Sn LES DECUlSEMENTvS
Ello a (jLiillé son cliar vermeil.
Sur sa tête brille une étoile.
Un safran pur et précieux
Colore sa robe et son voile.
L'amour est peint dans ses beaux yeux.
L'humble lit tlu l)er{^er timide
La reçoit. 0 douces faveurs !
Sous elle le feuillage aride
Renaît, et la couvre de fleurs.
XTX
L'amour ne counnit point la crainte.
Du ])ois Myrtis franchit l'enceinte; Il s'y cache, et voit s'approcher Celle qtr'il ose ainsi chercher.
Ses traits sont purs ; la violette S'entrelace à la bandelette Qui couronne son front serein.
Sur sa longue robe de lin Descend une courte tunicjue ;
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Sun R'^tird est tkmx <'t ituili<iut'.
Myrlis piii-aît; elle rougit;
il préviciit su lïiile, et lui dit :
H De Minerve, jeune prêtresse,
» Mes yeux te suiviiient à l'autel.
» J'ai vu tes mains à la déesse
)),OnVir un encens solennel...
)) — Fuis! — Ne sois pas inexorable.
.) — Fuis donc ! — Avec toi je fuirai.
„ — Des fers attendent le coupable
•) Qui profane ce bois sacré.
,1 Ta bouclie menace et soupire.
» Imprudent! je plains ton délire.
» Crains le trépas, retire-toi.
), Non. —Minerve, protége-moi. »
Mot fatal ! Son àme alarmée
Le rétracte, mais vainement :
Entre les bras de son amant
Elle est en myrte transformée.
11 recule, saisi d'borreur;
11 doute encor de son mallieur ;
D'une voix éteinte il appelle
La jeune vierge; avec frayeur
Il touche l'écorce nouvelle ;
Ses pleurs coulent, et sa douleur
Maudit la déesse inllexible;
288 LES DEGUISEMENTS
Dans le bois il entend du bruit ; Il embrasse l'arbre insensible.
S'éloigne, revient, et s'enfuit.
De la jeune et belle prêtresse L'image poursuivait Myrtis.
Il fuit les autels de Cypris, Il fuit la brillante jeunesse.
Et chaque jour aigrit son mal.
Un soir enfin, du bois fatal Il franchit de nouveau l'enceinte.
Il baise les rameaux chéris ; Au ciel il adresse sa plainte :
Le ciel parait sourd à ses cris.
Éole entasse les nuages; De leurs flancs sortent les orages ; Les éclairs suivent les éclairs; La foudre sillonne les airs.
Le berger brave la tempête.
Et les feux ruulant sur sa tête.
Le myrte, iiirusé de ses pleurs, Par un faible et naissant murmure Semble répondre à ses douleurs.
Prodige iieureuxî L'éeorce dure Se soulève, et prend sous sa main L'albâtre et les contours du sein.
Une bouclie naît sous la sienne, Et soudain une fraîche haleine Se mêle à ses soupirs brûlants.
Les rameaux qu'en ses bras il presse.
Transformés en bras ronds et blancs.
Lui rendent sa douce caresse.
Plus de combats, plus de refus ; Et de Minerve la prêtresse Est déjà celle de Vénus.
Des dieux la promette messagère Part, vole, se montre à Myrtis, Et dit : a La reine de Cythêre
290 LES DEGUISEMENTS
» Parut la plus belle à Paris :
M L'heureuse pomme. fut pour elle;
)^ Mais entre Junon et Pallas
» Toujours subsiste la querelle,
)) Et c'est toi qui les jugeras. »
En parlant ainsi, la déesse
Est debout sur son arc brillant.
Myrtis contemple sa jeunesse.
Ses yeux d'azur, son front riant.
L'or de sa baguette di^ine,
Les perles de ses bracelets,
Et l'écharpe flottante et line
Qui voile à demi ses attraits.
« Pourquoi gardes-tu le silence ? »
Reprend-elle : « Réponds, Myrtis;
» Le refus serait une offense.
» — Disputez-vous aussi le prix?
» — Je le pourrais; j'ai quelques charme^.
» — Voyons. — Promets-tu le secret?
» — Oui. — Je crains... — Soyez sans alarmes.
» — Eh bien, juge; mais sois discret.
» ^ Ce voile à vos pieds doit descendre.
)) Ce n'est pas tout : la volupté
» Embellit encor la -beauté,
» Et le prix est pour la plus tendre. »
L'innnortelle baisse les yeux.
UE VLMS 29i
UeiKtusse la main ([ui lu IuucIil', Aux buisors dérobe sa buLiL'iit', VA tombe sur Tair radicuv.
Assise sur uu faisceau d'armes Recouvert d'un léger tapis, Aux regards de l'heureux Myrtis Pallas abandonne ses chai-mes. Le berger hésite, et pourtant Écarte d'une main timide Son casque à panache flottant, Sa lance d'or, et son égide.
La cuirasse tombe à son tour, Et même la blanche tunique.
De Pallas la beauté pudique Vainement éveille l'Amour; Jamais il n'obtient de retour; Le berger étonné l'admire.
Mais affecte un calme trompeur.
292 LES DEGUISEMENTS
La (lét'sse voit su fruiJL'ur, Prend sa main, doucement lattire.
Le leroit dans ses bras, soupire, Et prudente elle répétait :
« On me croit sage ; sois discret. »
« Viens, jeune et charmante Tliéone.
» — Non; Junon peut-être t'attend :
» Jamais son orgueil ne pardonne.
» — Qu'importe? — Fuis. — Un setd instant!
» — Demain je tiendrai mes promesses.
» — Je brûle des feux du désir.
» Viens : la beauté fait les déesses. •
)> — Et qui fait les dieux? — Le plaisir. »
DK VKNUS 29:i