Voyez la leUrc précédente
Et si, d'autre part, tous ceux à qui le nouvel ordre de choses déplaît, et que la loi seule doit punir lorsque leur mécontentement ose aller jusqu'à la révolte; si beaucoup d'autres encore, qu'on n'a accusés de mécontentement que parce qu'ils étaient riches ou d'un nom illustre, ont été en butte à mille fantaisies tyranniques de ce môme parti ; si ce parti-là a inventé exprès pour eux une jurisprudence autre que celle de la constitution et de la justice; s'il les a poussés au désespoir, à la fuite, au crime; si des troupes d'assassins ont incendié, pillé, dévasté leurs maisons ; si, en beaucoup d'endroits, ils ont été frappés, massacrés, déchires, et quelquefois mangés, et leurs femmes et leurs filles injuriées, fouettées, violées, et quelquefois égorgées ; et si ce parti-là, lorsqu'il n'a pas osé [approuver entièrement toutes ces actions, a du moins tâché d'inspirer de l'indulgence pour les scélérats qui les avaient commises, en les appelant le peuple, et en disant que le peuple était égaré; et si, ensuite, quand la première impression a été un peu affaiblie, il les a niées avec Timpudence la plus dérisoire; et lorsqu' aujourd'hui de bons citoyens, des hommes qui ont une âme et des entrailles, qui aiment leur patrie, mais qui n'aiment pas les hypocrites diseurs de grands mots et fauteurs d'actions détestables, veulent ramener leurs concitoyens au joug des lois, à un gouvernement équitable et ferme, c'est-à-dire à la liberté, et leur rappellent avec amertume et avec douleur tous ces amas d'horreurs dont un petit nombre de cannibales ont souillé le nom français ; si ce même parti-là dénonce ces hommes à l'inimitié publique, les accuse
de haïr la liberté, la constitution, de calomnier le peuple, il n'est certes pas étrange que les victimes, ou que les parents et les amis des victimes de tant d'excès impunis, détestent le parti qui les a tous causés, tous justifiés, et que les ennemis de la constitution haïssent par crainte ou par vengeance ceux que les bons citoyens haïssent par amour pour la constitution et pour l'humanité
Mais la seconde partie de la question qui m'a été faite mérite bien quelques éclaircissements. Il n'est pas exactement vrai que les ennemis de la constitution, et surtout que ses ennemis les plus acharnés haïssent si fort ce parti qui menace de ruiner et la constitution et la France elle-même ; et, si l'on veut se rappeler les discours échappés à des généraux ennemis, ou à des Français peu dignes de l'être, qui disaient : ce Ce parti-là périra par lui-même ; c'est des a constitutionnels que l'on viendra difficilement à oc bout ; » et, si l'on veut jeter les yeux sur un misérable pamphlet publié cette année par un ex-ministre ^ qui, soit au contrôle général, soit dans ses écrits, soit dans ses projets contre-révolutionnaires, semble avoir toujours pensé qu'une fatuité sémillante et présomptueuse tenait lieu de talent, on s'assurera que parmi nos ennemis il en est plusieurs à qui leur instinct dit fort bien qu'ils doivent beaucoup plus compter, pour
1. M, de Galonné. Ce pamphlet, intitulé : Lettre d'un publiciste de France à un publiciste d'Allemagne, fut publié dans le mois d'octobre i791. M. de Galonné avait fait imprimer précédemment une Lettre des princes, dans laquelle il développe un plan de contrerévolution en France.
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nous détruire, sur les secourables folies de celle faction que sur les armes étrangères. Certes, si quelque jour on venait à découvrir que plus d'un orateur de ces bruyantes cohues entretient une correspondance lucrative avec les ennemis de la France, je ne serais pas du nombre de ceux qui s'en étonneraient. L'un^ dit qu'il faut appeler au trône de France un des fils du roi d'Angleterre. L'autre ^ veut qu'on fasse une armée de tous les soldats chassés de leurs corps avec des cartouches jaunes. Cent infamies et cent extravagances pareilles y sont débitées tous les jours. Je ne conteste pas que la sottise, exaltée par des passions turbulentes, ne puisse atteindre à ce degré de démence; mais il ne serait pas impossible non plus que les hommes qui se dévouent ainsi de gaîté de cœur à l'exécralion et à l'opprobre ressemblassent à ce Zopyre qui se coupait le nez et les oreilles pour gagner une ville à son maître ^. En un mot, comme nos ennemis n'ont pas beaucoup à craindre de ce parti, et peuvent lui devoir beaucoup, il n'est pas bien assuré qu'ils le haïssent; et ceux d'entre eux qui le haïssent n'ont besoin pour cela que des raisons que j'ai indiquées. Quelques citoyens honnêtes gémissent de voir une aversion insurmontable diviser ceux qui aiment leur patrie et ceux qui la déchirent en disant l'aimer. Ces citoyens veulent des choses impossibles; car quelle alliance peut-il y avoir entre la franchise, l'industrie,
i. Carra.