‹ Œuvres et correspondance inéditesChapitre 30 sur 33 · Voir la Notice, pages 101 et lOi · texte numérisé non relu

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t. A Amiens, où le i»èr9 d'Alexis de TocquCTille Tenait d*ètie nommé préfet

heureux. On ne le sent bien que lorsqu*on les brise tous à la fois. Le premier moment est bien pénible. Metz et quelques-uns de ses habitants seront bien longtemps présents à ma mémoire, plus peut-être que je ne voudrais!... Quant à toi, mon cher ami, nous devons nous retrouver dans trois mois; et cette idée est une de celles sur lesquelles je m'arrête avec le plus de plaisir. Nous avons été bien liés à Metz ; j* espère qu'il en sera de même à Paris. Que fais-tu maintenant, mon cher ami ? Je serais charmé d'avoir de grands détails là-dessus. Tu dois t'ennuyeravec le peu d'amis que je te connais, et ce besoin de confiance que tu éprouves sans cesse. Prends bien garde à toi de ce côté-là, mon cher Stoffels ; tu sais que tu donnes ton amitié un peu vite, et il t' arrivera de t'en repentir quand il ne sera plus temps. On ne perd jamais rien de garder quelque temps pour soi ses sensations intérieures. On est presque toujours fâché de s'être communiqué trop tôt; du moins c'est ce que j'ai éprouvé bien des fois. J'ai voulu ravoir ce qui était dit, et je n'ai jamais été fâché de m'être tu. Parle-moi un peu de Metz, de ce qui s'y passe, de ce qu'on y dit^ tu sais que je suis passablement curieux. Es-tu content de tes compositions? Elles doivent être faites. Tu serais un brave garçon de m'envoyer ta composition française. Si par hasard elle n'était pas faite, souviens-toi, en la faisant, de prendre garde à l'enthousiasme...

A EUGÈNE STOFFELS. 4M

P.iris, îi octobre 48ii.

Je ne veux pas attendre mon retour à Metz pour causer avec toi, mon cher Stoffels. Notre silence dure depuis assez longtemps. Je le romprai aujourd'hui le premier. J'espère que tu ne me diras pas, après cela, que les plaisirs de Paris et Téloignement me font oublier mes vieux amis de Rhélorique. En tous cas, si j'en oublie quelques-uns, ce ne sera certainement pas toi; tu peux y compter. Trop de concordances d'opinions nous ont liés pour que nous puissions nous séparer maintenant, à moins de changer totalement

Tun ou l'autre, ce que je ne crains guère

. . . Dis-moi comment tu as passé tes vacances. J'espère qu'elles auront été plus agréables que les miennes ; et cela n'est pas difficile, car depuis que je suis ici je mène une vie monotone et tranquille qui ne s'accorde guère avec mon caractère et mes goûts. . .

Amiens, ce 16 septembre 1823.

J'ai été comme toi, mon cher Stoffels, indigné de la conduite du conseil envers toi. Je ne vois aucun motif pour une semblable mesure, et je conçois ton premier mouvement de colère. Mais, mon cher ami, il faut le

mettre au-dessus de cela. Deux accessits d'excellence et trois autres répondent mieux que tous les discours . au procédé de ces messieurs. Pourquoi jeter le manche après la cognée ? pourquoi te désespérer? Sans doute il y a injustice et tromperie dans ce monde ; mais attendais-tu cette preuve-là pour en être persuadé? Non certes. Il faut donc vivre avec ses ennemis, puisqu'on ne peut avoir tout le monde pour ami, prendre les hommes pour ce qu'ils sont, se contenter des vertus qu'on y trouve, tâcher que leurs vices vous fassent le moins de mal possible, se borner à un certain cercle d'intimes, hors de là n'attendre que froideur et indifférence cachée ou ouverte, et se tenir sur ses gardes. Et puis, après tout, mon cher ami, je t*ai vu plus d'une fois substituer la voix de ta conscience à celle du monde. Elle ne te reproche rien. Eh bien ! lu es audessus de tout. Ce qui m'a fait le plus de peine dans ce que tu m'as mandé, c'est que je craignais que ce retard ne nuisît au voyage de Paris. Mais tu me rassures. J'ai déjà arrangé dans ma pensée un petit voyage à la mer. Nous irons nous établir quelques jours à Amiens chez mon père, et de là à la première côte il n'y a qu'un pas.

Jusque-là, mon cher ami, tache de l'occuper fortement ; chasse, danse, remue-toi enfin. Substitue autant que possible l'activité du corps à celle de l'àme. La première peut fatiguer la machine, mais ne l'use jamais. La seconde, à notre âge surtout, ne peut pas être en action sans se retourner sur elle-même, et

A EUGÈNE STOFFELS. 413

produire des maux qui, quoique sans cause réelle, nVn sont pas moins bien vifs. J'en sais malheureusement quelque chose pour ma part

Paris, 21 février 1831.

Il y a bien longtemps que nous n'avons causé ensemble, mon bon ami. Cependant, je pense bien souvent à loi ; ta position présente et future m'inquiète au milieu de toutes les autres inquiétudes qui nous environnent. Je me figure que, si les événements continuent à marcher leur train, comme ils paraissent vouloir le faire, tu as peu de chances de garder la place (|ui t'est si nécessaire^

Les journaux t'ont sans doute appris que mon départ pour l'Amérique était enfin décidé. Je ne sais si je dois m'en afïliger ou m'en réjouir, car il y a bien du pour et du contre dans mon dessein. Cependant, généralement on m'approuve... Je crois que nous partirons du 20 mars au 1*^' avril. Comme voyage, on ne saurait rien imaginer de plus agréable que ce que nous voulons faire. Revêtus d'un caraclère public, nous aurons le droit de tout demander, et l'entrée de toutes les sociétés choisies. D'ailleure, il ne s'agit pas pour nous de voir de grandes villes et de beaux fleuves.

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