ÉGLOGUE
Hier Nicetto, Sous des bosquets Sombres et frais.
Marchait seuletle.
Elle s'assit Au bord de l'onde CUdre et profonde ; Deux fois s'y vit Jeune et niijinonne, Et la friponne Deux fois sourit.
De l'imprudente
1. Pamy s'est souvenu d'uue vieille chanson de Gol.-rry, pcéle du seizième siècle. 11 avait déjà traité ce sujet dans YMniuinirh ih's iluses de 1777, sous la forme d'une romance. On la trouvera plus loin parmi les Mélanges.
LIVRK 1
La voix brillante
Osait chanter
Et répéter
Chanson menteuse
Contre lamour,
Contre l'amour
Qui doit un jour
La rendre heureuse.
Le long du bois
Je fais silence,
Et je m'avance
En tapinois;
Puis je m'arrête,
Et, sur sa tête
Faisant soudain
Pleuvoir les roses Qui, sous ma main, S'olîraient écloses :
« S;dut il vous, » Mon inliumaine; » N'ayez courroux » Qu'on vous surprenne.
» A vos chansons » Nous vous prenons » Pour Philomèle.
« Aussi bien qu'elle
L'HEURE DU BERr.ER
w Vous cadencioz,
» Ma touto l)elle ;
» Mais mioiix feriez,
» Si vous aimiez
» Aussi bien qu'elle »
— « J'ai quatorze ans, »
Répond Nicette ;
» Suis trop jeunette » Pour les amants. »
— « Crois-moi, ma chère :
» Quand on sait plaire,
» On peut aimer.
» Plaire, charmer, » Surtout aimer, » C'est le partage, » C'est le savoir » Et le devoir » Du premier âge. ■»>
— « Oui ; mais cet âge, » Du moins chez vous, » Est dans ses goûts
» Toujours volage.
» Sur un buisson » Le papillon » Voit-il la rose, » Il s'y repose.
Liviu: i
« i:<t-il liciireiix, » Amant frivole, » Soudain il voie » A d'autres jeux.
)) Mais la piiu^Tette, « Seule et muette, « Ne peut voler... »
Ici la belle Voulait parler, Pour désoler Mon cœur fidèle ; Mais un soupir Vint la trahir, Et du plaisir Fut le présage.
Le lieu, le temps.
L'épais feuillage, Gazons naissants X notre usage ; Doux embarras D une pucelle Qui ne sait pas Ce qu'on veut d'elle, Et dont le cœur Tout bas implore
I/IIHIUK Di: P.KllGKIl
Ccilaiii Ixiiilu'iir Qiio sa i)U(1('ur Redon U; encoro; Tout en sec rot Pressait Nicello ; A sa défaite Tout conspirait.
Elle s'offense.
Gronde, et rougit; Puis s'adoucit, Puis recommence, Pleure, et juéniit.
Se tait, succombe, Chancelle^ et tombe...
En rougissant Elle se lève.
Sur moi soulève Un œil mourant, Et, me serrant Avec tendresse.
Dit : « Fais serment » D'aimer sans cesse » Que nos amours » Ne s'affaiblissent » Et ne Unissent » Qu'avec nos jours î »
10 r.rvRE I
ENVOI A ELEONORE
De cette idylle J'ai pris le style Chez les Gaulois ^.
Sa négligence De la cadence Brave les lois ^ ; Mais à Nicette, Simple et jeunetle.
On passera Ce défaut-là.
Céder comme elle.
Ma toute belle.
Fut ton destin :
Sois donc fidèle ■ Aussi bien qu'elle ; C'est mon refrain.
i. Cet envoi n'est pas dans la première édition.
2. Ce sont les idées, et non le style, qu'il a empruntées au vieux Gohorry.
3. Le reproche n'est pas mérité. Dans une mesure assez difficile, il a su garder un air de liberté et une" propriété d'expression remarquables. La pièce cinquième du second livre est écrite dans la même mesure et avec une égale facilité.