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LA MAIN

Quand on aime bien, l'on oublie

Ces frivoles ménagements

Que la raison ou la folie

Oppose au bonlieur des amants.

On ne dit point : « La résistance

» Enflamme et tixe les désirs;

» Reculons l'instant des plaisirs

» Que suit trop souvent rinconstance*.»

Ainsi parle un amour trompeur.

Et la coquette ainsi raisonne.

La tendre amante s'abandonne

A l'objet qui toucha son cœur;

Et dans sa passiun nouvelle.

Trop heureuse pour r;iisonner.

Elle est jjien loin de soupçonner

Qu'un ]i)uv il peut être infidèle.

LE SONGE 247

Justine aViiit roni l;i flrvir.

On exige alors de sa bouche Cet aveu qui flatte et qui touclio, Alors même qu'il est monti'ur.

Elle répond par sa rougeur; Puis, avec un souris céleste, Aux baisers de riieureux Valsin Justine abandonne sa main.

Et la main promet tout le reste.

LE SONGE

Le sommeil a touché ses yeux ;

Sous des pavotij délicieux

Ils se ferment, et son cann- veille.

A l'erreurses sens sont livrés.

Sur son visage par degïés

La rose devient plus vermeille;

Sa main .semble éloigner quelqu'un

Sur le duvet elle s'aaite :

Son sein impatient palpite Et repousse un voile importun.

Enfin, plus calme et plus paisible, Elle retombe mollement.

Et de sa bouche lentement S'échappe un murmure insensible.

Ce murmure plein de douceur Ressemble au souffle de Zéph^Te, Quand il passe de fleur en fleur; C'est la volupté qui soupire.

Oui, ce sont les gémissements D'une vierge de quatorze ans, Qui dans un songe involontaire Voit une bouche téméraire Effleurer ses appas naissants Et qui dans ses bras caressants Presse un époux imaginaire.

Le sommeil doit être charmant, Justine, avec un tel mensonge; Mais plus heureux encor l'amant Qui peut causer un pareil songe!

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