Oeuvres
- Parny : le premier poiile élégiaque français. On lui reproche la Guerre des Dieux et on a raison ; mais les Élégies restent, ces Élégies sont un des plas agréables monuments de notre poésie moderne. ■•
Font AS ES, Projet de rétablissement • de VAcadémie framnisc, 180().
J'ai déjà écrit sur Parny *; je voudrais parlei' de lui une fois encore, et cette fois sans aucune i^éne, sans aucune de ces fausses réserves qu'imposent les écoles dominantes (celle même dont on est sorti) et les respects humains hypocrites. Pour cela, je limite mon sujet comme les présents éditeurs eux-mêmes ont limité le choix des œuvres, comme Fontanes demandait qu'on le fil dès 1800: je laisse de côté le Parny du Directoire et de lan YII. le chantre de la
1. Au tome \\\ des PortntUa contem^jorains et dicers, édition de ISoo, pages llS-lju.
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Guerre des Dieux : non que ce dernier poëme soit indiiiiie de raideur par le talent et par la i;ràee de certains tableaux ; mais Parny se trompa quand il se dit. en traitant un sujet de cette nature :
l.a gnicc est tout; avec elle tout passe.
l'n tel j)Oi'me. qui n'aurait pas eu d'inconvénient lu entre inci'édules, aux derniers soupers du grand Frédéric, et qui aurait fait souîire de spirituels mécréants, prit un tout autre caractère en tombant dans le publie: il lit du inal: il alla blesser des consciences tendres', des croyances respectables, et desquelles la société avait encore à vivre. Je laisserai donc ce poëme tout à lait en deliors de mon appréciation présente, et il ne sera questimi ici que du Parny éléi^iaque, de celui dont Cbateaubriand disait ; « Je n'ai point coiuiu d'écrivain qui fût plus semblable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lin fallait que le ciel de l'Inde, une fontaine, un palmier et une femme. »
Né à l'île Bourbon, le 6 février 1753, envoyé à neuf ans en France, el placé au collège de Rennes, où il lit ses études, Évariste-Désiré de Forges (et non pas Desforges) de Parny entra à dix-liiiit ans dans un légiment, vint à Versailles, à Paris, s'y lia avec son
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t'(Mii|)alii(»l(' l^'ilin. inililaiiv cl ikK'Ic coimiic Ini. IK rlaiciil là. de 1770 ;i I77:{. une pclilc colcric daimahlcs jeunes licns. donl le pins ài;!»- n'avait pas vini;t-cinq ans. (|iii soii[)ai('iit. aiuiaicnl. laisaicnl des vers, et ne prenaient la vie à son drhnt (jmc coninie inie l«'i;èi'e et riante (»i'i;ie. Mue de lil'iKTations de jeunes i;"ens et de poètes ont l'ail ainsi, cl depuis lors et de loul temps! Mais le pi'opie de eette aimable société de la Caserne cl de Fcuillancour., c'est que la distinction. réléi;ance. le i^oùl <le l'esprit. surnai;vaicnl toujours jusipie dans le vin cl les plaisirs.
Rap])elé à l'ài^e de vini;l ans à lile Hoiu'hon par sa famille, Pai'iiy y trouva ce qui lui avait manrpu' juscpi'alors pom' animer ses vers cl leur donner une inspiration orii^inale, la passion. Il ycoinuit la jeime créole qu'il a célébrée sous, le nom d'i^lléonore : il commença i)ar lui donner des leçons de musi(jue; mais le professeur amateur devint vite autre chose poiu' son Iléloïse: les obstacles ne s'ai)eiçureid que trop tard, après la faute, après l'inq^rudence cmninisc; l'heure de la séi)aration somia: il y eut ensuite un retour, suivi bientôt de refroidissement, d'inconstance. C'est l'éternelle histoire. Parny a eu l-'hoiuieur de graver la sienne en quehtues vers l»rii-
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hiuts. iiuliiivls. et (|iie la poésie traïu'uise n'oubliera jamais. \
Les Poésies éroiiques (vilain titre , à cause du sens trop marqué qui s'attache au mot erotique; je préférerais Élégies), les Élégies de Parny, donc, parurent ponr la première fois en 1778. et devinrent h l'instant une fête de lesprit et du ca^ur pour toute la jeunesse du règne de Louis XYL Loreille était satisfaite par un rhythme pur, mélodieux ; le goût l'était également par une diction nette, élégante, et qui échappait au jargon à la mode, au ton du libertinage ou de la fatuité. Les connaisseurs faisaient une différence extrême de cette langue poétique de Parny d'avec celle des autres poètes du temps, les Bouliers, les Pezai, les Dorât : c'eût été une grossièreté alors de les confondre.
Serions-nous devenus moins délicats en devenant plus savants ? Je sais que tout a changé ; nous n'en sommes plus à Horace en fait de goût, nous en sommes à Dante. Il nous faut du difficile, il nous faut du compliqué. Le critique, et même le lecteur français, ne s'inquiète plus de ce qui lui plaît, de ce qu'il aimerait naturellement, sincèrement; il s'inquiète de paraître aimer ce qui lui fera le plus d'honneur aux yeux du prochain. Oui, en France, dans ce
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qu'on (Irpi'iino ou co qu'on arhoro en pnidic. on no pense guère le plus souvent au fond des choses : on pense à l'elTet. à l'honneur qu'on se fera en défendant telle ou telle opinion, en prononçant tel ou tel jui;ement. Le diftieile est Uv^-bîen porié ; on s'en pique, on a des admirations de vanité. Vn eriiique si)intuel et sensé le remarquait à ])ropos de la musique d'Auber, en parlant d'un de ses derniers opéras qni avait fort réussi : « Pour remporter ce succès avec une œuvre si élét^ante et si claire, un style si aim;ihle et si charmant, il a fallu, disait-il. un très-p^rand talent et un très-i,Tand bonheur: car aujourd'hui, par la pédanterie qui court . par les doctrines absurdes qu'on voudrait accrédite)', par l'is^norance et l'outrecuidance de quelques prétendus savants, la clarté, la grâce et l'esprit sont un obstacle plutôt qu'un avantage... Le beau mérite que d'entendre ei d'admii'cr ce que tout le monde admire et comprend! » Ainsi pai'lait un critique, qui est aussi un traducteur de Dante '. et auquel bien des gens doivent de le lire en français; car l'original leur est absolument fermé. J'insiste sur ce travers de notre goût, sur cette gloriole de notre esprit. Que ceux qui arrivent à con-