RÉPONSE
A UNE LETTRE DE MARIE-JOSEPH CIlÉNIER,
DATÉE DU 7 MARS 1792, ET INSÉRÉE DANS LE MONITEUR DU VENDREDI 11 MAI DE LA MEME ANNÉE '
Ce samedi, 1-2 mai 1792.
Il a paru hier une réponse de mou frère à ce que j'écrivis il y a deux mois sur et contre les Sociétés qui s'appellent patriotiques. Quoique plusieurs morceaux, que j'ai publiés depuis, me semblent avoir prévenu les objections qu'on me fait dans cet ouvrage, écrit et annoncé dès longtemps, je ne laisserai pas échapper cette occasion d'étayer encore, par de nouveaux développements, une opinion que je crois utile. Pour les éloges qui me sont donnés en quelques endroits, et qui devraient flatter l'amour-propre d'auteur, surtout venant d'un homme dont le puî)lic accueille les productions, je dirai seulement que je les attribue à une aniilié de frère, et que je souhaiterais les mériter mieux que divers reproches qui me sont faits parla suite.
Puisque c'est surtout à moi qu'on Youlaii répondre ^ il était, ce me semble, bien inutile de parler si souvent de clubs constituants, de coalitions, de prêtres, d'empereurs, et d'adresse, et de maladresse, et de manœuvres savantes. Ceux qui ont en effet quelque con-
1. Voyez la lettre de Marie- Joseph Chénier, à la fln de ce volume. La réponse a été publiée le 15 et le 16 mai 1792 dans le soixanteneuvième et le soixante-dixième supplément du Journal de Paris.
naissance de mon caractère moral savent fort bien que je n'ai rien à démêler avec tout cela ; que, la plupart du temps, j'en ignore l'existence; que je n'ai jamais fait secte, même avec les gens que j'eslime, et que nul esprit de parti ne peut opérer en moi cette conviction intime^ que l'on reconnaît pouvoir seule me porter à énoncer une opinion.
Le hasard a fait que le même jour où cette réponse a paru je publiais dans un autre journal un écrite dans lequel je crois avoir suffisamment expliqué pourquoi tant d'hommes qui diffèrent d'opinion et de sentiments surtout le reste, se réunissent sur ce point-là seul, sans avoir assisté à la conférence de Pilnitz. Ceux à qui la dénonciation diplomatique de Léopold semblait réfj^itcr suffisamment toutes les autres, ne croient pas, sans doute, que jamais les passions aient intérêt à embrasser l'avis de la raison. Selon eux , une chose doit être innocente dès qu'elle déplaît à ceux dont on a lieu de se défier; et les dénonciations d'Octave ou de Tibère leur auraient fait prendre Antoine ou Séjan pour des hommes vertueux. Au reste, cette manière d'argumenter étant facile et à la portée de tous, sera toujours fort en usage ; elle n'exige point de bon sens ni d'examen ; elle flatte la paresse de l'esprit et l'activité des passions ; elle est fort utile à ceux qui savent en tirer parti. Mais c'est aux hommes qui ont cultivé leur raison à détruire de pareils sophismes et à rappeler à ceux par qui et à ceux pour qui ces sophismes sont
1. Voyez la lettre précédente en réponse à un citoyen de Lille.
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employés, que les passions sont toujours absurdes dans leurs jugements.
Cette haine de Léopold pour les clubs français revient très-souvent K Dans un autre endroit, après avoir cité cet empereur avec plusieurs autres personnes, on dit : Voilà de grandes autorités ! Mais ces autorités, grandes ou petites, je ne les ai point citées ; et citer des autorités n'est pas ma coutume. Je n'appuie pas mes opinions sur des noms, mais sur des raisonnements. Ils vous paraissent des déclamations ^ des amplifications de rhétorique : soit ; voyons comment vous les réfuterez. En attendant, observons que c'est la réfutation, et non pas moi, qui ne perd pas une occasion de faire sonner bien haut des noms célèbres et propres à éblouir les esprits. Je ne dirai pas : Voila de grandes autorités! mais je dirai que parmi ces protecteurs des clubs, qu'on nous cite avec tant de pompe, il en est plusieurs que j'ai vus 2, il y a un et deux ans, ne pas contenir leur colère au seul nom de ces mêmes clubs. Que si l'on me dit que c'étaient les chefs qu'ils haïssaient, je le sais fort bien ; je n'ignore pas que ces gens ne délestent la tyrannie que lorsqu'elle n'est pas dans leurs mains ; qu'ils voyaient avec un œil d'envie des rivaux qui avaient inventé un excellent instrument de domination, dont ils ne voulaient point leur faire part. Ils poursuivirent ces ri-
1. Dans la conférence de Pilnitz, au mois de septembre 1791, Léopold s'était engagé solennellement, avec le roi de Prusse et l'empereur d'Allemagne, à travailler au rétablissement de la royauté absolue en France.