‹ Œuvres en prose, précédées d'une notice sur le procès d'André Chénier et des actes de ce procèsChapitre 119 sur 160 · SUR BRISSOT ET CONDORCET · texte numérisé non relu

SUR BRISSOT ET CONDORCET

Nos maîtres sont faciles et bons ; quelquefois un peu colères, il est vrai. Mais... croyez-vous que tous nos héros aient toujours été... ?

Voyez l'ami Brissot. Jadis il caressait et rois et ministres, et la police et tout le monde, et jusqu'aux bourreaux de Damiens, espérant toutefois qu'on les surpasserait en invention, comme le monde va toujours se perfectionnant. Enfin, il était bien avec tout ce qui pouvait quelque chose. Aujourd'hui, que ces idoles antiques sont renversées, il les foule aux pieds et se prosterne devant les nouvelles. Les mauvais citoyens l'ont accusé d'inconstance. Quelle ineptie ! Il encensait les puissants d'alors ; il encense les puissauts d'aujourd'hui. Appelez-vous cela changer? Il s'est fait patriote. On l'a cru sur sa parole, et vous voyez à quel degré de gloire et de puisance il s'est élevé.

Et le patriote Condorcet! Il n'a pas toujours été aussi ardent. 11 n'aimait pas les partis fougueux et violents; il savait craindre pour la chose publique; il

intimidait ceux qui ne doutent de rien; il proposait de ces conseils réfléchis et raisonnes que les hommes pusillanimes appellent sages; il haïssait surtout nos seigneurs les Jacobins; il avait d'eux la même idée que le prince Kaunitz, et il s'exprimait sur leur compte comme une dépêche impériale ; enfin il écrivait, il parlait d'eux comme on parle aujourd'hui de lui. Jugez si des mai 1res vindicatifs et rancuniers auraient digéré de pareils outrages. Eh bien ! il est revenu ; on lui a tendu les bras, on lui a pardonné, on a oublié tout ce qu'il oubliait lui-même, et il s'assied majestueusement entre Brissot etMarat^.

XVIÏ

C... 2, homme né pour la gloire et le bien de son pays, s'il avait su respecter ses anciens écrits et su rougir devant sa propre conscience ; homme dont il serait absurde d'écrire le nom parmi cet amas de noms infâmes, si les vices et les bassesses de l'âme ne l'avaient redescendu au niveau ou môme au-dessous de ces misérables ; puisque ses talents et ses vastes études le rendaient capable de courir une meilleure, carrière ; qu'il n'avait pas eu besoin comme eux de chercher la célébrité d'Érostrate, et qu'il pouvait, lui, parvenir aux lioiuicurs et à la fortune, dans

1. Ce passage semble indiquer que ce fragment a été écrit dans les derniers mois de 1192, après rélection de Hrissot, de Marat et de Condorcet à la Convention nationale. (li. de F.)

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