‹ ŒuvresChapitre 104 sur 164 · TABLEAUX IMITÉS T)V GREC · texte numérisé non relu

TABLEAUX IMITÉS T)V GREC

AuK bergers la naissante aurore Annonçait l'heure fies travaux ; Mais Myrtis sommeillait encore. Un songe agitait, son repos :

Il se croit aux cliamps de Cythère.

1. «Ces nouveaux talileauî, » a ditTissot avec beaucoup de vérité, u inférieurs aux premiers, offrent souvent une couleur brillante et vriie; quelques peintures d'amours ont toute la séduction que Tamy pouvait leur donner, et même un abandon qu'on lui souhaiterait quelquefois ailleurs; mais l'ensemble n'est pas exempt de monotonie, et l'on commence :i remarquer un excès de précision, ainsi que de l'obscurité, de la reclierche dans la manière du peintre. »

260 LES DEOUTSEMENTS

Vénus, en lialjit de beifière, A ses yeux apparaît soudain :

Elle balance dans sa main De myrte une branche légère.

Surpris, il fléchit les genoux, Et contemple cette immortelle.

Que Paris jugea la plus belle.

Et dont les bienfaits sont si doux.

L(jngtemps il l'admire, et sa bouche Pour l'implorer en vain s'ouvrait ; Du myrte heureux Vénus le touche.

Sourit ensuite, et disparaît.

MjTtis dans la forêt obscure Cherchait le frais et le repos.

Zéphyre lui [lorte ces mots Que chante une voix douce et pure

« Dans ma main je tiens une fleur.

» Fleur aussi, je suis moins éclose.

" Dieu dos filles et du Ininlieur, » Je tuIVre quinze ans et la ruse.

» Mon sein se gonlle, et quelquefois » Je rêve et soupire sans cause.

» Jeune Myrtis^, c'est dans ce bois •) Qu'on trouve quinze ans et la rose.

» J'aiïaisse à peine le ^'azon » Où seule encore je repose :

» Si tu viens, rapide Aquilon, » Ménage quinze ans et la rose. »

Il paraît; elle fuit soudain.

Lé^'ère et longtemps poursuivie.

Le berger l'implorait en vain.

Mais à la fleur elle confie Le premier baiser de l'amour ; Puis sa main à Myrtis la jette.

11 la reçoit; faible et muette, L'autre fleur se donne à son tour.

Ménage quinze ans et la rose, Calme-toi, fougueux Aquilon.

Un cri s'échappe, et le gazon...

Viens, doux Zéphyre, elle est éclose.

202 LES DEGUISEMENTS

HT

« Dryades, pourquoi fuyez- vous?

» Des Ijois protectrices fidèles,

» Soyez sans crainte et sans courroux,

» A mes regards vous êtes belles ;

» Mais un moment tournez les yeux :

» Je n'ai du Satyre odieux

)) M les traits ni l'audace impie.

)) Arrêtez donc, troupe chérie,

» Au nom du plus puissant des dieux. )^

De Myrtis la [irière est vaine.

D'un pas rapide vers la plaine

Les Dryades fuyaient toujours.

Une seule un moment s'arrête,

Fuit encore, en tournant la tête.

Et du bois cherche les détours.

Seize printemps forment son âge;

Un sim{ile feston de feuillage

Couronne et relient ses cheveux.

Dos Eiiriis le soufllc aiiiourriix Soulève et rejette m inrière Sa tunique verte et léizère; Et déjà Myrtis est Iieui'euv.

Il atteint la nymphe timide Sur le liunl d'un torrent rapide, Au milieu des rocliers d«^serts.

De mousse et d'écume rouverts.

Un espace étroit se présente :

L'un contre l'autre ils sont ^tressés; Et Itientût Tonde munissante Mouille leurs pieds entrelacés.

Dans sa cabane solitaire

MjTtis attendait le sommeil.

Arrive une jeune étranjzère.

Le teint de Flore est moins vermeil.

Du voile éclatant des princesses

Sa beauté s'embellit encor ;

264 LES DEGUISEMENTS

Sur sa tète le réseau d'or

De ses olieveu.x lixe les tresses;

L'or entoure son cou de lis.

Et serre ses bras arrondis;

La pourpre forme sa ceinture;

Et sur le cothurne brillant,

De ses pieds utile parure,

Sa tunique à longs plis descend.

Myrtis en silence l'admire.

« Je fuis un tyran détesté, »

Lui dit-elle avec un sourire;

« Donne-moi l'hospitalité.

» — Embellissez mon toit modeste.

» Des joncs tressés forment mon lit ;

» Il est pour vous. — Où vas-tu? reste;

)) Du lit la moitié me suffit. »

Sur cet humble et nouveau théâtre

Elle s'assied ; un long soupir

De son sein soulève l'albâtre :

C'était le signal du plaisir.

Sur la cabane hospitalière

Passe en vain le dieu du repos :

Myrtis et la belle étrangère

Échappent à ses lourds pavots.

Leur impatiente jeunesse

Jouit et désire sans cesse.

Ivres (1p baisers ri (l'amoiir, D'arnour ils soupiient encore; Et pourtant la riante Aurore Enlr'ouvrait les portes du jour.

« Nymphe de ce riant bocage, » Vénus même sous votre oml)rage » Sans doute dirigea mes pas.

» Elle a ralenti votre fuite ; » Elle accéléra ma poursuite, )) Et vous lit tomber dans mes bras.

» Des mortels souvent les déesses » Reçurent les tendres caresses :

» Imitez et craignez Vénus ; » Elle punirait vos refus. »

Malgré cette voix suppliante, Et malgré ses désirs secrets, La Nymphe défend ses attraits. Et toujours sa bouche riante Échappe aux baisers indiscrets.

i66 I/KS DÉOriSP:MENTS

A quoliines [uis, dans la prairie.

Un fleuve promenait ses flots.

Le front couronné de roseaux, Des Naïades la ] dus jolie Se jouait au milieu des eaux.

Tantôt sous le cristal humide Elle descend, remonte encor.

Et présente au regard avide De son sein le jeune trésor ; Tantôt, glissant avec souplesse, Elle étend ses bras arrondis.

Et sur l'onde qui la caresse Élève deux globes de lis.

Bientôt, mollement renversée.

Par le flot elle est balancée ; Son pied frappe l'eau qui jaillit.

Invisible dans le bocage, Myrlis, écartant le feuillage.

Voit tout, et de plaisir sourit.

Alors la champêtre déesse.

Que dans ses bras toujours il presse.

Rapproche les rameaux touffus.

D'un voile en rougissant se couvre.

Et sur sa bouche qui s'entr'ouvre Expire le dernier refus.

DK VKNUS 207

Sous dos oml)i;igos solitaires,

Dovanl im Satyiv elTionté

Fuyait avec raiiiiliU*

La plus tiniitlt' des bergères.

Au loin elle aperçoit Myrtis :

« A mon secours le ciel t'envoie,

)) Jeune inconnu ; défemls Nais. »

Le Satyre lâche sa proie.

La bergère à son protecteur Sourit, mais conserve sa peur.

« Bannis tes injustes alarmes, »

Dit-il ; « je respecte tes charmes.

» Viens donc : du village voisin » Je vais l'indiquer le chemin. »

Elle rougit, et moins timide, A pas lents elle suit son guide.

Mais elle entend nu Itruit lointain Du berger elle prend la main, Et dans ses bras cherche un asile.

2r),S LES DEGUISEMENTS

Discret, il dcmoure immolùlo, Et n'ose presser ses appas.

Elle voyait son doux martyre.

Le bruit cesse ; Myrtis soupire, Et Nais reste dans ses bras.

Phébus achevait sa carrière;

Dans les cieux l'ombre s'étendait ;

Myrtis à pas lents descendait

De la montagne solitaire.

Une femme sur son chemin

Se place, et doucement l'arrête.

Au croissant que pctrte sa têt*;,

A sa taille, à son port divin,

Il a reconnu l'Immortelle.

« Cher Endymion, viens, » dit-elle.

« Un moment pour toi j'ai quitté

» Le ciel et mon trône argenté :

» Viens; sois lieureux et sois fidèle. »

\.c lifTgor suit SCS [nis disrn'ls.

De cette méprise apparente Il profite, et la nuit naissante Protége'ses baisers muets.

Il trouve dans la jouissance Laliandon et la r«%istance, L'embarras de la nudité, Les murmures de la tendresse, Les refus et la douce ivresse, La pudeur et la volupté.

» Berger, j'appartiens à Diane :

» Pourquoi toujours suis-tu mes pas?

» Je hais Vénus. Fuis donc, profane ; » Crains cette flèche et le trépas. »

Elle dit, et sa main cruelle Sur l'arc pose le trait léger :

Mais Myrtis, qui la voit si belle.

Sourit et brave le danger.

•270 LES DEOFTSEMENTS

Un f()s?;('' profond Ips srparo; Avec aiulac-o il est franelii.

Imprudent! D'un regret suivi, I.e trait vole, siflle, et s'éf,'are.

La Nymplie de nouveau sVnfuit.

Le l)erger toujours la poursuit.

Dans une grotte solitaire.

De Diane asile ordinaire.

Elle entre ; et sa main aussitôt Saisit et lève un javelot.

Sa fierté, sa grâce pudique, Irritent le désir naissant.

D'un côté, sa blan^clie tunique Tombe, et sur le genou descend ; De l'autre, une agate polie La relève, livrant aux yeux Les lis d'une cuisse arrondie.

Et des contours plus précieux.

De son sein qui s'enfle et palpite.

Et dont ce combat précipite Le voluptueux mouvement.

Un globe est nu : le jeune amant S'arrête, et des yeux il dévore.

Malgré le javelot fatal.

L'albâtre pur et virginal Qu'au sommet la rose colore.

Il saisit la Nympli»'; ol sa voix Pour rimitlorcr devient plus tenflro.

Dos cris alors se font entendre; Le cor résonne dans les bois.

" Malheureux! laisse-moi,» dit-elle, a Diane est jalouse et cruelle :

i) Si je l'invoiiiie, tu péris. »

Malgré sa nouvelle menace, Le berger fortement l'embrasse ; Des baisers préviennent ses cris.

Diane approclie, arrive, passe, Au loin elle conduit la chasse, Et laisse la nymplie à Myrlis.

DErigone c'élail la fêle.

Des bacchantes sur les coteaux Couraient sans ordre et sans repo>:

La [ilus jeune pourtant s'arrête.

Nomme Myrtis, et fuit soudain Sous lombrage du bois voisin.

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