I.E POÈTE
Oui, le feproche est juste; et je sens qu'à mes vers La rime ^^ent toujours se coudre de travers. Ma Muse vainement du nom de négligence A voulu décorer sa honteuse indigence ;
DiALoi.lh 347
La critique a blâmé son niiucc accoutreiiR'iit. « Travaillez, » a-t-uii dit, « et rimez aulrt-meiil. » Docile à ces leçons, corrigez- vous, ma Muse, Et changez en travail ce talent ([ui nranuise.
LA M USE
De l'éclat des lauriers subitement épris. Vous n'abaissez donc plus qu'un regard de mépris Sur ces fleurs, que jadis votre goût solitaire Cueillait obscurément dans les bois de Cythère?
LE POÈTE
Xon ; je reste à Cythère, et je ne prétends pas Vers le sacré coteau tourner mes faibles pas. Dans cet étroit passage, oià la foule s'empresse, Dois-je aller augmenter l'embarras et la presse ! Ma vanité n'a point ce projet insensé.
A l'autel de l'Amour, par moi trop encensé. Je veux porter encor mes vers et mon hommage ; Des refus d'Apollon l'Amour me dédonmiage,
LA MUSE
th! faul-il tant de soins pour chanter ses plaisirs? Déjà je vous prétais de plus sages désirs. J'ai cru qu'abandonnant votre lyre amoureuse, Vous preniez de Boileau la plume vigoureuse. C'est alors que l'on doit, par un style précis,
Fixer l'attention du lecteur indécis.
Et par deux vers ornés d'une chute pareille,
Satisfaire à la fois et l'esprit et roreille.
Mais pour parler d'amour, il faut parler sans art ;
Qu'importe que la rime alors tombe au hasard,
Pourvu que tous vos vers brûlent de votre Ilamme,
Et, de l'âme échappés, arrivent jusqu'à l'âme?
LE POÈTE
Quel fruit de vos conseils ai-je enfin recueilU ?
LA MUSE
Je vois que dans Paris assez bien accueilli. Vous avez du lecteur obtenu le sourire.
LE POÈTE
Le Pinde à cet arrêt n'a pas voulu souscrire; Peut-être on a loué la douceur de mes sons. Et d'un luth paresseux les faciles chansons ; L'indulgente beauté, dont l'heureuse ignorance N'a pas du bel esprit la dure intolérance, A dit, en me lisant : « Au moins il sait aimer. » Le connaisseur a dit ; « Il ne sait pas rimer. »
LA MUSE
Te fit-on ce reproche, aimable Deshoulière, Quand un poëte obscur, d'une main familière,
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Paic(turait à lu luis ta lyre et tes ainias. Et te faisait jouir du renom qu'il n'a pas *? Chaulieu rimait-il "bien, quand sa molle paresse Prêcliait à ses amis les dogmes de Lucrèce ? A-t-on vu du Marais le voyageur charmant ^ De la précision se donner le tourment?
La Muse de Gresset, élégante et facile, A ce joug importun fut parfois indocile ; Et Voltaire, en un mot, cygne mélodieux, Uui varia si bien le langage des Dieux, Ne mit point dans ses chants la froide exactitude Dont la stéfilité fait son unique étude.
LE POÈTE
Il est vrai ; mais la mode a changé de nos jours : On pense rarement, et l'on rime toujours. En vain vous disputez : il faut être, vous dis-je. Amant, quand on écrit, auteur, quand on corrige.
LA MUSE
Soit : je veux désormais, dans mes vers bien limés. Que les Ris et les Jeux soient fortement rimes; Je veux, en fredonnant la moindre chansonnette,
1 . C'est Hesuault, poëte assez obsciir, il le faut avouer. ï. Cbapelle, l'auteur du joli voyage qui porte son uom et celui de Bachauiaont.
3oO MELANGES
Au l)out de chaque ligue attaclier ma sonnette. Mais ne vuus plaignez point si quelcjucfois le sens, Oublié pour la rime...
LE POÈTE
Oubliez, j'y consens.
D'un scrupule si vain Ton vous ferait un crime. Appauvrissez le sens pour enrichir la rime. Trésorier si connu dans le sacré vallon. Approche, Richelet, complaisant Apollon % Et, des vers à venir magasin poétique. Donne-moi de l'esprit par ordre alphabétique. Quoi ! vous riez !
LA MUSE
Je ris de vos transports nouveaux, Courage ! poursuivez ces aimables travaux.
LE POÈTE
Ce rire impertinent vient de glacer ma verve.
LA >I U s E
Qu'importe? Riclielet tiendra lieu de Minerve.
LE POÈTE
Rimez mieux.