I. Los attraits de la ili'fsso
204 LES DEGUISEMENTS
A Myrtis elle ouvre ses bras.
Sourit de sa vive caresse.
Et prudente elle répétait :
« On me croit sa^e; sois discret.
Du liaut des airs qu'elle colore, La jeune Iris descend encore.
Myrtis la reçoit dans ses bras.
Elle se livre à ses caresses.
Et pourtant elle dit tout bas :
« Si je tarde, les deux déesses » Pourront croire... Séparons-nous. r.
Suivent des baisers longs et doux.
« Je ne puis prononcer entre elles, » Dit enfin le berger. « Pourquoi?
» — Également elles sont belles ; » Et la plus aim.'dilp. c'i'M toi. »
DE VKNTS 295
Rf^veuse ef doucement émue ,
Elle arrive dans le l)osquet
Où de Vénus est la statue,
A ses pieds dépose un bouquet,
Et dit : ft 0 Cypris! je t'implore;'
« Protège -moi contre ton fils.
» Pour lui je suis trop jeune encore.
» Je ne veux point aimer Myrtis. «
Quelques jours après, sa jeunesse
De l'amour craint moins les douceurs.
D'un feston de myrte et de fleurs
Elle couronne la déesse.
Disant : « Vois mon trouble secret.
» J'aime; apprends-moi comment on plaît. «
Elle revient ; et le sourire
Ouvre sa bouche qui soupire :
« Il m'aime, ô propice Vénus !
» Seule à ses regards je suis belle ;
296 LES DEGUISEMENTS
» Mais je veux par quelques refus
» Irriter sa flamme nouvelle. »
Une guirlande sous sa main
Se déploie ; et de la statue,
Que le ciseau fit belle et nue.
Elle couvrait.... Myrtis soudain
Du feuillage sort, et s'écrie :
« Ne couvre rien, ma jeune amie :
» Crains Vénus. » Sans force et sans voix,
Elle rougit, chancelle, glisse;
Et la guirlande protectrice
Reste inutile entre ses doigts.
Le sombre Plulon sur la terre Était monté furtivement.
De qut'lqiif^ nyni[ibi' su] il aire Il méditait 1" enlèvement.
De loin le suivait son (-pousc Son indifférence est jalouse.
Sa main oiiror ciioillait lii Unir Qui jadis causa son nialliour : Il renaissait dans sa ponséo.
Myrlis [lassc; il voit, ses altrails, Kt la oouronno de cypivs A SOS rliovcux ontrclat't'o.
Il se prostrrno : d'uno main Elle fait un sij^uf; et soudain Uenionte sur son elinr d'élièno.
Près d'elle est assis le berger.
Les coursiers noirs d'un saut léger Ont déjà traversé la plaine.
Ils volent; des sentiers déserts Les conduisent dans les enfers ; Du Styx ils franchissent les ondes.
Caron murmurait vainement ;
Et Cerbère sans aboiement
Ouvrait ses trois gueules profondes.
Le berger ne voit point Minos,
Du Destin l'urne redoutable,
D'Alecton le fouet implacable,
Ni l'affreux ciseau d'Atropos.
Avec prudence Proserpine
Le conduit dans un lieu secret,
Où Pluton, admis à regret,
Partage sa couche divine.
29S LES DEGUISEMENTS
Myitis l)aise ses blanclies mains, La presse d'une voix émue, Et la Déesse demi-nue Se penche sur de noirs coussins.
Elle craint un époux barbare : Le berger quitte le Tartare.
Par de longs sentiers ténébreux Il remonte, et sa voix profane Ouvre la porte diapbane D'où sortent les Songes heureux.
XXYIII
Morphée a touché sa paupière ; Elle dort sous l'ombrage frais.
Des Zéphyrs l'aile familière Dévoile ses charmes secrets.
Myrtis vient. 0 douce surprise !
« Hier au temple de Vénus, »
Dit-il, « j'ai fléchi ses refus :
■ Dérobons la faveur promise...
» Non, je respecte son sommeil;
» J'aurai le baiser du réveil. »
Il voit un lioufiuet auprès d'elle ;
Des roses il prend la plus belle ;
Avec adresse, avec lenteur.
Sa main la place sur l'ébène.
Et sa Iwuclie baise la fleur.
11 s'éloigne alors, non sans peine,
Et se cache dans un buisson,
D'oiî sort un léger papillon.
L'insecte léger voit la rose.
Un moment sur elle se pose.
Puis s'envole, et fuit sans retour,
Myrtîs dit tout bas : « C'est l'Amour. »
« Arrêtez, charmante déesse î
» Votre main, au banquet des cieux,
» Verse le nectar, et des dieux
» Vous éternisez la jeunesse.
rt — Il est vrai ; dans ma coupe d'or
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» Tes lèvres trouveront eiicor » De ce breuvage quelque reste :
» Bois donc. — J'ai bu. Quelle clialeur •) Pénètre mes sens et mon cœur !
» Restez, ô déesse ! — Je reste. »
11 est lieureuX;, et ses désirs Demandent de nouveaux plaisirs.
En riant, la jeune immortelle S'échappe, fuit, et disparaît.
Le berger en vain la rappelle.
Seul il marche ; de la forêt Il suit les routes ténébreuses :
Et là dans ses bras tour-à-tour Tombent les maîtresses nombreuses Qu'un moment lui donna l'amour.
Un moment, bergères, princesses, Nymphes, bacchantes, et déesses.
Reçoivent ses baisers nouveaux.
Puis s'échappent : point de repos ; Du nectar la douce puissance Soutient sa rapide inconstance.
Ses vœux n'appelaient point Vesta', Et dans son temple elle resta. Las enfin, sous le frais ombrage