‹ Œuvres en prose, précédées d'une notice sur le procès d'André Chénier et des actes de ce procèsChapitre 89 sur 160 · LE PARTI DES JACOBINS · texte numérisé non relu

LE PARTI DES JACOBINS

Ce 8 mai 1792.

Un citoyen de Lille me demande, dans une lettre que j'ai reçue aujourd'liui, ac par quelle inconcevable a et incompréhensible singularité les meilleurs amis a de la constitution et ses ennemis les plus acharnés ce ont à peu près la même façon de penser et la même « aversion pour le parti des Jacobins : ce qui, ajoutea l-il, lui paraît un paradoxe, qu'il serait charmé de a me voir résoudre dans le Journal de Paris. » C'est ce que je puis faire très-aisément, en admettant la vérité du fait sur lequel il m'interroge, et en prévenant que par ces mots : le parti des Jacobins, je n'entends point tous les individus qui se sont assemblés jusqu'ici dans l'église de ce nom, mais ceux qui forment véritablement un parti, qui président à toutes les opérations de cette Société; qui ont des plans et une administration, et qui, entretenant une vaste correspondance avec une multitude de Sociétés semblables, éparpillées sur la France, ont composé et font vivre cette corporation, la plus destructive, la plus anti-sociale qu'il y ait jamais eu sur la terre, et que je ne cesserai de poursuivre tant qu'elle existera, ou tant que j'existerai.

Si, comme vraisemblablement il n'en doute pas, et comme aucun homme clairvoyant ne peut en douter,

1. Publié le 11 mai 1792 dans le SDixante-sixième supplément du Journal de Paris.

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c'est à ce parti-là seul qu'il faut attribuer i'anarcliie qui nous tourmente, et la désorganisation complète vers laquelle la France s'achemine à grands pas ; si c'est ce parli-là qui, en affectant de se nommer ^77i/.v de la constitution^ ne s'est encore signalé que par des attaques ouvertes ou cachées, et par des déclamations violentes contre la constitution ; qui, en parlant toujours des lois, s'est mis au-dessus des lois, fait les lois, protège quiconque se dit patriote et désobéit aux lois; qui, en parlant toujours de la liberté, attaque violemment, dans les assemblées, dans les places publiques, dans les spectacles, dans les églises, et jusque dans les domiciles, la liberté de tout le monde ; qui applaudit chaque jour de fougueuses inepties, menaçantes pour les propriétés, et défend ou excuse toutes les hordes de brigands par qui les propriétés sont ravagées ; si c'est ce parli-là qui a semé partout la terreur, les soupçons, les. défiances ; qui hait et dénonce tout corps, tout magistrat, tout général, tout citoyen fidèle à son serment et exécuteur des lois ; qui arme et soulève les soldats contre leurs chefs, appelle civisme une ignominieuse indiscipline,, et a seul causé et déjà pallie et vantera dans peu les atrocités, honteuses pour le nom français, dont la ville de Lille vient d'être le théâtre ^ ; si c'est ce parlilà qui fait tout cela, on ne peut jiier qu'il n'inspire une juste haine à tous les vrais amis de la constitution, c'est-à-dire à tous les amis de la justice, de l'humanité, des lois et de l'honneur national.

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