‹ ŒuvresChapitre 55 sur 164 · DELIRE · texte numérisé non relu

DELIRE

11 est passé ce moment dos plaisirs Dont la vitesse a trompé mes désirs, Il est passé; ma jeune et tendre amie. Ta jouissance a doublé mon bonheur.

Ouvre tes yeux noyés dans la langueur, Et qu'un baiser te rappelle à la vie.

Celui-là seul connaît la volupté, Celui-là seul sentira son ivresse, Qui peut enfin avec sécurité Sur le duvet posséder sa maîtresse.

Le souvenir des obstacles passés Donne au présent une douceur nouvelle ; A ses regards son amante est plus belle; Tous les attraits sont vus et caressés. Avec lenteur sa main voluptueuse D'un sein de neige entr'ouvre la prison,

Et de la rose il baise le bouton Qui se durcit sous sa bouche amoureuse. Lorsque ses doigts égarés sur les lis Viennent enfin au temple de Cypris, De la pudeur prévenant la défense, Par un baiser il la force au silence.

11 donne un frein aux aveugles désirs; La jouissance est longtemps différée; Il la prolonge, et son àme enivrée Boit lentement la coupe des plaisirs.

Éléonore, amante fortunée.

Reste à jamais dans mes bras enchaînée.

Trouble charmant! le bonheur qui n'est plus

D un nouveau rouge a coloré ta joue :

De tes cheveux le ruban se dénoue,

Et du corset les liens sont rompus.

Ah ! garde-toi de ressaisir encore

Ce vêtement qu'ont dérangé nos jeux ;

Ne m'ôte point ces charmes que j'adore.

Et qu'à la fois tous mes sens soient heureux !

Nous sommes seuls; je désire, et tu m'aimes;

Reste sans voile, ô fille des Amours!

Ne rougis point : les Grâces elles-mêmes

De ce beau corps ont formé les contours.

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