combiné les forces actives qui en accroissent la puissance et en perpétuent la durée. Mais il est bien reconnu à présent que ÏEsprit des Lois est un opuscule qui ne présente qu'un ramas de faits et de citations qui ne prouvent rien, un répertoire d'Ana. Quelques vieilles trivialités politiques s'y perdent dans une nuée de paradoxes. N'a-t-il pas osé dire et tenté de prouver que la monarchie limitée était le meilleur des gonvernemens? Quel blasphème ! 11 est donc clair , Monsieur , que Montesquieu est atteint, comme tant d'autres , de la rouille aristocratique , et qu^il ne s'était jamais douté de la Liberté : tel est l'homme que vous osez prôner I
C'est comme si vous eussiez voulu louer Mably , cet autre coryphée de l'aristocratie , que les sages du siècle ont banni avec ses pareils du pays de la Liberté. Il a fait, il est vrai, un ouvrage sur les droits et les devoirs des citoyens, ouvrage qui a joui d'une estime éphémère; mais on en a bientôt reconnu le danger. Quoi ! insulter la majesté du Peuple en lui parlant de ses devoirs ! et puis, qu'est-ce que cette insolente épigraphe d'un autre de ses ouvrages: Quid legessine moribus? Mably, Monsieur, est couvert d'opprobre, et Mably n'a que ce qu'il mérite.
Il en est de même de Voltaire, il en est de même de Raynal, il en est de même de Mirabeau. Tous ces petits génies sont actuellement à leur place. On conviendra avec vous qu'ils ont toute leur vie plaidé pour l'humanité contre les tyrans ; qu'ils ont écrasé la superstition et l'orgueil nobiliaire ; mais on vous prouvera que ce sont là de légers services ; qu'au total tous ces gens-là n'ont vu la Liberté qu'en optique ; qu'ils ont rêvé gouvernement, unité monarchique, etc.; qu'ils ont surtout, qu'ils ont exécré les factieux et démontré l'impossibilité d'être gouverné par une multitude souverainement agissante : voilà les torts réels de ces hommes tant exaltés ; et si vous ne cou-
sentez à les reléguer parmi les oppresseurs du Peuple , dites au moins que leurs vues courtes et leurs jugemens obtus les ont priyés des grandes découvertes qui ont été faites depuis , et qui ont porté TEmpire français à ce haut degré de gloire , de puissance et de prospérité dont nous jouissons. Rousseau est le seul à qui Ton ait donné un brevet Jacobite, je ne sais pourquoi; car il est facile de prouver , et je prouverai que cet homme est vraiment myope en fait de Liberté. En redressant vos torts, je m'aperçois, Monsieur, que je vais au-delà de ce que je me proposais. Ce vous sera toujours un bon avertissement de ne pas désormais prostituer vos louanges à cette foule d'hommes proscrits dont j'ai pourtant hasardé de citer les noms. Préconisez la profonde , longue et érudite diplomatie du Patriote Français ; portez aux nues l'académique aridité de Taide-major de la Chronique ; ^ élevez-vous à la hauteur de la grande députalion ; et vantez-nous la foudroyante éloquence de Tun , les improvisations merveilleuses de Tautre , la bonacité hypocrite de celui-ci, les phrases bouffies d'épithètes et brillantes de néologie qui composent le précoce talent de celui-là ; puis extasiez-vous devant le zèle ardent et patriotique de ce Comité si intègre , si pur , 6i digne en un mot d'être dictatorisé : voilà le moyen de plaire à tout le monde.... c'est à dire , à fort peu de personnes, comme'le dit très bien Rousseau.
François Ghéron.
'La Chronique (U Paris i rédigée par Gondorcct.