‹ ŒuvresChapitre 83 sur 164 · MiLLEVOTE, le Moneeiiillier · texte numérisé non relu

MiLLEVOTE, le Moneeiiillier

Le lendemain la pieiTe accoutimiée Avait reçu leur serment nuptial.

10 i CHANT I

' Belle Rusla, ce<t moi; e'est ton amant '. Qui vient chercher le prix de sa tendresse. » Quoi 1 du sommeil est-ce là le moment? » Réveille-toi, Rusla; tiens ta promesse; )) Ne tarde plus. Un vent impétueux, !) Un vent glacé siffle dans mes cheveux; > Sous un ciel pur l'étoile scintillante Du froid naissant atteste la rigueur.

) Ne tarde plus; et que ma voix tremblante. ;> Belle Rusla, passe jusqu'à ton cceur. >« Un long soupir, échappé de sa bouche.

Suivit ces mots : il frappe, et cette fois La porte cède à la main qui la touche. De la pudeur il ménagea les droits.

Rusla, honteuse, a voilé son visage; Elle rougit de ses premiers désirs.

Elle rougit de ses premiers plaisirs.

Son jeune sein du cygne oiïre l'image.

Quand sur un lac, balancé mollement.

Il suit des flots le léger mouvement.

Dans sa tendresse elle est timide et douce : Tantôt ses bras entourent son amant, Tantôt sa main faiblement le repousse; Et son bonheur fut un enchantement.

Il dura peu ; la trompette éclatante Le lendemain rappela les guerriers.

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Riisla frémit, et s;i voix p«'niissanto Maudit en vain les C()ml)ats meurtriers. Olbnnvn y court. Seule avec sa tristesse Vécut alors riniiuiète Rusia.

De noirs pensers affligeaient sa tendresse. Combien de fois de pleui-s elle mouilla Ce lit témoin de sa première ivresse!

Combien de fois sa plaintive douleur Redit ces mots écbai)pés à son cœur !

« Dans les combats ne sois point téméraire ;

» Crains d'exposer une t«''te si chère,

» Crains pour mes jours, et du fiuerrier puissant

)) Ne l)rave point le glaive menaçant.

» Mais il te cherche au milieu du, carnage;

» Tu l'attendras; je connais ton courage,

» Tu l'attendras : que de pleurs vont couler!

» Le trépas seul pourra me consoler.

» Jeune héros, des amants le modèle, » Dans le sentier où la gloire t'appelle » Tes premiers pas rencontrent le tombeau. » Astre cliarmant, astre doux et nouveau, M Tu n'as pas lui longtemps sur la colline; » De ton lever que ta chute est voisine ! » Tu disparais : que de pleurs vont couler!

» Le trépas seul pourra me consoler. »

A cliaque instant, inquiète, éperrlue.

Sur im rocher que la mousse a couvert Elle s'assied, et du vallon désert Ses yeux en vain parcourent l'étendue.

Si tout-à-coup sur le chemin poudreux Le vent élève une épaisse poussière, Son cœur palpite; elle craint, elle espère; Sa bouche au ciel adresse mille vœux.

Et le plaisir brille sur son visage Comme l'éclair qui sillonne un nuage.

Le vent s'apaise : elle voit son erreur, Baisse les yeux, se plaint de son martyre. Laisse échapper une larme, soupire.

Et du rocher descend avec lenteur.

Après six mois un sinistre murmure, Un bruit perfide et trop accrédité, 4|| Peignit Olbrown ^^ctorieux, parjure.

Sur d'autres bords par l'hymen arrêté.

Par le trépas si l'on perd ce qu'on aime. On croit tout perdre : un voile de douleurs Sétend sur nous; le chagrin est extrême, Et cependant il n'est pas sans douceurs. Mais regretter un objet infidèle

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Ploiiror sa vie et rougir de nos pleurs,

C'est pour l'amour le plus grand des malheurs.

Belle Rusla, cette atteinte cruelle

Perça ton âme, et depuis ce moment

Vers le tombeau tu marchas lentement.

Dans les ennuis se flétrirent ses charmes;

Ses yeux éteints ne trouvaient plus de larmes.

« 0 toi qu'ici rappellent mes soupirs, w

Dît-elle enfin, » ù toi qui m'as trahie,

w Que le remords n'attriste point ta vie !

» Tandis qu'ailleurs tu trouves des plaisirs,

» Moi, je succombe à ma douleur mortelle;

î) D'un long sommeil je m'endors en ces lieux;

» Et le rayon de l'aurore nouvelle,

» Sans les ouvrir, tombera sur mes yeux. »

L'infortuné, qui ne pouvait l'entendre.

Quittait al&rs»les rivages lointains :

Il espérait, toujours fidèle et tendre.

Avec l'amour couler des jours sereins.

(( Rusla, mon cœur a gardé ton image;

» Ton nom sacré, dans l'horreur des combats,

» A fait ma force; et bientôt dans tes bras

» Je recevrai le prix de mon courage. »

Disant ces mots, d'un pas précipité

Il traversait la plaine et le village.

Un doux espoir brille sur son visage.

Il voit enlin cet asile écarté, Ce simple toit qu'il croyait habité ; Mais à Tentour règne un profond silence. Il entre, il cherclie, et cherche vainemenl. •Que fera-t-il? Inquiet, il balance.

Et sur le seuil il s'arrête un moment. Déjà son air devient rêveur et sombre.

A quelques pas, sur le bord d'un ruisseau. Ses yeux enfin découvrent un tombeau, Qu'un cliône épais protégeait de son ombre. A cet aspL'Ct, de crainte il recula.

D'un pied tremblant sur l'aride bruyère Il marche, approche; et, penché sur la pierre, Il lit : Tombeau de la jeune Rusla !

Isnel écoute, et son âme se trouble; A chaque mot sa tristesse redouble ; Mille pensers tourmentaient son esprit.

Mais le sommeil sur ses yeux descendit, Et dans un songe il vit sa bien-aimée, Pâle, mourante, et d'ennuis consumée.

Le lendemain il /lit à ses héros :

■' Amis, la gloire a suivi nos drapeaux, » Et nos succès passent notre espérance ; !) Arrêtons-nous, et que notre imprudence

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») Ne risque point le IViiil de nos travaux'. »

Avec transport les "zuerriers oliéissent.

Au champ natal ils retournent joyeux;

Et, déposant Tacier victorieux,

Devant l'amour leurs courages fléchissent.

Alors pour moi commença le bonheur :

Chère Aïna, des belles la plus Itrlle,

A mes regrets je suis encor fidèle,

Et ton image est toujours dans mon cœur.

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