T. XI. LIS TROIS RÈGIIBS. H
82 LES TROIS rJGNES.
Mais parmi tous ces plants prodigués sans mesure, Puis-je oublier les fleurs, luxe de la nature ! Les fleurs, son plus doux soin, les fleurs, berceaux des fruits ^ Quelle fonn^élég[ante et quel frais coloris ! C est Fazur, le rubis, lopale, la topase.
Tournés en globe, en frange, en diadème, en vase : Les fleurs charment le goût, lodorat et les yeux ; Dans les palais des rois, dans les temples des dieux, Souvent For fastueux le cède à leurs guirlandes : Amour ne reçoit point de plus douces offrandes. Agréables encor, même dans leurs débris.
Nous changeons en parfums leurs feuillages flétris. Odorante liqueur, pâte délicieuse.
Quels dons ne nous fait pas leur sève précieuse ! Les fleurs, du doux plaisir sont 1 emblème riant. Si j en crois le récit des p euples d'Orient , Pour donner un langage à ses douleurs secrètes. Souvent plus d'un captif en fit ses interprètes ; Et, peignant par leur teinte ou Tespoir ou Fennui, Les fleurs interrogeoient et répondoient pour lui. Pour rendre leurs contours,. leur flexible souplesse. Le marbre même semble emprunter leur mollesse; Le peintre les chérit ; sous les doigts du brodeur, L'art n'en laisse au désir regretter que l'odeur, Et dresse un pi%e adroit au papillon volage : Tant Fhomme aime les fleurs jusque dans leur image ! Si ces temps ne sont plus où, dans les jours de deuil, liCs fleurs suivoient les morts ou paroient leur cercueil;
Si nous ne vojon» plus dans les jeux Les fleurs s'entrelacer aux urnes cinéraires, La pastourelle encore en forme ses bouquets; EDes parent nos fronts, parfument nos banquets,
Et parmi les cristaux , beUes sans artifice,
De nos brillants desserts couronnent Fédifice. Hôte aimable des champs, ce peuple quelquefois Vient vivre parmi nous, et se plait sous nos toits , Trompe Tbiver jaloux dans Tabri d'une serre, ,
Se mire dans les eaux et tapisse la terre; Et sur la mer, enfin , souvent aux matelots Leur parfum présagea la terre et le repos.
Eh ! qui du grand Colomb ne connoit point Fhistoire (^^) , Lui dont un nouveau monde éternisa la gloire? Illustre favori du maître du trident, L'heureux Colomb voguoit sur Fabîme grondant; Sa nef avoit franchi les colonnes d'Alcide ; Les phoques, les tritons , la jeune néréide, Voyoient d un œil surpris ces drapeaux, ces soldats, Ces bronzes menaçants, cette forêt de mâts, Et ces hardis vaisseaux, flottantes citadelles, A qui les vents vaincus sembloient céder leurs ailes. Depuis six mois entiers ils erroient sur les eaux; Dépourvus d'aliments, épuisés de travaux.
Les matelots sentoient défaillir leur courage. Et d'une voix plaintive imploroient le rivage. MiUe maux àr4a-f ois leur présagent leur fin , Et la contagion se ligue avec la faim.
Pour comble lie malheurs, sur locéan immense
Les airs sont eh repos, les vagues en silence :
Dans la voile pendante aucun vent ne frémit;
Et dans ce calme affreux dont le nocher gémit, *
L oreille n^entend plus, durant la nuit profonde.
Que le bruit répété des morts tombant dans Fonde.
Plusieurs au haut des mâts interrogent de ioin
Les terres et les mers sourdes à leur besoin ;
Rien ne paroit : des coeurs un noir transport s'empare;
(Lorsqu'il est sans espoir, le malheur rend barbare!)
Tous fondent sur leur chef: à son poste arraché,
Au pied du plus haut mât Colomb est attaché.
Cent fois de la tempête il défia la rage;
Mais qu opposera-t-il à ce nouvel orage?
Sans changer son destin , Fastre du jour a lui ;
De farouches regards errent autour de lui :
Inutiles fureurs pour son ame intrépide !
lia mort, Faffreuse mort n a rien qui Fintimide.
Mais avoir vainement affronté tant de maux!
Mais mourir près d atteindre à des mondes nouveaux !
Ce grand espoir trompé, tant de gloire perdue.
Plus que tous les poignards, voilà ce qui le tue.
Sur ce cœur que déjà déchire le regret.
Le fer enfin se lève , et le trépas est prêt :
Plus d'espoir. Tout-à-coup de la rive indienne
Un air propice apporte une odorante haleine;
11 sent, il reconnoît le doux esprit des fleurs ;
Tout son cœur s'abandonne à ces gages flatteurs ; .
Un souffle heureux se joint à cet heureux présage.
Alors avec ♦ espoir reprenant son courage :
a Malheureux compagnons de mon malheureux sort,
Vous savez si Colomb peut redouter la moçt;
Mais si, toujours fidèle au dessein qui m'anime,
Votre chef seconda votre ame magnanime ;
Si pour ce grand projet je bravai comme vous,
Et l'horreur de la faim , et les flots en courroux,
Encor quelques moments; je ne sais quel présage
 cette ame inspirée annonce le rivage.
Si ce monde où je cours fuit encor devant nous,
Demain tranchez mes jours, tout mon sang est à vous »
A ce noble discours, à sa mâle assurance,* A cet air inspiré qui leur rend l'espérance, Un vieux respect s'éveille au cœur des matelots ; Ils ont cru voir le dieu qui maîtrise les flots : Soudain, comme à sa voix les tempêtes s'apaisent. Aux accents de Colomb les passions se taisent. On obéit, on part, on vole sur les mers; La proue en longs sillons blanchit les flots amers* Enfin des derniers feux quand l'Olympe se dore, Et brise ses rayons dans les mers qu'il colore , Le rivage de loin semble poindre à leurs yeux. Soudain tout retentit de mille cris joyeux.
Les coteaux par degrés sortent du noir abîme. De moment en moment les bois lèvent leur cime,^ Et de Fair embaumé que leur porte un vent frais. Le parfum consolant les frappe de plus près.
On redouble d'efforts, on aborde, on arrive ; Des prophétiques fleurs qui parfument la rive Tous couronnent leur chef; et leurs festons chéris, Présages des succès, en deviennent le prix.
(>) Admirable chimie, où Fair, la terre et l'oode Forment mille nnions de leur guerre féconde !
La suite des mélanges et des transformations diverses par lesquels les v<%étaux et les animaux font passer les éléments extérieurs, pour en composer leur jtfopre substance, est au nombre des plus beaux résultatsl^lre les savants de notre âge aient obtenus de leurs recherches.
Une petite quantité de matières volatiles ou susceptibles de le devenir aisément, constituent, par leurs diverses proportions, presque tous les mixtes dont les corps vivants sont formés, et c'est à pomper ces matières, à les distribuer convenablement, à les mélanger dans les proportions nécessaires,. et à en expulser les parties nuisibles ou superflues, que consistent les fonctions de la vie végétative.
Ainsi, le végétal attire principalement de l'eau et des substances qui contiennent du carbone ou de Tacîde carbonique : et à l'aide de l'air extérieur, de la lumière et de la chaleur, il décompose ces diverses substances, il expulse l'oxigène qu'elles ont de trop; il met du carbone et de l'hydrogène plus ou moins à nu, pour en former ses huiles, ses gommes, ses acides, ses mucilages, son parenchyme, son bois, et tous les autres mixtes qui entrent dans sa structure.
La chimie moderne, seule, est parvenue à découvrir et à exposer clairement ces opérations compliquées; mais les forces qui les exécutent sont encore couvertes d'un voile ^ épais pour la physiologie.
• (*) Interroges cet planu : des milUen de TaÏMcaiu, Qui tnr un même tronc t'assemblent en faisceanx; D'an c6té, dans la terre, en racine s'étendent» De l'antre, en longs rameaux, dans les airs se répandent; Pois , divisés enoor, Tont , dans leurs frais boutons , Du feuillage léger préparer les festons.
Dois-je TOUS dire encor ces minces Tésicnles Qui ramassent la sére en d'étroites cellules , Et ces nombreux canaux , où. les sucs épaissis En un solide bois par degrés sont durcis?
L'anatomie y^étale, cultivée si heureusement dès le dixsepdème siècle, par les Malpighi et les Grew, continuée dans le dix-huitième par les Duhamel, les Daubentonr^ a fait encore de nos joil^||le grands progrès par les travaux de MM. Desfontaines, Mirbel, de Gandolle, Link, Tréviranas, et autres botanistes -physiciens. On sait maintenant que la base du tissu végétal est un amas de petites cellules, dans lequel sont percés des canaux nombreux, qui se rendent d'une extrémité de la plante à Fautre, en s'écartant par faisceaux pour former les branches, et en s'étalant en surfaces plus ou moins larges pour les feuilles, les pétales, etc.
La plupart de ces vaisseaux sont composés principalement dW fil élastique contourné en spirale ; d'autres ont simplement de petites fentes transversales, ou même seulement des pores. Quoi qu'il en soit , il paroit qu'ils peuvent tous laisser échapper le liquide qu'ils contiennent, dans le tissu cellulaire, et en reprendre de celui-ci; par ce moyen, la nutrition de la plante n'en continue pas moins quand quelque partie du tronc est cariée ou coupée, et que les vaisseaux y sont interrompus. Il parojt cependant en général, que la sève monte principalement par les vaisseaux du centre , et elle le fait avec une grande force au printemps, lorsque les bourgeons s'épanouissent; mais quand elle a été exposée à l'action de l'air dans les feuilles et ^ les autres parties vertes, où elle subit les changements
• ^rir-.*l
nécessaires pour devenir propre à nourrir le végétal, elle redescend entre Técorce et le bois, et augmente les couches de celui-ci. Hedwig pense que les fibres ligneuses ne sont que des vaisseaux obstrués et durcis par Pabondance des sucs nutritifs.
(') La greffe unit son art anz dons de la nature.
Cet art, aussi utile qu'admirable, a été cultivé avec succès dans la plus haute antiquité; Hésiode, Lucrèce, Virgile, en indiquent tous les secrets avec un soin remarquable. Tout le monde connoit les beaux vers des Géorgiques sur ce prodige de l'industrie agricole. Lucrèce le retrace avec autant d'exactitude et de talent , dans ce passage du liv. V.
A ses soins cnrieox (de l'homme) la féconde nature
Des trésors Tégétanx réyéloit la culture.
La graine, à ses regards changée en Tcrts boutons.
Entoura Tarbre altier de naissants A^jetons :
De Li greffe et du plant tel fut rheureiiz modèle.
Bientôt fuyant sa tige, une branche infidèle
A la sève étrangère osa se marier,^
Et le gland étonné para le condrier.
PORGKKTILLI. ^
(4) Mais dans la même espèce, et sur les mêmes tiges. Qui peut, sans s'étonner, voir tant d'autres prodiges? Le même suc, changeant de parfum , de saveur. Forme le bois , le fruit, le feuillage et la fleur ; Tapisse de duYCt la pèche cotonneuse , Arme de dards aigus la châtaigne épineuse , Donne aux pois une cosse , une écaille à la noix , De son mol épiderme euTironne le bois, Revêt le tendre aubier d'une écorce plus dure; Lk rougit la cerise , ici noircit la mûre ; Donne aux fleurs leur émail, sa verdure au gazon ; «
Cest une vérité généralement reconnue que la terre, dans laquelle les plantes végètent, ne peut par elle-même les alimenter; seulement elle leur sert de support et d'ap-
piû. Elles puisent donc dans l'eau, et dans Pair qui les .^ environnant de toute part, les principes dont elles se composent, c'est-à-dire l'hydrogène, l'oxigène, et le carbone. L'hydrogène ne peut leur être fourni que par l'eau. Elle se décompose, dans l'acte de la végétation, lorsque les plantes sont frappées par la lumière solaire, et alors, tandis qu'elles s'emparent de l'hydrogène de l'eau, la lumière en attire puissamment l'oxigène , se combine avec cette substance, la fluidifie, et détermine ainsi son évasion dans l'atmosphère.
Lorsque les plantes sont privées du contact de la lumière solaire, l'eau ne se décompose pas, elle est absorbée en entier par les plantes. Elles deviennent blanches, fades, étiolées. Elles contiennent beaucoup moins de matière colorée, combustible ou huileuse, que celles qui éprouvent l'influence de la lumière du soleil; d'où il résulte que c'est principalement de la présence du gaz hydrogène que dépendent la saveur, la couleur, la combustibilité des plantes.
Mais quelle est la source où les plantes qui végètent en ^
plein air peuvent puiser %e gaz acide carbonique? 11 paroit, JE
1® qu'il s'y introduit dissous dans l'eau, par le moyen des rapines qui le sucent avec la sève qui y monte ; 2^ par la rosée et les brouillards qui se déposent sur les feuilles. Ces eaux, qui les recouvrent, s'emparent alors de la petite quantité de gaz acide carbonique contenu dans Fatmo'sphère, et ces feuilles se décomposent à l'aide de la lumière, fiennebier et Morozzo ont prouvé, par de nombreuses expériences, que la rosée et les brouillards contiennent du gaz acide carbonique; elles se réunissent pour fortifier cette conjecture.
Si quelques plantes, telles que la crucifère, contiennent de Tazote, elles le tirent probablement par les racines des substances animales en putréfaction, toujours mêlées avec la terre végétale , et par les feuilles de l'air qui les environne.
(') Les nos tout altenub...
On nomme feuilles alternes y celles qui sont placées des deux càtës d'une branche, de manière que la deuxième, par exemple, réponde à Tintervalle de la première k la troisième.
{f) '. . Les antres se répondent.
Cest ce qu'on nomme feuilles opposées y ou attachées visà-vis l'une de l'autre sur la branche.
(7) Les ans , malgré nos soins , gardant leurs monirs sanvages. . .
Il y a des plantes , comme les orchis , qui ne viennent
jamais bien dans les jardins.
(*) Delenie, aux soins de Tart confiant la nature , A ce luxe charmant invita la culture.
Signala tons ces plants qui , fiers de notre choix , Viennent orner nos parcs et le jardin des rois.
M. Deleuze, aide-naturaliste au jardin des Plantes, traducteur élégant des Saisons de Thompson et des Amours des Plantes de Darwin (*), auteur d'une histoire très intéressante des plantes d'ornement, et de leur introduction dans nos jardins; et plus nouvellement d'une histoire et description du Muséum d'histoire naturelle, non moins intéressante par le talent avec lequel elle est rédigée, que , par le nombre et l'importance des objets qu'elle fait con-
noltre. •
(9) L'un caché dans la terre , où son destin l'atucfae , Attend que d*iu gourmand le luxe l'en arrache.
Chacun connoit la truffe; mais son développement et
sa propagation sont au nombre des plus grands mystères
de la botanique, et l'on n'a rien de certain sur ce sujet.
n Voyes à la fin du TOlume l'oppemiK» aux notes.
(**) Cfaacnn a let pendianU , sa saison et sa place ; Habite les lieux chands , où se plait sons la glace.
Il y a des plantes , dans les Alpes , qui véeétent sous la neige et fleurissent à Finstant où elle fond. TeUe est l'Aretia. La violette, la primevère, sont presque dans le même cas dans nos plaines, et les diverses mousses dans les pays du Nord.
(") Là cette jenne planta, en vase disposée.
Dans sa conpe élégante accueille la rosée.
Les'lizerons, les campanules, etc.
(») Dans son palais natal, brillant de pourpre et d'or, L'autre d'un doux necur enferme le trésor.
ÏJantirrhinum ou mufle de lion. *
(*') L'une s'enorgueillit de sa robe pompeuse ; De ces riches atours une autre dédaigneuse. . .
Les fleurs à pétales ou sans corolles.
(*4) L'une , telle en tout temps que la fit nattre Flore , Garde fidèlement l'émail qui la colore.
' Certaines fleurs, dont lé calice est à-la-fois écailleoz et coloré, ne perdent point leur éclat en séchant, ce qui les a fait nommer immortelles; ce sont les gnaphalium,litsxeran' temum, certaines conyza, etc.
(*^) Vériuble Protée entre toutes les fleurs,
Une autre aime à changer de robe et de couleurs.
U hortensia, nommée ainsi par Commerson, en l'hoaneur d^Hortense le Faute, est une des plus belles acquisitions que nos parterres aient faites dans ces derniers temps;
comme sa partie tolorée est aussi le calice, elle dure beaucoup plus long^-temps que les autres fleurs, et passe par différentes miances de vert et de blanc , pour arriver à ce beau rose lilas, qui porte son nom, et auquel succèdent encore d'autres teintes blanches et vertes. Cette sin^^arité l'a fait nommer hortensia mutabilis. Cette belle plante est
originaire de la Chine et du Japon.
(i6) Comparée cette monue et cet arbaste nain A cet énorme enfant du rivage africain.. .
L'auteur entend le baobab (adansonia)^ celui de tons les arbres connus qui devient le plus gros. Son tronc arrive à vingt ou trente pieds de diamètre et sa tête à plus de cent; mais il ne s'élève pas à proportion. Il lui faut des milliers d'années pour atteindre ces énormes dimensions.
(■7) On mime à ce fignier, dont les rastes branchages, Qui jadis dans les deux buvoient l'eaa des nuages , S*affiûssant sons leur poids et descendant des airs , S'en Tont diercher des sucs jusqu'auprès des enfers.
L'fOteur décrit ici l'un des arbres les plus curieux des Indes' Orientales , le figuier des pagodes (ficus religiosa), dont les branches pendantes, reprenant racine, quand elles touchent la terre, et donnant des troncs nouveaux, finissent par former une énorme voûte de verdure, soutenue sur autant de piliers fixés dans le sol. La description de ce phénomène, donnée par le poète, est â-la-fois si exacte et si vive, quftl seroit aussi inutile que téméraire d'y
rien ajouter.
(**) Comment à ses cttis deux feuilles protectrices, De l'arbrllseau naissant défendant les prémices, AUaicent d'un doux suc le jeune nourrisson.
Il s'agit des cotyledones, ou de ces deux lobes qui for-
gbi NOTES
ment ordinairement la plus grande partib de la semence,
et entre lesquels est placé le germe; leur objet est en effet
de lui fournir sa première nourriture, pendant que sa
racine n'est pas encore assez déTeloppëe pour aller la puiser
dans la terre.
(*9) Chacane sait sOn sort; des sucs qail lui destine. L'une à son sol natal demande le trésor, L'autre déjà dans l'air médite son essor.
Lorsqu'on place une graine dans la terre, de manière que quand elle germera, la racine soit dirigée vers le haut, et la petite plante vers le bas , ces deux parties se recourbent pour prendre leur destination accoutumée. Ce phénomène, Pun des plus fréquents et des plus nécessaires au maintien du régne végétal , n'a point encore été expliqué d'une manière claire, quelques efforts qu'aient faits les naturalistes, et il reste parmi tant de merveilles, qui surpassent notre intelligence, quoique nous en soyons témoins
tous les jours.
(*^) Le fruit eut ses Herachell , et la flemr ses PortaL
M. Herschell, -dont le télescope a pénétré les cienx et découvert plus de mondes qu'on n'en connoissoit avant lui.
M. Portai, célèbre professeur d'anatomie au Muséum
d'histoire naturelle , et collègue de l'auteur de ces notes au
collège de France.
C) Linné sur-tout, Linné déToila ces mystères,
Leurs haines, leurs amours, leurs divers caii^ctères. Leurs tubes infinis , leurs ressorts délicats.
Charles Linnaeus, né en Smolande, en 1707, mort à Upsal en 1778, le plus célèbre botaniste du dix-huitième siècle, et odiui de tous les naturalistes qui a exercé sur la
science l'influence la plus uni venelle; son Systema naturœ, ses Gênera et Species plan(arum, servent encore aujouiv d'hui de base principale aux travaux de ses successeurs, et de livres élémentaires à ceux qui étudient. Ils le méritent sur-tout par le soin qu'il mit à y rassembler toutes les espèces connues de son temps; par la précision avec laquelle il en assigna les caractères distinctifs dans un langage presque tout entier de son invention , mais admirablement expressif; enfin par la commodité de la nomenclature qu'il leur imposa. Ses méthodes, d'une application facile, il est vrai, ne sont cependant pas toujours wres, et ne présentent presque jamais les êtres selon leurs véritables rapports de ressemblance.
Indépendamment de ses grands ouvrages, Linnaeus a publié une foule de dissertations sur divers points particuliers d'histoire naturelle, et principalement de physique végétale, qui ont été recueillies sous le titre di^ménités académiques. Cest sur-tout à elles que le poëte fait allusion dans ce passage; et en effet, il n'est rien de plus ingénieux, de plus poétique même dans la tournure des idées et de l'expression, que ces petits écrits. Tantôt Linnaeus y raconte les noces des plantes, c'est-à-dire les mert'eilles de leur fécondation : tantôt il y expose les diverses contractions que les feuilles éprouvent pendant la nuit, et c'est le sommeil des plantes. Parle-t-il des époques de Tannée où elles fleurissent ou fructifient, et des heures du jour et de la nuit où leurs fleurs s'ouvrent et se ferment, c'est le calendrier ou Vhorloge de Flore, Ces idées charmantes ont plus contribué , que de grands travaux , à faire aimer la botanique, et à rendre célèbre le nom de leur auteur.
Linnaeus fut chéri de ses disciples ; plusieurs d'entre eux entreprirent de grands voyages , uniquement dans l'intention de lui rapporter des productions étrangères , et ils se croyoient suffisamment récompensés^ quand il les citoit dans ses livres. Lui-même, après une jeunesse que la pau-
Trete rendit pénible, fut accueilli et honoré par sa patrie, et par son prince. Gustave III a prononcé solennellement son éloge, et on vient de lui élever un monument magnifique dans le jardin de l'université d'Upsal , qu'il a dirigé
pendant près de quarante ans.
{") Mail dans ce beau jardin , dont Tenceinte féconde Accorde une patrie à tout les plants dn monde..*
Le muséum d'histoire naturelle de Paris, est le plus vaste établissement qui ai^amais été consacré à la science de la nature ; il peut y avoir ailleurs des collections plus complètes pour certaines parties, mais il n'en est aucune qui présente le même ensemble.
Un jardin de plus de cinquante arpents, des serres nombreuses et vastes offrent plus de six mij^ espèces de plantes en végétation ; des terrains particuliers sont réservés aux plantes •tiles et aux ' arbres fruitiers ou forestiers ; une ménagerie placée à côté du jardin, nousrit continuellement un certain nombre d'animaux vivants. Des éléphants, des chameaux , des zèbres , des couaggas , des lamas , des kanguro^s, des phascolomes, des gnous, des gazelles, des lions, des tigres, toutes les sortes de panthères, de singes, etc., s'y succèdent, et après avoir été observés, pendant leur vie par les naturalistes, relativement à leurs habitudes, fournissent après leur mort aux anatomistes, des observations non moins précieuses, relativement à leur organisation.
Les cabinets présentent dans le plus bel ordre, toutes les productions de la nature, qu'il est possible de conserver. La collection des quadrupèdes, celle des poissons, surpassent infiniment toutes celles du même genre, qui existent; les autres classes sont extrêmement riches aussi; les herbiers contiennent trente mille espèces de plantes.
Ce jardin date ses foibles commencements du règne de Louis XIII. L'administration de Buffon lui donna le plus
grand essor ; mais des circonstances favorables Font plus que doublé dans toutes ses parties depuis la mort de cet homme célèbre.
L'enseignement s'y est sur-tout fort étendu , et douze professeurs y font des cours publics sur toutes les branches de l'histoire naturelle , en même temps qu'ils administrent en commun l'établissement, sous les ordres et la surveillance
du ministre de l'intérieur.
('') DeafonUine embellit le trône des saiions.
M. Desfontaines, membre de l'Institut, célèbre professeur de botanique au jardin des Plantes, auteur de la Flore atlantiquey et d'une multitude de travaux importants sur la
botanique et la physique végétale.
C^) An lieu même où Jussiea
Est présent par sa gloire, et vit dans son neveu.
Bernard de Jussieu , démonstrateur de botanique au jar» din des Plantes, et membre de l'académie des science; l'un de ces philosophes pratiques, dont la vie tout entière fut consacrée dans le silence à l'étude et à la vertu. Il acquit un savoir immense , fit les découvertes les plus importantes , et laissa peu d'ouvrages : mais sa mémoire est chérie de ses nombreux élèves, et ses leçons ont germé dans un grand nombre d'entre eux , aujourd'hui assis aux premiers rangs.
Antoine-Laurent de Jussieu, son neveu et son élève, l'un
'des premiers botanistes de notre temps, est auteur des
Familles naturelles des plantes, ouvrage classique, dont il
reconnoit devoir à son oncle les premières idées.
{^) Viens: dans cet Elysée, autrefois son domaine. L'ombre du grand Buffon attend déjà la tienne.
Il faut espérer que ces beaux vers feront rétablir le moilu-
T. XI. LES TROIS UbG:«E5. II. 7
ment que la société d'histoire natarelle de Paris avoit érigé k Linna^us, au pied du grand cèdre du jardin des Plantes, et que des vandales ont outrageusement mi^ en pièces dans le temps de la terreur.
C'est une idée ingénieuse de notre auteur, de rapprocher ainsi les omhres de deux rivaux, qui s'aimoient peu, et qui ont cependant concouru , malgré l'opposition de leurs vues et de leurs caractères, ou plutôt à cause de cette opposition même, à donner à l'histoire naturelle des accroissements aussi subits qu'étendus.
Linnaeus et Buffon semblent, en effet, avoir possédé chacun dans leur genre des qualités telles , qu'il étoit impossible que le même homme les réunit , et dont l'ensemble étoit cependant nécessaire pour donner à l'étude de la nature une impulsion aussi rapide.
Tous deux passionnés pour leur science et pour la gloire; tous deux infatigables dans le travail ; tous deux d'une sensibilité vive, d'une imagination forte, d'un esprit transcendant; ils arrivèrent tous deux dans la carrière, armés des ressources d'une érudition profonde; mais chacun $'y traça une route différente, suivant la direction particulière de son génie. Linnaeus saisissoit avec finesse les traits distinctifs des êtres : Buffon en embrassoit d'un coup d'œil les rapports les plus éloignés. Linnseus, exact et précis, secréoit une langue à part, pour rendre ses idées dans toute leur rigueur: Buffon, abondant et fécond, usoit de toutes les ressources de la sienne , pour développer l'étendue de ses conceptions. Personne mieux que Linnaeus ne fit jamais sentir les beautés de détail , dont le Créateur enrichit avec profusion tout ce qu'il a fait naître : personne mieux que Buffon ne peignit jamais la majesté de la création , et là grandeur imposante des lois auxquelles elle est assujettie. Le premier, effrayé du chaos où l'incurie de ses prédécesseurç avoit laissé l'histoire de la nature, sut, par des méthodes simples et par des définitions courtes et claires.
DU CHANT Vï. 99
mettre de Tordre dans cet immense labyrinthe, et rendre facile la connoissance des êtres particuliers : le second , rebuté de la sécheresse d'écrivains, qui pour la plupart s'étoîent contentés d'être exacts, sut nous intéresser à ces êtres particuliers , par les prestiges de son langage harmonieux et poétique. Quelquefois , fatigué de Fétude pénible de Linnaeus, on vient se reposer avec Buffon; mais toujours, lorsqu'on a été ému par ses tableaux enchanteurs, on veut revenir à Linnseus, pour classer avec ordre ces charmantes images^ dont on craint de ne conserver qu'un souvenir confus; et ce n'est pas sans doute le moindre mérite de ces deux écrivains , que d'inspirer continuellement le désir de revenir de l'un à l'autre, quoique cette alternative semble prouver et prouve en effet qu'il leur manque quelque chose à chacun.
Georges-Louis Leclerc, si connu sous le nom de comte de Buffon, étoit né à Montbard, d'un conseiller au parlement de Bourgogne, en septembre 1707. Son ami Dufay, intendant du jardin des Plantes, le demanda pour successeur en 1739. Dès -lors, Buffon aidé de Daubenton, et ensuite de Gueneau de Montbeillard, de Bexon et de quelques autres personnages moins connus , n'a cessé de travailler avec ardeur au grand édifice de l'histoire naturelle, qui a rendu son nom immortel. Cependant la partie de cet ouvrage qui durera le plus long-temps , est peut-être celle qui contribua d'abord le moins à sa réputation : nous voulons parler de ses histoires détaillées des animaux et des oiseaux , qui sont pour la plupart excellentes. On ne fait plus de cas de ses systèmes généraux; mais la pompeuse gravité de son style en fera toujours lire l'exposition avec le plus grand plaisir.
Buffon mourut à Paris, de la pierre, en avril 1788, comblé de.gtoire, et de tous les genres de considération.
C) Biais de ces plants formes par une main divine, Je n'ai point dit encor la première origine; Où , quand , comment sont nés les. germes de ces corps.
Lucrèce, poëte et physicien de Rome, étoit doué d^une ima^^ination vive et brillante. Il la fait servir, dans son poëme de NaJtura rerum, à décrire avec magnificence un grand nombre de phénomènes; rarement il parvient à dévoiler la cause qui les fait naître. Il épuise toutes les richesses de la poésie pour peindre avec dignité la nature; rarement il lui arrache des secrets. En un mot Lucrèce donne à la physique des grâces , presque jamais de la vigueur ni de la force.
Sa doctrine est presque tout entière la doctrine d^Épicure, embellie des charmes de la plus brillante diction. Il remanie le principe des atomes, qu'il fait mouvoir dans Fimmensité du vide. Il leur donne de la pesanteur, et quelque obliquité à la direction du mouvement qui les anime, pour faciliter leur rencontre et favoriser la formation de cette infinité de mondes, dont il compose Punivers.
Épicure fait dépendre la vertu attractive de l'aimant,
de l'accrochement des atomes émanés de l'aimant, avec
ceux qui émanent du fer. Lucrèce , son disciple , n'admet
que l'impulsion de l'air comme cause de ces phénomènes;
il regarde le vide comme nécessaire au mouvement. Il
reconnoit que tous les corps de la nature, sans en excepter
la flamme, jouissent de la pesanteur; qu'ils tomberoient
tous dans le vide avec la même vitesse (*); vérités phy-,
siques, qui étoient étrangères aux philosophes de la Grèce,
et dont les physiciens modernes ont confirmé l'existence.
('7) Oh ! que n'ai-je reçu les sulilimes accords, L'éloquente raison, rélégaoïe justesse.
Que dans ses grands tableaux nous déploya Lucrèce.
Il ne falloit pas moins, en effet, pour trioippher avec
(•) Liv. 1 , V. 3.16.
succès du genre de difficultés que préseQtoient les détails dans lesquels le poëte se propose d'entrer. Les vers que nous citons ici font allusion au passage fameux où Lucrèce' expose (liv. IV, v. i2o3 et suiv.), en médecin, en naturaliste habile, et sur-tout en grand poëte, les plus secrets mystères de la génération. C'est le comble du bonheur et du talent, dans son nouveau traducteur, d'avoir su prêter à de semblables détails les couleurs de la plus belle poésie, sans leur faire rien perdre de leur vérité technique.
Quand réponse féconde a, dans son sein avide , Des germes producteurs distille le fluide , La nature au doux fruit de leurs travaux secrets Du père ou de la mère imprimera les traits.
Selon que l'un ou Vautre , en ce charmant partage , Au tribut amoureux a fourni davantage.
S'il tient également des auteurs de ses jours. D'un plaisir mutuel l'harmonieux concours Épancha sagement les sources de la vie , Et de leurs flots divers balança l'énergie.
Des enfants au berceau les traits capricieux Nous rappellent souvent leurs antiques aïeui , Lorsque de leurs auteurs la substance renferme Quelque principe pur, transmis de germe en germe , Qui parvient , à travers les races et les ans , De la source première au sein de leurs enfants. Ainsi par cette loi, l'amour et la nature Feront passer nos traits à la race future ; Et', quel que soit son sexe, an rejeton naissant Chacun des deux époux communique son sang :
Mais par la ressemblance à nos yeux il signale L'époux dont la tendresse est la plus Ubérale.
PONGBRTILLE.
La description de la charrue, par Delille, eût au jugement de La Harpe étonné Boileau. La traduction de Lucrèce, et ce morceau en particulier, n'eussent pas moins étonné y sans doute, le traducteur de Virgile.
(**) Enfin , tout à leur choix ditcaloient cet problème* , Et le yrai se perdoit dans la naît des systèmes : Un œttf le renfermoit. . .
La génération des êtres organisés sera toujours le mystère le plus incompréhensible de la physique; mais on ne peut disconvenir que, de tous les systèmes imaginés pour Texpliquer, celui de la préexistence des germes ne soit le plus tranquillisant pour l'imagination. Il ne fait que reculer la difficulté; mais il la reporte si loin qu'elle semble dispa»
roitre.
(^9) Comme des os naissants les lames s épaississent , Ainsi des jeunes bois les couches se durcissent.
L'auteur expose ici le système de Duhamel, sur l'accroissement des os. Cet ingénieux physicien le comparoit à celui du tronc des arbres; et quoiqu'il ait poussé l'analogie trop loin, en ce que les os ne restent pas formés de couches distinctes, on ne peut disconvenir qu'ils ne tirent leur nourriture de vaisseaux qui leur arrivent du dehors, et que les molécules terreuses qui les durcissent ne se déposent successivement, et jusqu'à un certain point, du dedans en
dehors.
(^) La tremelle , à son gré mouvant ses doigts subtils, Étend, roule, déronle, et promène ses fils.
La tremelle d'Adanson, Voscillatoire de Vaucher, est un petit corps de nature douteuse, composé de filaments verts, réunis en grouppes au fond des eaux, et manifeste des mouvements qui ont tout l'air d'être spontanés.
('') Voyez cet arbrisseau si funeste à la mouche ; Que, d'un vol étourdi , l'insecte ailé le touche, Son sein armé de dards se referme soudain , Et perce l'imprudent qui se débat en vain.
La dionée {dionœa miiscipula. Lin.), plante de l'Ame-
rique septentrionale. Ses feuilles sont terminées par un disque à deux lobes, hérisse de quelques épines, et qui se ploie en deux, dès l'instant où il est touché, même légèrement ; sa contraction est quelquefois assez forte pour qu'un moucheron qui s'y poseroit soit percé par
les épines.
(la) ^terres dans un «eot contraire à la nature Cette (Traîne où déjà vit nne plante obscure.
Vcytz la note 19, page 94.
C) Places dans un cachot cette fleur prisonnière , Et ion disque bientôt, amant de la lumière , Se retourne et la cherche à trayen les barreaux.
Toutes les plantes, quand elles sont enfermées dans un
lieu peu éclairé, dirigent leurs branches et leurs feuilles
▼ers les ouvertures par où le jour pénétre.
(*<) Dans Tabri reculé de leurs (raiches demeures , Du coucher, du lever, méconnoissant les henres , Pai* les feux dont l'absence on l'éclat l'a frappé , De la crédule fleur le calice est trompé...
M. de Gandolle a fait des expériences très curieuses , d'où il résulte qu'on peut faire ouvrir et fermer les fleurs par un jour et par une nuit artificiels , et à des heures toutes contraires à celles de leur épanouissement ou de leur contraction ordinaire : mais il faut un certain temps pour leur faire adopter ces habitudes nouvelles ; et pendant les premiers jours, les fleurs enfermées suivent leurs anciennes
heures, comme si elles voyoient le soleil.
C) Et par-tout retentit cet étonnant discours :
« La plante a M>n hymen , la plante a ses amonrs. »
Les anciens n'ignoroient pas que le palmier fem«lle a
besoin de la poussière du palmier mâle pour être fécondé; mais ils n'avoient point étendu cette découverte aux autres plantes. Le premier qui prouva, par des expériences décisives, la nécessité du concours des deux sexes dans les t%étaux, fut Vaillant, démonstrateur de botanique au jardin des Plantes de Paris ; mais il ne réussit point à persuader son contemporain Toumefort, qui continua à regarder la poussière des étamines comme un simple excrément.
Linnaeus a beaucoup contribué à rendre générale l'opinion de Vaillant, et Kœlteuter Ta mise hors de doute, en produisant des mulets végétaux; la poussière des étamines d'une espèce, portée sur le pistil d'une espèce voisine, donne des individus de forme intermédiaire; et comme ces mulets v^étaux ne sont pas tous inféconds, il est possible de
changer par degrés une espèce en une autre.
Un médecin naturaliste du siècle dernier, le docteur Trante , s'est amusé à rédiger en vers latins le système de Vaillant, sur les sexes et l'hymen des fleurs. Il en est résulté, sous le titre de Connubia florum, un petit poëme, qui n'a été ni inconnu, ni inutile k Delille. Il ne fait guère même que le traduire, dans le morceau suivant :
Si l'épouse et Tépoux ont le même «ejoar, etc. «
Voici les vers latins :
Si capiet domus una dnot, dat pronuba si^um Anrora eioriens : fila obrigaere ; dehitcunt FoUicnli: Toiat aura ferax, tectoqne reflexa Pnecipitac, perque antra tubae, perqne antra placentas . Inde pares sobiens tobidos vaga diditnr owïè; Owa. tnment , gaudet flos femina proie fatnra : Hac gravida^or ophris, graTidator lege papayer.
Biais si les deox ëpoiu habitent sur deax tiges, etc.
. Sin diversa domas , flos masculus ante reclasis jGdibus emittit sna dona ; Tolatile semen
Escipiimt Zepbyri , portaotqne curalibiu Conjngis in gremiam : conjnz retpondec amori , Abtentiqne probat simili se proie marito.
{^) Je t'en prends à témoin , ô toi plante fameuse Que le Bhône soutient sur son onde ëcnmeuse !
La vallisneria , plante de FEurope méridionale, à sexes séparés. Les fleurs femelles sont portées sur des tiges spirales qui les retiennent au fond de Feau, mais qui se déroulent et les élèvent à la surface, au moment où elles doivent s'épanouir. Les fleurs mâles qui ne sont nécessaires que pour ce seul instant, ne tiennent qu'à des pédicules courts, et se détachent à cette même époque pour venir flotter autour des femelles et leur communiquer la poussière prolifique: une fois fécondées, les femelles recourbent leur tige et se retirent de nouveau sous Feau, où leur graine
mûrit sans revenir à Fair.
C?) Les insectes nourris sur le fi^er sanrage. Du 6guier domestique approchant le feuillage , Faisoient pleuvoir sur lui ses globules féconds , Dont leur trompe en Tolant avoit saisi les dons.
Cest ce qu'on appelle caprificatioti ; les figues ne mûrissent qu'autant qu'elles ont été pénétrées par un petit insecte.
On a cru long-temps que Firritation occasionée par sa piqûre, accéléroit la maturité, conmie nos pommes piquées du ver mûrissent plutôt que les autres; mais il est plus probable qu'il agit en portant la poussière mâle, sur les pistils cachés dans Fintérieùr de la figue femelle.
(^) Enfin, des Tëgétaux la naissance Tarie.
Le poëte exprime ici les trois modes de fécondation des plantes, dont les unes ont les sexes séparés dans des
t06 NOTES
fleurs différentes; d'autres les ont unis dans ks mêmes
fleurs; d'autres enfin n'ont ni fleurs ni organes sexuels
visibles.
(^) Nos sages cependant , d'un regard curieux *
Sondoienty les uns la terre , et les autres les deux; Celui-ci dirigeoit les flèches du tonnerre.
Le poète désigne ici le célèbre Franklin , qui a fait tant de découvertes importantes et utiles à l'humanité.
(4*) On sur son double pâle aplatissoit la terre.
Cest à Maupertuis, de l'académie des ..sciences, qu'on ^ doit de savoir que la terre est aplatie sur son double pôle, et c'est avec le secours du pendule qu'il parvint à démontrer cet aplatissement.
(4*) Eh ! qui n'admireroit cet être mitoyen Des régnes qu'il unit étrange citoyen?
Le polype, comme tous lés zoophytes, joint à une forme étoilée, semblable à celle de la plupart des fleurs , la propriété de se reproduire par simple division, comme les arbres reviennent de bouture i et de se laisser greffer comme eux sur un autre individu; mais pour tout le reste, c'est un véritable animal, qui sent, se meut, mange et digèni^Sa découverte, due au Genevois Abraham Trembley, est «ans. contredit l'une des plus belles du dix<-huitième siècle. Ce naturaliste observa sur-tout les polypes à brus {hydra. Lin.)» et entre autres le polype vert. Il est petit, de forme conique; sa bouche est à la partie évasée du cône, et c'est par la pointe qu'il se fixe; six filaments mobiles entourent sa bouche et lui aident à saisir les petits animaux dont il se aourrit : la cavité du cône lui tient lieu d'intestin, et il refnd 9«t excréments par la bouche. Du reste, il n'a ni viKières, ni
nerfiB, ni vaisseaux. Son corps entier semble forme d'une
sorte de bouillie gélatineuse.
Les observateurs, animés par le succès de IVembley, ont
découvert depuis une famille innombrable dMtres plus ou
moins analogues aux siens : tous les coraux et autres litho-
phytes en sont des productions.
{^*) Par tes puissants secours la feuille de Ghiroo SouTent ravit sa proie à l'aTide Achéron.
La centaurée, ainsi nommée du centaure Ghiron, à qui l'on attribue la découverte de ses propriétés^ La vraie centaurée des anciens est ai:yourd'hui aussi peu connuo que la plupart de leurs plantes : mais on attribue ce uom^ d'après leurs commentateurs, à plusieurs espèces assez difierentes; il y a en botanique un genre nombreux, appelé centaurée* On nonune aussi , communément, petite centaurée, une jolie gentiane à fleurs roses, très répandue dans nos cbamps, excessivement amèrci comme les autres gentianes, et qui a fort souvent arrêté des fièvres
intermittentes.
(4^) Nos aleos bénissoient la manne salutaire*
LAinnnne est le suc d'un arbre du genre du frêne {firaxt* nuf omus), commun dans la Grèce et le midi de lltalie. Tout le monde connott son goût sucré et sa vertu purgative.
(^) La caue prolongea les yieux jours àt Voltaire.
Autre purgatif, introduit en médecine dans le moyen âge par les Arabes. C'est une pulpe noirâtre et douce, qui occupe l'intérieur des gousses d'un arbre, de la famille des légumineuses (^cassia/istula, Lin.), lequel croit abondamment en Egypte et aux Indes.
(^) Henrenx, ti du. pavot le perfide teooars ,
Pour adoucir ses nnits , n'eAt abrogé ses jours !
Vopium se tire par incision, des capsules du grand pavot des jardins {papaver somnifirum, Lin.), que l'on cultive pour cet effet dans tout l'Orient. L'action soporifique de cette drogue, et les dangers de son abus, sont généralement connus.
(4C) D'Homère et de Platon , dorant les premiers Ages , Le papyros da Nil consenroit les ouvrages.
Espèce de grand souchet, dont les tiges battues et collées fbrmoient les feuiUes que les anciens employoient pour écrire; le parchemin, et ensuite' le papier de chiffons en ont fait par degrés abandonner l'usage; mais le dernier en a conservé le nom. Son abondance dans le Nil et dans ses canaux facilita aux Ptolémées la création de la bibUothéque d'Alexandrie. On trouve encore à présent des rouleaux de papyrus dans les cercueils des momies.
(^7) Des sucs de l'indigo plus d'mie étoffe brille.
\2 indigo est une fécule bleue qui se dépose, quand on fait macérer, selon certains procédés, les feuilles ^e la plante 1^^ mineuse nommée anil {indigofera anil)^ originaire des Indes, mais qui se cultive aujourd'hui dans toute la zone torride. Cette fécule fait le principal ingrédient
pour la teinture en bleu.
(4*] Le moellenx cacao s'embaume de vanille.
Le cacao est la fève d'un arbre du Mexique {theobroma cacao). Broyée et mêlée de sucre, elle donne le chocolat, qu'on aromatise avec de la vanille. Celle-ci est la graine d\ine plante de la famille des orchis {epidendrum vanilla).
Elle est noire, fort menue, très odorante, et contenue dans
des gousses.
(49) Du pommier neiutrien ainsi le jus brittant Prodigue aa moiMonnenr son nectar pétillant.
Le cidre est le suc fermenté de la pomme. On sait qu'on
cultive le pommier en Normandie plus abondamment que
dans la plupart de nos autres provinces.
(^**) Le houblon, firoid riyal de l'arbnste bachique, Entretient des cafés le babil politique.
Plante grimpante, dont les fruits donnent une décoction amère et visqueuse, qui communique son goût à la bière, et aide à la conserver. Chacun sait que la bière est la boisson commune des Anglais ^ comme de tous les peuples de l'Europe qui n'ont point de vignes.
('*) Le feuillage chinois, par un plus doux succès. De nos diners tardifs corrige les excès.
Le thé est la feuille séchée d'un arbrisseau de la Chine
et du Japon.
('') , . . . Ai, dans qui Voltaire
De nos légers Français tU l'image légère.
Voici le passage de Voltaire que Delille rappelle ici. Il
est tiré de la jolie satire intitulée Le Mondain,
Chloris , Églé me versent de leur main D'un vin d'Aï , dont la mousse pressée , De la bouteille avec force élancée.
Gomme un éclair fait Toler le bouchon :
Il part, on rit : il frappe le plafond.
De ce TÎn frais Téciuie pétillante De nos Français est Timage brillante.
Dans le cristal son nectar argeiitia Tombe en perle liquide , et sa moatse fumeoie Bouillonne en pétillant dans la coupe écnmente ; Puis, écartant son roile a^ec rapidité.
Reprend sa transparence et sa limpidité.
Tous ces détails, si poétiquement, si fidèlement exprimés, sont empruntés de Fode fameuse de Goffin, sur le vin de Champagne. Les amateurs de beaux vers latins retrouveront avec plaisir ici ces strophes charmantes :
Cernis micantt concolor ut vitro Latex in auras, gemmeus aspici, Scintillet exultim ; utque dulees Naribns illeoebns propinet
Sucei ktentis pradit^r haHtiu ; Ui flpoaia motn ladea tvrbido Cryttallinnm Uaiido repenie Cum fremitn rq»aret aitorem?
Et quand le poëte François ajoute :
Au donx frémissement des écrits qt!*!! recèle , L'alégresse renaît, la saillie étincelle, etc. ,
c'^t encore le poëte champenois qu'il traduit ou quUl imite:
Tnnc cyathos juvat Siccare moUes ; tnnc hilaris jôCôs ConviTa fundlt libérales; TuiG precnl alterius Talerc Viles LjKi relliquias jubet Faltidiosus.
('') n est une liqueur au poëte plus chère , ' . Qui manquoit à Virgile et qu'adoroit Voltaire :
Cest toi, dirin café, dont Taimable liqueur, Sans altérer la tête épanouit le cœur.
L'arbre du café vient originairement d'Arabie, et le café
d'Arabie est encore regardé coming le meilleur. Cest de là qu'il a été transporté à l'Ile-de-France. Les cafiers, qui enrichissent la Martinique, proyiennent tous d'un pied qui y fut envoyé au commencement du dernier siècle , du jardin des Plantes de Paris. Desclieuft, qui l'y conduisoit, y mit tant de dévouement, que le voyage s'étant prolongé, et l'eau douce étant devenue rare à bord, il arrosoit cet arbuste avec sa propre ration.
Le cafier appartient à la famille des rubiacées; ses feuiHes sont opposées deux à deux, ovales, pointues, ondées et luisantes : les fleurs viennent dans èeurs aisselles , et lais sent un fruit rouge, qui contient deux grains ; ceux-ci sont
le café.
Nous avons, sur le café, deux poëmes latins modernes, composés, l'un sous le titre de Cafœum, par Fabbé Massieu; et l'autre sous celui de Faba Arabica ^ par ce même P. Fellon y dont nous avons déjà cité le joli poëme sur V Aimant Les deux opuscules se distinguent également par la vérité des détails, la justesse ou la grâce de l'expression. Delille leur a emprunté quelques détails; lorsqu'il dit, par exemple : ^
Sur le rëchmd brAUnt moi seul tournant t» grtine » A l'or de ta coolenr fais succéder Tëbêne ; Moi seul contre la noix, qu'arment se» dents de fer, Je fais, tn le faroyaDt, crier ton firnte amer.
il est probable qu'il se rappeloit le Moulin à café, si bien décrit par le P. Fellon :
Biachina née décrit frangendit fît^gites âfiia, Pjramidis ▼ii]9o*CMici<jpe iaaitata fiyoram.
Âspera nuz intns , curro coi multns in orbem Dens riget incisus dorso , meâioqne cylindnu Inlongum surgit y molem ^t condtat ovumhi , Ipse roannbri<^ TertalnKs : hand mora loaga ,
Dnm TolTit , peragitqae tuot agiuu routiu Ferrea naz , teritar granum , fhigesque receptas Machina in exiLem ▼ena* Tomit ore fartnam.
Les détails de la préparation du café ne sont pas rendus avec moins d'élégance et de précision, dans les vers suivants :
Ut primom fervent onde , ferrentibas nndis Pulveris çzignam spargens saperinjice molem.
Nec mora , nec requies ; raucnm tonat onda lebete , Jamque taprema fîirens tuperavit iitora tpumis : Ni properas, flos atqae YÎgor se efiFiiodet in ignés, Et nigmm exhaasto snperabit magma liqnore.
Le lecteur distinguera, sans peine, le plus ou moins d'obligations dont le poëte français est redevable à ceux qui avoient chanté avant lui sa liqueur favorite; mais Delille ne doit qu'à lui les beaux vers qui terminent ce morceau : c'est l'enthousiasme, ou plutôt l'ivresse même de la chose; c'est le poëte vraiment plein de son sujet. Des juges d'pn goût délicat, mais peut-être un peu sévère, ont blâmé:
^ Boire dans chaque goutte un rayon du soleil.
Mais quelque hardie que paroisse d'abord cette figure, elle ne l'est pas plus que ceUe qu'emploie Virgile, lorsqu'il nous représente Bitias buvant Por à pleine coupe, et pleno se pro^ luit aurd.
(H) Eh ! qui du grand Colomb ne connof t point l'histoire ?
Cet épisode, qui se rattache si heureusement au sujet traité par le poëte, dans ce sixième chant, est une imitation fort embellie de celui qui termine le poëme latin, sur l'hymen des fleurs, dont nous avons déjà parlé; et le lecteur nous saura gré, sans doute, de le lui mettre sous les yeux.
Ibant Hispani Telis audadbns ultra Hercnleas longe metas , solemqne cadentem; Hortator Columba ris : dat classibus Euros
Mo\a%t ei^gelM pnelacent i^ibas astra.
Bfirantur summo gradientes cqaorc silvas Dorides occidiue ; mirantiir pappilpis alUs Dispositat ad pognam acies, fluitantia sigoa, braque cmn tonitra jacalantia faucibas ignés. Ecce aatem plenot Pbœbe jam leptima Tulms Indaerat, posaitque; Ceret coDinmpta, Lyaei Munera defecere; incaunm suspicit astra, Despectat Palinurus acom; ccelttoiy aequor nbique. Protinus in forias agttnr cmn rémige milei , Ductoremqae , nefat! malo alligat; ille Minerra Plenas , aie : « Senti flores , contendite remis , In manibns terre. • Volât aïquore concita ciassis. Apparere procul montes, assnrgere campi :
Vix portum tetigere rates , dat Flora corollas , Columbamque suum donis gemmantibus oruat.
T. XI. LES mois liSGSES. II.