‹ ŒuvresChapitre 82 sur 164 · Ces quatre vers ne sont pas dans l'édition de 1S · texte numérisé non relu

Ces quatre vers ne sont pas dans l'édition de 1S

Braves jjiierriers, qui poursuivez la gloire. Pourquoi dÉgill troul)ler le long repos^ Et l'inviter à des hymnes nouveaux?

Des temps passés le Scalde * est la mémoire. Mais sous les ans je succombe , et ma voix Ressemble au vent qui survit à 1" orage ; Son souffle à peine incline le feuillage. Et son murmure expire au fond des bois/ De vos aïeux, qu'admira mon enfance, Le souvenir occupe mon silence.

Plus fiers que vous , ils affrontaient les mers. Leur pied foula ces rivages déserts.

Levez les yeux, voyez sur ces collines Ces murs détruits, ces pendantes ruines, Et ces tombeaux que la ronce a couverts. Un seul, formé de pierres entassées.

Fut par mes mains élevé. Jour fatal !

Ami d'Égill, digne fds dlngisfal.

Sur toi toujours s'arrêtent mes pensées. Vaillant Isnel, sous la tombe tu dors Près d'Asléga. Couple sensiiile et tendre, Contre l'oubli je saurai vous défendre.

Et l'avenir entendra mes accords.

\. u Poètes et historiens des anciens Scandinave.-. (Note de Paniy, «lans la Di'caâc.)

ISNIU, KT ASLKr.A 1S7

Isnel un jour dit à sa jeune amie :

<( Clu-re Aslégii, fille de la beauté,

» Ton repird seul à mon cœur attristé

)) Rend le bonheur; ta présence est ma vie :

» Mais ton amant sera-t-il ton époux?

» Mal^Té nos vœux, quoi obstacle entre nous!

» Dans im palais où brille la richesse

» Ton iieureux père élève ta jeunesse,

» Et chaque jour des messages nouveaux

» A ses festins invitent les héros.

» Du mien, hélas! je n'eus pour héritage

» Qu'un toit de chaume, un glaive et son courage.

» Par des exploits il faut te mériter.

» Quoi ! tes beaux yeux se remplissent de larmes !

)) Chère Asléga, tremble de m'arrèler.

» Mes compagnons ont aiguisé leurs armes ;

» Impatients, avides de dangers,

» Ainsi que moi, sur des bords étrangers

» Ils vont chercher la gloire et les richesses.

» Au fond du cœur j'emporte tes promesses,

» Et sous la tombe elles suivront Isnel.

» Mais quelquefois dans une longue absence

» L'espoir s'éteint : qu'un gage mutuel

» De' ton amant confirnie l'espérance;

•^ Que tes cheveux, sur mon casque attachés,

» Dans les périls soutiennent ma vnillnnce;

w Et que les miens, garants de ma constance, ') Soient quelquefois par tes lèvres toucliés. »

Elle approuva cet imprudent échange ; Et, d'un baiser y joignant la douceur, Elle rougit d'amour et de pudeur.

Isnel s'éloigne. Autour de lui se range De ses guerriers la brillante phalange : Tous à grands cris appellent les combats. Et leurs regards promettent le trépas.

Leur jeune chef à leur tête se place.

Et par ces mots enflamme leur audace : « Braves amis, nos pères ont vaincu ; » De leur acier l'éclair a disparu :

» Brillons comme eux au milieu du carnage. » Leur front jamais n'a connu la pâleur ; » Jamais la mort n'étonna leur courage; » Ils l'insultaient par un souris moqueur : » La craindrez-vous? Le faible qui l'évite, » Par la frayeur à demi désarmé, » D'un coup plus sûr est percé dans sa fuite ; )) Pour lui d'Odin le palais est fermé; » Du Valhalla lo= charmantes déesses » Ne versent point au làclie l'hydromel *.

1. "Il y a, n dit Mallet {Edihi faille xx\ « dans le Valhalla, iine

1SM:[. I:T ASLLfiA 189

» Quels droits a-t-il an l)anquet solennel?

•) Du froid Nilllieiin ' les ténèbres épaisses

» Enj^loutiront l'esclave de la peur,

» Qui recula dans le champ de l'iionneur.

» Marchons, amis. Le brave doit me suivre,

» Le brave seul. Si lu mort nous surprend,

» Du Valiialla le festin nous attend ;

» Mourir ainsi, c'est commencer à vivre. «

A ce héros j'attachai mon destin.

Je parcourus la vaste Biarmie,

La riche Uplande ; et ma robuste main

D'un noble sang fut quelquefois rougie.

Le nom d'isnel répandait la terreur.

Et l'étranger à ce nom tremble encore.

Un incendie avec moins de fureur

Court et s'étend sur les champs qu'il dévore.

Mais des combats la sanglante rigueur

A la pitié ne fermait point son cœur.

Avec la mort son bras allait descendre

chèvre qiii se nourrit des fenilles de l'arbre Lerada.De ses mamelles cnnle de l'hydromel en si grande abondance, qu'on en remplit tons les jonrs ime cmche assez vaste ponr qne tons les héros aient largement de quoi s'enivrer. »

1. «Enfer des anciens Scandinaves, n (Xote de Pamy.) Voyez pins loin, p. 216.

Sur un guerrier qu'il avait terrassé ;

Ce guerrier dit : « Malheureuse lugelsé.

» Sur le chemin pourquoi viens-tu m'attenrlre?

.) Tes yeux en pleurs me cherclient vainement/

» En vain tes pieds parcourent le rivage ;

» Plus de retour ! sur ce lit de carnage

» Un long sommeil retiendra ton amant. »

Isnel s'arrête ; à cette voix touchante.

Le souvenir de sa maîtresse absente

S'est réveillé dans son cœur attendri,

Et le pardon termine sa menace :

Sur le rocher telle se fond la glace

Que ^^ent frapper le rayon du midi *.

Dans les moments oi^i le cri de la guerre N'éveillait plus sa bouillante valeur, L'amour cliarmait son repos solitaire; Sa voix alors chantait avec douceur :

(( Belle Asléga, quand l'aube matinale » Lève sa tête au milieu des brouillards, y> Sur tes cheveux j'attache mes regards.

1 . Bernardin de Saint-Pierre ; Virginie : « Comme le soleil fond et précipite im roclier de glace du sommet des Apennins, ainsi tomba la colère impétueuse de ce jeune homme, à la vois de l'objet aimé. <

ISNKL ET ASLEOA 10 1

» Lorsque du jour la tranquille rivale ») Jette sur nous son voile ténébreux, » Chère Asléga, je baise tes cheveux.

» L'n roi m'a dit : Ma fiUe doit te plaire: » De nos climats sa beauté fait l'orcjacil : » Sa flèche atteint le timide chevreuil; » Sa lyre est douce, et sa voix est légère, » De ses amants sois le rival heureux. )) iMais d' Asléga j'ai baisé les cheveux.

» J'ai vu Rismé : d'une gorge arrondie

» Ses cheveux noirs relèvent la blancheur;

» D'un frais bouton sa bouche a la couleur;

» Ses longs soupirs et sa mélancolie

» Parlent d'amour; l'amour est dans ses yeux.

» Mais d' Asléga j'ai baisé les cheveux.

» Je "sommeillais : une fille charmante

» Sur mon chevet se penche avec douceur;

» Sa pure haleine est celle de la fleur :

» Jeune étranger , c'est moi, c'est une amante

» Qui de son ayur t'offre les premiers feux.

» Mais d'Asléga je baisai les cheveux. »

Pendant neuf mois sur des rives lointaines

Il promena son glaive destructeur;

De l'Océan les orageuses plaines

Ne firent point reculer sa valeur.

Los rois tremblants Tinvitaient à leurs f«Mes.

Et leurs trésors achetaient son oubli.

De ses succès son cœur enorgueilli

Se proposait de nouvelles conquêtes.

Un soir, assis près d'un chêne enflammé,

Il me disait : « Ami de mon enfance,

» Roi des concerts, pourquoi ce long silence ?

0 Parle, retrace à mon esprit charmé

» Des temps passés les nobles aventures.

» Le nom d'Olbrown que tout bas tu murmures

» Pour mon oreille est encore nouveau. »

A quelques pas s'élève son tombeau.

Lui dis-je; il dort auprès de son amie. Dans les forêts qui couvrent la Scanie Par son adresse Olbrown était connu :

Vingt fois de l'ours, à ses pieds abattu. Son bras nerveux sut dompter la furie -, Frappé par lui d'un trait inattendu, .

Vingt fois des cieux l'aigle tomba sans vie. Dans l'càge lieureux d'aimer et d'être aimé. Aux doux désirs son cœur longtemps fermé De la beauté méconnaissait l'empire :

isNEi. i:t Asi.i:r,A 103

Il voit Rusla, se fl»'toiirne, ot soupire. A ses genoux il portait, chaque jour D'un san^dior la Imrc nicnaranle, VA d'un chevreuil la (h'-pouilh; sauirlanle. 11 méritait, il. obtint son anniur.

« A mes regards tu seras toujours belle. »

U('pt'te 01bro^vn : un sourire charmant

Dit que Uusia sera toujours fidèle ;

Et, pour sceller cette union nouvelle,

Chacun toucha la pierre du serment'.

La nuit descend; l'étoile pacifique

S'assied au nord sur un lit de frimas.

Près d'un torrent, qui roule avec fracas

Ses flots bourbeux, s'élève un toit rustique ;

De vieux sapins le couvrent de leurs bras :

C'est là qu'Olbrown a dirigé ses pas.

Trois fois il frappe, et trois fois il écoute

Si l'on répond à ses vœux empressés.

Il n'entend rien, et dit : « Ses yeux lassés

)) Au doux sommeil ont succombé sans doute. «

Il frappe encore, et soudain il ajoute :

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