‹ ŒuvresChapitre 33 sur 164 · IL EST TROP TARD · texte numérisé non relu

IL EST TROP TARD

Rappelez-vous ces jours heureux, Où mon cœur crédule et sincère Vous présenta ses premiers vœux.

Combien alors vous m'étiez clière!

Quels transports! quel égarement!

Jamais on ne parut si belle Aux yeuN enchantés d'un amant; Jamais un (il)jet infidèle Ne fut aimé plus tendrement.

Le temps sut vous rendre volage ; Le temps a su m'en consoler.

Pour jamais j'ai vu s'envoler Cet amour qui fut votre ouvrage :

Cessez donc de le rappeler.

De mon silence en vain surprise, Voussem])lez revenir à moi; Vous réclamez en vain la foi Qu'à la vôtre j'avais promise :

Grâce à voire légèreté.

J'ai perdu la crédulité

Qui pouvait seule vous la rendre.

L'on n'est bien trompé qu'une fuis.

De l'illusion, je le vois,

Le bandeau ne peut se reprendre.

Échappé d'un piège menteur,

L'habitant ailé du bocage

Reconnaît et fuit l'esclavage

Que lui présente l'oiseleur ^

1. Image graciense qu'André Chénier devait plus tard enchâsser dans ces beaux vers de la Jeune captive :

Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel Philomi'le chante et s'élance.

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