‹ ŒuvresChapitre 129 sur 164 · A CHLOÉ · texte numérisé non relu

A CHLOÉ

Selon vous mon sexe est léger; Le vôtre nous paraît volage.

Ce procès^ qu'on ne peut juger, Est renouvelé d'âge en âge.

Vous prononcez dans ce moment; Mais j'appelle de la sentence.

Croyez-moi : c'est injustement Que l'on s'accuse dinconstance.

Il n'est point de longues amours.

J'en conviens; mais presque toujours Votre âme s'abuse elle-même.

Dans sa douce crédulité, Souvent de sa propre beauté Elle embellit celui qu'elle aime.

Il a tout, du moment qu'il plaif.

A CHLOE 3o3

Grâce au rlésir qu'il a fait naître, Vous voyez ce qu'il devrait être.

Vous ne voyez plus ce qu'il est. Oui, vous placez sur son visage Un masque façonné par vous; Et, séduite par cette image, Vous divinisez votre ouwage.

Et vous tombez à ses genoux.

Mais le temps et l'expérience.

Écartant ce masque emprunté.

De lidole que l'on encense Montrent bientôt la nudité.

On se relève avec surprise ; On doute encor de sa méprise ; On cherche d'un œil affligé Ce qu'on aimait, ce que l'on aime ; L'illusion n'est plus la même.

Et l'on dit : « Vous avez changé. »

Du reproche, suivant l'usage.

On passe au refroidissement; Et, tandis qu'on paraît volage, On est détrompé seulement.

Des amantes voilà l'histoire,

Ciiloé ; mais, vous pouvez m'en croire,

C'est aussi celle des amants.

3J4 MELANGKS

En vain voire cœur en niurnuiro ; C'est la bonne et vieille Nature Qui fit tous ces arrangements.

(Juant au remède, je l'ignore; Sans doute il n'en existe aucun :

Car le vôtre n'en est pas un ; Ne point aimer, c'est pis encore.

LE TOMBEAU D'EUGHARIS*

Elle n'est déjà plus, et de ses heureux jours J"ai vu s'évanouir Taurore passagère : Ainsi s'éclipse pour toujours Tout ce qui brille sur la terre.

1 . Eucharis était le nom poétique d'une femme aimée et chantée par Bertln. Dans son Élégie Aux mùnes il'Eucharis, Bertin a fait allusion aux vers de Pamy :

Déjà les yeux mouillés de pleurs.

Et brisant son beau lutb qui résonnait encore.

Le doux chantre d'Éléonore Sur tes restes chéris a répandu des fleurs; Il t'élève un tombeau; c'est assez pour ta gloirp.

LE TOMUKAl' DMUGHARIS '.Joli

Toi que son cœur connut, loi (|ui lis son bonlieur,

Amitié consolante et tendre, De cet objet chéri viens recueillir !a cendre.

Loin d'un monde l'roiiî et trompeur Choisissons à sa tombe un abri solitaire; Entourons de cyprès son urne funéraire.

Que la Jeunesse en deuil y porte avec ses pleurs

Des roses à demi fanées ; Que les Grâces plus loin, tristes et consternées, S'enveloppent du voile emblème des douleurs. Représentons l'Amour, V Amour inconsolable,

Appuyé sur le monument ; Ses pénibles soupirs s'échappent sourdement ; Ses pleurs ne coulent pas; le désespoir l'accable.

L'instant du bonheur est passé; Fuyez, plaisirs bruyants, importune allégresse.

Eucharis ne nous a laissé Que la triste douceur de la pleurer sans cesse.

3oC MELANGES

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