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AUX INSURGENT

Bravo, messieurs les Insurgents!

Vainqueurs daus une juste guerre.

Vous vous donniez les airs d'être hommes?

On prétend que plus d'une fois

Vous avez refusé de lire

Les billets doux que Georges Trois

Eut la bonté de vous éerire.

Fiers de ravir à vos tyrans

Les palmes de votre hémisphère,

Vous donnez par vos sentiments

Un peuple de plus à la terre.

Fermes, courageux, patients,

Doués d'une franchise altière.

Libres surtout... Voilà mes gens.

Gardez bien ces nobles élans

D'une valeur héréditaire.

Après des exploits éclatants,

Il faudrait un jour, pour bien faire,

Envoyer danser vos enfants

Sur les débris de l'Angleterre.

Je vois d'ici le bon Franklin

Mener le branle militaire,

Et dans ce bal républicain

Narguer sans haine et sans colère •

Tous les oppresseurs que révère

Cet imbécile genre humain.

Craindre et fléchir, double sottise !...

Vous combattez avec constance

Pour les droits de la liberté;

A tous ceux de l'humanité

Vous voulez rendre leur puissance,

Rappeler l'homme à" la fierté

De sa première indépendance.

Et maintenir sa dignité

EPITRE AUX INSURGENTS 34.t

On voit bien, mes pauvres amis, Que vous n'avez jamais appris La politesse européenne, Et que jamais l'air de Paris Ne ût couler dans vos esprits Cette tolérance chrétienne

Dont vous ignorez tout le prix.

Pour moi, je vous vois avec peine

Afficher, mak'ré les plaisants,

Cette brutalité romaine

Qui vous vieillit de deux mille ans.

Raisonnons un peu, je vous prie :

Quel droit avez-vous plus que nous

A cette liberté chérie

Dont vous paraissez si jaloux?

L'inexorable Tyrannie

Parcourt le docile univers;

Ce monstre, sous des noms divers.

Écrase l'Europe asservie :

Et vous, peuple injuste et mutin.

Sans pape, sans rois, et sans reines.

Vous danseriez, au bruit des chaînes Qui pèsent sm: le genre humain :

Et vous, d'un si bel équilibre Dérangeant le plan réguUer,

Vous auriez le front d'être libre A la barbe du inonde entier 1 L'Europe denriande vengeance ; Armez-vous, béros d'Albion.

Rome ressuscite à Boston :

Étouffez-la dès son enfance.

De la naissante Liberté I^Brisez le berceau redouté ; Qu'elle expire, et que son nom même.

Presque ignoré chez nos neveux, Ne soit plus qu'un vain mot pour eux, Et son existence un problème.

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