L'abbé FaucUet
3. Delessart, nommé ministre de l'intérieur en 1791, fut mis ea accusation.
<]cuil, qui les avaient précipités dans des gouffres de mort, qui leur avaient promis des successeurs. Ou plutôt n'est-ce point que ces grands évocateurs de mânes n'avaient plus besoin de la voix des morts; et que leur commerce avec les ombres se borne à les faire sortir du tombeau pour qu'elles épouvantent et mettent en fuite les gens qui ne leur plaisent pas, et les contraignent h leur laisser vides les places où ils puissent asseoir leurs amis et leurs créatures?
On dit et on répèle partout que Vinertic du gouvernement cessera, quand il voudra jirendre de l'activité. Je ne saurais comprendre ce que c'est qu'un gouvernement qui ne veut point agir lorsqu'il le peut, c'est-à-dire, qui ne veut pas être. Si je ne le comprends pas, c'est que je ne borne point le sens du mot gouvernement autant que le fait l'auteur, qui me semble ne désigner par-là que le pouvoir exécutif et ses agents. Mais je ne dispute pas sur les termes : si c'est le pouvoir exécutif qui invente et met en œuvre toutes les entraves qui se sont jusqu'ici opposées à son action; si c'est le pouvoir exécutif qui se fait dénoncer à toute heure par des discours turbulents dans les clubs, par de féroces placards affichés au coin des rues et par des feuilles sanguinaires proclamées dans les jardins publics; et qui sème partout, contre tous ses agents, contre tous ceux qui ont quelque emploi, dos soupçons et des défiances qui font craindre au citoyen ignorant et simple que le texte même des lois, lorsqu'il sort de bouches qu'on lui peint si corrompues, ne soit un piège qu'on lui tend; si c'est le pouvoir exécutif qui a préparé et qui, dans un moment de
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guerre, entretient, par d'infâmes apologies, l'indiscipline des troupes; si c'est lui qui appelle aux discussions des clubs les soldats et les matelots, et leur désigne leurs chefs comme des traîtres; si c'est lui qui a décerné le triomphe aux galériens de Châteauvieux ; si c'est lui qui calomnie et qui outrage les généraux assassinés ou abandonnés par leurs soldats; si c'est le pouvoir exécutif qui fait tout cela et tout ce qui y ressemble, il n'est pas douteux qu'il ne soit coupable de la plus noire conspiration qui fût jamais et qu'il ne faille l'accuser seul de l'inertie du gouvernement; à moins qu'il ne se trouve quelqu'un sur la terre qui nie que ce soient là des causes de cette inertie.
On se plaint qu'il est des hommes qui décrient l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale doit s'attendre à être jugée par la raison et par les passions : il n'est rien sous le ciel qui ne soit applaudi par quelques-uns et décrié par d'autres. Mais quel individu ou quel corps a plus de moyens qu'une Assemblée nationale de justifier la louange et de détruire le blâme? Elle est présente à tous les yeux; elle a sa conduite, ses lois, ses œuvres, qui ne sauraient être inconnues, et qui, seules, feraient taire tous les jugements des passions pour rendre immortel celui de la raison.
Plusieurs membres de l'Assemblée nationale crient qu'on la méprise, lorsqu'on ne méprise qu'eux. Plusieurs ont décrié tour à tour beaucoup de membres de l'Assemblée constituante; je ne les en blâme pas : ils pensaient que c'étaient des hommes dangereux
pour la liberté et pour la prospérité publique. Eh bien ! beaucoup de bons citoyens ont d'eux la môme opinion.
On ne veut plus que des membres d'un Directoire exécutif se présentent entre le Corps législatif et le roi, pour protéger des prêtres conspirateurs. Avant de condamner cette démarche, qui, pour imiter le langage de mes adversaires, a tant irrité un certain parti, il aurait fallu montrer deux choses : d'abord, qu'elle était illégale, et, ensuite, qu'elle n'a pas été utile à la chose publique et que la loi qu'elle a prévenue était bonne et sage.
Des prêtres conspirateurs ! Je crois, depuis longtemps, que tous les collèges de prêtres ont conspiré contre le bonheur et la tranquillité humaine; mais il serait digne d'un écrivain clairvoyant et impartial (je demande pardon aux grands patriotes d'oser exiger une qualité aussi odieuse), je voudrais, dis-je, qu'un écrivain impartial nous mît à portée, par un parallèle exact, de juger lesquels, de nos prêtres dits constitutionnels ou de nos prêtres dits re/^acfaîVes, ont opposé le plus d'obstacles à la paix publique et au règne de la justice et des lois; lesquels ont employé le plus de ruse, d'hypocrisie et de menaces célestes, pour se perdre mutuellement et animer à des violences les hommes crédules; lesquels ont, avec le plus d'effronterie, appuyé leur ambition, leurs haines, leurs vengeances, sur l'Évangile ou sur la constitution; lesquels ont le mieux profité de nos antiques passions ou de nos passions nouvelles ; lesquels ont apporté plus d'acharnement et de fureur à retenir un injuste
pouvoir que la constitution leur ôte, ou à usurper un injuste pouvoir que la constitution ne leur donne pas.
J'avais dessein de dire un mot des louanges données aux ministres actuels ^ : le moment ne me semblait guère bien choisi, mais je change de pensée. Si les revers et surtout la honte dont nous leur sommes redevables jusqu'ici, les rendent plus circonspects et plus sages, s'ils ont la volonté et la capacité de faire exécuter les lois et de se soustraire au joug de tous les partis, je me joindrai fort volontiers à ceux qui les loueront.
Puissent-ils réparer leurs fautes et la gloire du nom français, et ne pas faire dire que de bons ministres ne sortent pas plus de la tribune d'un club que des boudoirs des catins!
En finissant, on me presse de nouveau d'adopter cette conséquence : que, puisque les ennemis de la liberté et de la constitution ha'issent les Jacobins, il est démontré, par cela seul, que les Jacobins sont amis de la constitution et de la liberté. J'ai suffisamment répondu à cela plus haut et dans un autre écrite.
On termine en me conseillant de ne pas aimer mieux écouter ma haine que ma raison. Je ne nie point cette haine, et je dis qu'en la suivant je ne suis que ma raison. Je hais ces hommes, parce qu'au nom de l'égalité ils veulent être maîtres et qu'ils le sont. Je les hais fortement, parce que j'aime fortement la