‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 31 sur 96 · L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

L'EPIPHANIE

monde , pour le vide de ses plaisirs et la vanité de ses pompes et de ses spectacles; ne troarent de joie qu'à s'occapo* delà yérilé, qa*â faire de la vérité la ressomrce de toutes leurs peines , Taiguillon do leur paresse , le secours de leurs tentations » les plus chastes délices de leur ame? Et certes , mes Frères, que le monde, queses plaisirs, que ses espérances , que ses grandeurs paroissent vaines, puériles, dégoûtantes , à une ame qui vous a connu , 6 mon Dieu ! et qui a connu la vérité de vos promesses étemelles ; à une ame qui sent que tout ce qui n*est pas vous , n'est pas digne d'elle , et qui ne regarde la terre que comme la patrie de ceux qui doivent périr éternellement ! Rien ne peut la consoler, que ce qui lai mcmtre les biens véritables ; rien ne lui paroît digne de ses regards , que ce qui doit demeurer éternellement ; rien ne sauroit plus lui plaire , que ce qui doit plaire toujours ; rien n'est plus capable de rattacher , que ce qu'elle ne doit plus perdre ; et tous les vains objets de la vanité ne sont plus pour elle, ou queles embarras de sa piété, ou que de tristes monuments qui lui rappellent le souvenir de ses crimes : Pldenles stellam^ gaifisi suntgaudio magno valde.

Yoilà la vérité reçue dans les mages avec soumission, avec sincérité, avec joie : voyons dans la conduite des prêtres la vérité dissimulée ; et après nous être instruits de l'usage que nous devoas faire de la vérité par rapport à nous, apprenons ce que nous lui devons par rapport aux autres,

DBUXIÈIIB PARTIE.

Le premier devoir que la loi de la charité aivers nos frères exige de nous est le devoir de la vérité. Nous ne devons pas à tous les hommes des soins, des prévenances , des empressements ; nous leur devons à tous la vérité : les différentes situations que la naissance et les dignités nous donnent dans le monde diversifient nos devoirs à l'égard de nos frères ; celui de la vérité dans toutes les situations est le même : nous la devons aux grands comme aux petits , à nos maîtres comme à nos sujets, à ceux qui la haïssent comme à ceux qui l'aiment, à ceux qui veulent s'en servir contre nous, comme à ceux qui désirent en faire usage pour eux-mêmes : il est des conjonctures où la prudence permet de cacher et de dissimuler l'amour que nous avons pour nos frères \ il n'en est point où il nous soit permis de leur dissimuler la vérité : en un mot, la vérité n'est point à nous ; nous n'en sommes que les témoins» les défenseurs et les dépositaires : c'est la lumière de Dieu dans l'homme, qui doit éclairer tout le monde; et lorsque nous la dissimulons , nous sommes injustes envei:» nos frères à qui elle appartient comme à nous, et ingrats envers le Père des lumières qui l'a répandue dans notre ame.

Cependant le monde est plein de dissimulateurs de la vérité : nom ne vivons, ce semble, que pour nous séduire les uns les autres; et la société dont la vérité devroit être le premier lien, n'est plut

qo'an oonmerce de feinte, de daplicité etd'aHifiee. Or voyons dans la conduite des prêtres de notre Evangile tous les divers genres de dissimulation dont les hommes se rendent tons les jours coupables envers la vMté • nous y trouverons une dissimulation de silence, une dissimulation de complaisance et d'adoucissement une dissimulation de feinte et de mensonge.

Une dissimulation de silence. Consultés par Hérode sur le lieu où le Christ devoit naître, ils répondent, à la vérité, que Bethléem étoit le lieu marqué dans les prophètes, où devoît s'accomplir et grand événement : At illi dixenmt, in Bethléem Juda ( Mat.; II» 5) ; mais ils n'ajoutent pas que l'étoile prédite dans les livres saints ayant enfin paru, et les rois de Saba et de l'Arabie venant avecdes présents adorer le nouveau Chef qui devoit conduire Israël, il ne falloit plus douter que les nuées n'eussent enfin enfanté le Juste : ils n'assemblent pas les peuples pour leur annoncer cette heureuse nouvelle ; ils ne courent pas les premiers à Bethléem pour animer Jérusalem par leur exemple. Renfermés dans leur charnelle timidité , ils gardent un profond silence ; ils retiennent la vérité dans l'injustice ; et tandis que les étrangers viennent des extrémités de rOrîent publier tout haut dans Jérusalem que le Roi des Juifs est né , les prêtres , les docteurs , se taisent et sacrifient à Tarnbition d'Hén)de les intérêts de la vérité, l'espérance la plus chère de leur nation et Thonneur de leur ministère.

Quel avilissement pour les ministres de ta vérité ! la bienveillance du prince les touche plus que le dépôt sacré de la religion dont ils sont chargés : l'éclat du trône étouffe dans leur cœur la lumière du ciel ; ils flattent par un silence criminel un roi qui les consulte et qui ne pouvoit apprendre que d'eux seuls la vérilé ; ils raffermissent dans l'erreur, en lui cachant ce qui auroit pu le détromper. Et comment la vérité pourra-t-elle jamais aller jusqu'aux souverains , si les oints du Seigneur, eux-mêmes qui environnent le trône, n'osent l'annoncer, et se joignent à tous ceux qui habitent les cours pour la cacher et la taire?

Mais ce devoir, mes Frères, à certains égards, vous est commun avec nous ; et cependant il est peu de personnes , dans le monde , de celles même qui vivent dans la piété, qui ne se rendent tous les jours coupables envers leurs frères de cette dissimulation de silence. On croit avoir rendu à la vérité tout ce qu'on lui doit, lorsqu'on ^ ne se déclare point contre elle ; qu'on entend tous les jours les mondains décrier la vertu, soutenir la doctrine du monde, justifier ses abus et ses maximes , affoiblir ou combattre celle de l'Evangile, blasphémer souvent ce qu'ils ignorent, et s'ériger en juges de la foi même qui les jugera ; qu'on les entend, dis-je, sans souscrire à leur impiété, il est vrai, mais sans l'improuver tout haut, et secontentant de ne pas autorisAr leurs blasphèmes ou leurs préjugés de son suffi*age.

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Or, je dis que oomme noas sommes tous chargés en particoUer des intérêts de la yérité, la taire^ quand on Taltaque à découvert devant nous, c'est devenir soi-même son p^ sécuteor et son adversaire. Mais j'ajoute que vous surtout, que Dieu a éclairé, vous man* quez alors à Tamour que vous devez à vos frères , puisque vos obligations augmentent à leur égard, à proportion des grâces que Dieu vous a faites : vous vous rendez encore coupable envers Dieu d'ingratitude : vous ne reconnoissez pas assez, vous surtout, le bienfait de la grâce et de la vérité dont il vous a favorisé au milieu de vos passions insensées. Il a éclairé vos ténèbres: il vous a rappelé à lui, lorsque vous suiviez des voies fausses et injustes. Sans doute, en répandant ainsi la lumière dans votre cœur, il n'a pas eu égard à vous seul ; il a prétendu que vos proches, vos amis, vos sujets , vos maîtres , y trouveroient , ou leur instruction , ou leur censure : il a voulu favoriser votre siècle, votre nation, votre patrie, en vous favorisant ; car il ne forme des élus que pour le «dut ou la condamnation des pécheurs : son dessein a été de mettre en vous une lumiorequi pût luire au milieu des ténèbres; qui perpétuât la vésité parmi les hommes, et qui rendit témoignage à la justice et à la s'dgesse de sa loi, au milieu des préjuges et des vaines pensées d'un monde profane.

Or, en n'opposant qu'un lâche et timide silence aux maiJmes qui attaquent la vérité, vous n'entrez pas dans les vues de la miséricorde de Dieu sur vos frères : vous rendez inutile à sa gloire et à l'agrandissement de son royaume le talent de la vérité qu'il vous avoit confié, et dont il vous demandera, à vous surtout, un compte sévère : je dis à vous surtout , qui aviez soutenu autrefois avec tant d'éclat les erreurs et les maximes profanes du monde , qui en. aviez été l'apologiste intrépide et déclaré. Ilétoit en droit d'exiger de vous que vous vous déclarassiez avec le même courage pour la vérité ; cependant sa grâce, d'un zélé partisan du monde, n'a réussi qu'à faire un disciple timide de l'Évangile ; ce grand air de confiance et d'intrépidité, avec lequel vous faisiez autrefois l'apologie des passions, vous a abandonné depuis que vous soutenez les intérêts de la vertu ; cette audace, qui imposoit autrefois silence à la vérilé, se tait éUe-même aujourd'hui devant Terreur; et la vérité qui rend intrépides et généreux , dit saint Augustin, ceux qui l'ont de leur côté, vous a rendu elle-même foible et timide. ' Je conviens qu'il est un temps de se taire et un temps de parler, et que le zèle de la vérité a ses règles et sa mesure ; mais je ne voudrois pas que les amcs qui connoissent Dieu et qui le servent entendissent tous les jours les maximes de la religion renversées , la réputation de leurs frères attaquée, les abus les plus criminels du monde justifiés , sans oser prendre les intérêts delà vérilé qu'on déshonore : je ne voudrois pas que le monde eût ses partisans déclarés , et que Jésus Christ ne pût pas trouver les siens ; je ne voo*

DE NOTAS SEIGNEUR. l«T

dnis pas que ks gens de bia se fiMent une faoflse bieuateiiee de disdnniler If» égarements des pécheurs dont ils sont sans eesse témoins, tandis qae les pécheurs regardent comme un bon air de les soutenir devant eux et de les défendre. Je youdrois qu'une ame fidèle comprit qu'elle n'est rederable qu'à la vérité » qu'elle n'est sur la terre que pour rendre gloire à la vérité: je voudrois qu'elle portât sur le front cette uMq fierté qu'inspire la grâce, cette candeur héroïque que produit le mépris du monde et de toute sa gloire ; cette liberté généreuse et durétienne qui n'attend rien que les biens éternels , qui n'espère rien que de Dieu , qui ne craint rien que sa propre conscience , qui ne ménage rien que les intérêts de la justice et de la charité, qui ne veut plaire que parla vérité. Je vou drois que la présence seule d'une ame juste imposât silence aux ennemis de la vertu , qu'ils respectassent le caractère de la vérité qu'elle doit porter gravée sur le front ; qu'ils craignissent sa sainte générosité , et qu'ils rendissent du moins hommage par leur silence et par leur confusion àla vertu qu'ils méprisent en secret. Ainsi autrefois les Israélites occupés de leurs danses , de leurs réjouissances profanes et de leurs clameurs insensées et impies autour du veau d'or , cessent tout , et gardent un profond silence à la seule présence de Mo&equi descend de la montagne , armé delà seule loi du Seigneur et de sa vérité étemelle. Première dissimulation de la vé rite : une dissimulation de silence.

La seconde manière dont on la dissimule, c'est en l'adoucissant par des-tempéraments et par des complaisances qui la blessent. Les mages ne pouvoient pas sans doute ignorer que la nouvelle qu'ils venoient annoncer à Jérusalem ne déplût à Hérode. Cet étranger s'étoit assis par ses artifices sur le trône de David ; il ne jouissoit pas si paisiblement du fruit de son usurpation, qu'il ne craignit toujours que quelque héritier du sang des rois de Juda ne vint le chasser de l'héritage de ses pères et remonter sur un trône promis à sa postérité. De quel œil doit-il regarder des hommes qui viennent déclarer au milieu de Jérusalem que le roi des Juifs est né, et le déclarer à un peuple si zélé pour le sang de David et si impatient de toute domination étrangère ! Cependant les mages ne cachent rien de tout ce qu'ils ont vu en Orient ; ils n'adoucissent pas ce grand événement par des expressions moins propres à réveiller la jalousie d'Hérode. Ils pouvoient appeler le Messie qu'ils cherchent , l'Envoyé du ciel , ou le Désiré des nations ; ils pouvoient le désigner par des titres moins odieux à l'ambition d'Hérode ; mais , pleins de la vérité qui leur a apparu , ils ne connoissent pas ces timides ménagements. Persuadés que ceux qui ne veulent recevoir la vérité qu'à la faveur de leurs erreurs , ne sont pas dignes de la connottre, ils ne savent pas l'envelopper sous des égards et sous des dégui* sements indignes d'elle ; ils demandent sans détour oii est né le nouveau Roi des Juifs 5 cl, peu contents de le regarder comme le

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