‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 32 sur 96 · L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

L'EPIPHANIE

maître de la Jadée, ils dédarent que le ciel lai-mème lai appar* tient , que les astres sont à lui , et ne paroissent dans le firmament qoe pour exécuter ses ordres : Fîdimus enim siellam ejus.

Les prêtres et les docteurs , au contraire, forcés, par révidence des Ecritures, de rendre gloire à la Térité, l'adoucissent par des expressions ménagées. Ils tâchent d*allier le respect qu'ils doivent à la vérité avec la complaisance qu'ils veulent conserver pour Hérode. Ils suppriment le titre de roi, que les mages yenoient de donner et que les prophètes avoient si souvent donné au Messie; ils le désignent par une qualité qui pouvoit marquer également en lui une autorité de doctrine ou de puissance; ils l'annoncent plutôt comme un législateur établi pour régler les mœurs, que comme un souverain suscité pour délivrer son peuple de la servitude : Ex te enim exiet dux^ qui regat populum meum Israël {lILkm. , ii, 6). Et quoiqu'ils attendissent euxHonémes un Messie , roi et conquérant , ils adoucissent la vérité qu'ils veulent annoncer, et achèvent d'aveugler Hérode qu'ils ménagent.

Destinée déplorable des grands! les lèvres des prêtres s*affoiblissent en leur parlant : dès que leurs passions sont connues, elles sont ménagées; la vérité ne s'offre jamais à eux que sovc une double face , dont l'un des côtés leur est toujours favorable : on ne veut pas trahir son ministère à découvert, et les intérêts de la vérité ; mais on veut les concilier avec ses intérêts propres : on tâche de sauver la règle et leurs passions, comme si les passions pouvoient subsister avec la règle qui les condamne. Il est rare que les grands soient instruits , parcequ'il est rare qu'on ne se propose pas de leur plaire en les instruisant. Cependant la plupart aimeroient la vérité , si elle leur étoit connue. Les passions et les em* portements de Fâge , favorisés par tous les plaisirs qui les environnent, peuvent les entraîner; mais un fonds de religion leur rend toujours la vérité respectable : on peut dire que Tignoranoe damne plus de princes et de grands, que de personnes de la condition la plus vile : que la basse complaisance qu'on a pour eux déshonore plus le ministère et attire plus d'opprobres à la religion , que les scandales les plus éclatants qui affligent l'Eglise.

La conduite de ces prêtres vous paroit indigne, mes Frères; mais si vous voulez vous juger vous-mêmes et vous suivre dans le détail de vos devoirs, de vos liaisons, de vos entretiens, vous verrez que tous vos discours et toutes vos démarches ne sont que des adoucissements de la vérité , et des tempéraments pour la réconcilier avec les préjugés ou les passions de ceux avec qui vous avez à vivre. Nous ne leur montrons jamais la vérité que parles endroits par où elle peut leur plaire : nous trouvons toujours un beau côté dans leurs vices les plus déplorables ; et , comme toutes les passions ressemblent toujours à quelque vertu, nous ne manquons jamais de nous sauver à la faveur de cette ressemblance.

DE NOTRE SEIGNEUR m

Alnri, tons les jours, deyant un ambitieux, nous parlons de Tamour de la gloire et du désir de parvenir, comme des seuls penchants qui font les grands hommes ; nous flattons son orgueil , nous allumons ses désirs par nos espérances et par des prédictions flatteuses et chimériques : nous nourrissons Terreur de son imagination, en lui rapprochant des fantômes dont il se repatt sans cesse lui-même : nous osons peut-être en général plaindre les hommes de tant s'agiter pour des choses que le hasard distribue et que la mort Ta nous ravir demain ; mais nous n'osons blÀmer Tinsensé qui sacrifie à cette fumée son repos , s& vie et sa conscience. Deyani un vindicatif, nous justifions son ressentiment et sa colère; nous adoucissons son crime dans son esprit, en autorisant la justice de ses plaintes; nous ménageons sa passion , en exagérant le tort de son ennemi ; nous osons peut-être dire qu'il faut pardonner, mais nous n'osons pas ajouter que le premier degré du pardon , c'est de ne plus psffler de l'injure qu'on a reçue.

Devant un courtisan mécontent de sa fortune et jaloux de celle des autres, nous lui montrons ses concurrents par les endroits les moins favorables : nous jetons habilement un nuage sur leur mé~ rite et sur leur glwe, de peur qu'elle ne blesse les yeux jaloux de celui qui nous écoute : nous dimmuoiis, nous obscurcissons l'éclat de leurs talents et de leurs services ; et, par nos ménagements injustes , nous aigrissons sa passion , nous Taidims à s'aveugler et à regarder comme des honneurs qu'on lui ravit , tous ceux qu'on ré* pand sur ses frères. Que dhrai-je ! deyant un prodigue , ses profusions ne sont plus dans voire bouche qu un air de générosité et de magnificence; devant un avare, sa dureté et sa sordidité n'est plus qu'une sage modération et une bonne conduite domestique : devant un grand , ses préjugés et ses erreurs trouvent toujours en nous des apologies toutes prêtes ; on respecte ses passions , comme son autorité, et ses préjugés deviennent toujours les nôtres. Enfin, nous empruntons les erreurs de tous ceux avec qui nous vivons ; nous nous transformons en d'autres eux-mêmes ; notre grande étude est de Gonnoitre leurs foiblesses, pour nous les approprier ; nous n'avons point de langage à nous , nous parlons toujours le langage des autres; nos discours ne sont qu'une répétition de leurs préjugés; et cet indigne avilissement de la vérité , nous l'appelons la science du monde , la prudence qui sait prendre son parti , le grand art de réussir et de plaire : O eitfants des hommes I jusques à quand aimerez-vous la inanité et le mensonge (Ps. , iv, 3 ) ?

Oui, mes Frères, par là nous perpétuons Terreur parmi les hommes, nous autorisons tous les abus, nous justifions toutes les fausses maximes, nous donnons un air d'innocence à tous les vices, nous maintenons le règne du monde et de sa doctrine contre celle de Jésua-Ghrist , nous corrompons la société dont la vérité devroit être le nremier lien; nous faisons, des devoirs et des bienséances

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de la Tk dvile, établis pour nous animer à la yertu , des jdéges et des occasions inéTitables de chute; nous changeons Tamilié, dont nous devrions faire la ressource de nos erreurs et de nos ^rements , en un commerce de déguisement et de séduction $ par là , en un mot, eu rendant la yérité rare parmi les hommes , nous la ridons odieuse ou ridicule ; et quand je dis nous , j'entends prin« cipalement les âmes qui sont à Dieu*, et qui sont chaiigées des io% t^éts de la yérité sur la terre. Oui , mes Frères, je youdrois qu« les âmes fidèles eussent un langage à part au milieu du monde, qu'on trouyàt en elles d'autres maximes, d'autres sentiments que dans le reste des hommes, et que , tandis que tout parle le langage des passions, elles seules parlassent le langage de la yérité; Je youdrois que, tandis que le monde a ses fialaam , qui autorisent par leurs discours et par leurs conseils le dérèglement et la licence, la piété eût ses Phinée qui osassent prendre tout haut les intérêts de la loi de Dieu et de la sainteté de ses maximes ; que, tandis que le monde a ses impies et ses faux sages qui se (bnt une gloire de publier tout haut qu'il faut jouir du présent , et que la fin de l'homme n'est pas dil^ente de celle de la béte , la piété eût des Salomon qui , détrompés par leur propre expMence , osassent publier sur les toits que tout est yanité, hors craindre le Seigneur ot observer ses commandements; que, tandis que le monde a ses enchanteurs qui séduisent les peuples et les rois , par leurs adulations et parleurs prestiges, la piété eût ses Moïse et ses Aaron, qui eussrat le courage de confondre, par la force de la yérité , leurs artifices et leurs impostures : en un mot que , tandis que le monde a ses prêtres et ses docteurs qui affoiblissent la yérité, comme ceux de notre Evangile, la piété eût ses mages, qui ne craigniss^t pas de Tannoncer devant ceux mêmes à qui elle ne neut que déplaire.

Ce n'est pas que je condamne les tempéraments d'une sage prudence qui ne parolt accorder quelque chose aux préjugés des inmimes que pour les ramener plus sûrement à la règle et au devoir. Je sais que la yérité n'aime pas les défenseurs indiscrets et téméraires, que les passions des hommes demandent des ménagements et des égards, que ce sont des malades à qui il faut souvent déguiser et adoucir les remèdes , et les guérir presque toujours à leur insu. Je sais que tous les ménagements qui ne tendent qu'à établir la yérité n'en sont pas les affoiblissements , mais les ressources ; et que la grande règle du zèle et de la vérité , c'est la prudence et la charité. Mais ce n'est pas ce qu'on se propose en Taffoiblissant par des complaisances basses et flatteuses : on cherche à plaire, et on ne cherche pas à édifier j on se met soi-même à la place de la yérité, et on veut s'attirer les suffrages qui n'étoieut dus qu'à die. Et qu'on ne dise pas qu'il y a d'ordinaire plus d'aigreur et d'ostentation, que de charité « dans les Justes qui se font une

gtoircdene pas «nroir trahir la yérité. Le monde qat ett idiyours dans le faux , dont les commerces et les liaisons ne rooknt qoe sur la dissimulation et sur Tartifice, qoi s'en fait même une science et un honneiff , et qui ne connott pas cette noble droiture , ne sauroit te supposer dans les autres ; c'est sa profonde corruption qui lui rend suspects la sincérité et le courage des gens de bien ; c'est un procédé qui lui parott bizarre , parcequ'il est nouveau pour lui ; et comme il y trouve de la singolarité, il aime mieux croire qu'il y a de l'orgueil ou de Textrayagance que de la vertu.

Et de là vient que non-seulement on déguise la vérité, mais qu'on la trahit ouvertement. Dernière dissimulation des prêtres de notre Évangile, une dissimulation de mensonge. Ils ne se contentent pas d'alléguer les prophéties en termes obscurs et adoucis : ne voyant pas revenir les mages à Jérusalem , comme ib se l'étoient promis, ils ajoutent , sans doute pour calmer Hérode , que , honteux de n'avoir pas trouvé ce nouveau roi qu'ils venoient chercher, ils n'ont osé reparotlre ; que ce sont des étrangers peu versés dans la science de la loi et des prophètes, et que cette lumière du ciel, qu'ils prétendoient suivre, n'étoit qu'une illusion vulgaire et un préjugé superstitieux d'une nation grossière et crédule. Et il falloit bien qu'ils eussent tenu ce langage à Hérode, puisque eux-mêmes agissent conséquemment , et ne courent pas à Bethléem chercher le roi nouveau-né, comme pour achever de persuader à Hérode qu'il y avoit plus de crédulité que de vérité dans la recherchesuperstitieuse de ces mages.

Et voilà où nous en venons enfin : h force déménager les passions des hommes et de vouloir leur plaire aux dépens de la vérité , nous Tabandonnons ouvertement, nous la sacrifions lâchement et sans détour ànosintérêts,à notre fortune , à notregloire ; nous trahissons notre conscience , notre devoir et nos lumières : et de là , dés que la vérité nous incommode, nous expose, nous nuit, nous rend dés^ agréables, nous la désavouons , nous la méconnoissons , nous la livrons à l'oppression et à Tinjusticc, nous nions, comme Pierre, qu'on nous ait jamais vus de ses disciples. Ainsi nous nous faisons un ccBur lâche et rampant, à qui le mensonge utile ne coûte plus rien; un cœur artificieux et pliant qui prend toutes les formes et qui n'^ a jaBMis aucune de fixe ^ un cœur foible et flatteur, qui n'ose refuser lessnOragesqu'à la vertu inutile et malheureuse; un cœur corrompu el intéressé , qui fait servir à ses fins la religion, la vérité, la justice, et tout ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes ; en un mol un comr capable de tout, excepté d'être vrai, généreux et sfaioère Et ne croyez pas que les pécheurs de ce caractère soient fort rares dans le monde. Nous ne fuyons de ces défauts que l'édat et la honte : les lâchetés sûres et secrètes trouvent peu de coran scrupuleux, et nous n'aimons souvent de la vérité que la repu (ation et la gloire.

IM L'Ét^I^AJnË

Il font prendre garde seulement qu'en prétendant défendre ta^ rite noos ne défendions les illusions de notre propre esprit L'orgueil, rignorance, roitétemeat, donnent tous les jours à Terreur des défenseurs aussi intrépides et aussi obstinés que ceux dont la foi se glorifie. La seule vérité digne de notre amour, de notre zèle et de notre courage, est celle que l'Église nous montre; c'est pour elle seule que nous devons tout souffrir : hors de là nous ne sommes plus que les martyns de notre obstination et de notre vanité.

O mon Dieul versez donc dans mon ame cet amour humble et généreux de la vérité dont vos élus sont rassasiés dans le ciel, et qui seul fait le caractère des Justes sur la terre. Faites que je ne vive que pour rendre gloire à vos vérités étemelles, pour les honorer par la sainteté de mes mœurs, pour les défendre par le zèle seul de vos intérêts, pour les opposer sans cesse à l'erreur et à la vanité. Anéaur tissez dans mon cœur ces craintes humaines, cette prudence de la chair qui ménage les erreurs et les vices avec les personnes. Ne permettez pas que je sois un foible roseau qui tourne à tout vent, ni ne rougisse jamais de porter la vérité sur mon front, comme le titre le plus éclatent dont puisse se gloriûer votre créature, et comme la marque la plus glorieuse de vos miséricordes sur mon ame : Et ne auferas de ore meo verbum veritati» usqueçuaçue (Ps. , cxvni, 43). En effet, ce n'est pas assez d'en être le témoin et le dépositaire, il faut encore en être le défenseur, caractère opposéà celui d'Hérode, qui en est aujourd'hui l'ennemi^et le persécuteur. Dernière instruction que nous fournit notre Evangile , la vérité persécutée.

TROISIÉBCE PARTIE.

Si c'est un crime de résister à la vérité lorsqu'elle nous éclaire, de la retenir dans l'injustice lorsque nous la devons aux autres, c'est le comble de l'iniquité, et le caractère le plus marqué de la réprobation, de la persécuter et de la combattre. Cependant rien de plus commun dans le monde que cette persécution de la vérité; et rimpie Hérode, qui s'élève aujourd'hui contre elle, a plus d'imiteteurs qu'on ne pense.

Car, premièrement, il la persécute par l'éloignement public qu'i fait paroître pour la vérité, et qui entraîne tout Jérusalem par son exemple : Turbaius est^ et <mm$ Jerosolyma cum illo (Matth., II, 3); et c'est ce que j'appelle une persécution de scandale. Secondement, il la persécute en tâchant de corrompre les prêtres et en dressant même des embûches à la piété des mages : Clam 9ûcati$ magie t diligenter didieit ah et* (ibid., ^er$, 7)\ et c'est ce que j'appelle une persécutiondeséduction. Enfin il la persécuteen répandant le sang innocent : Et ntittens, accidit omnee pueros (ibid., 16); c'est une persécution de force et de violence. Or, mes Frères, si la briè* vetéd'un discoursme permettoitd'examiner ces trois genresde per^

atciitioQ de la Térité , il n'en est pent-étre ancune dont tous ne tous troavasaiei coupables.

Car qoi peut se flatter, premiôrem^t, de n'-étre pas du nombre des perséeuteurs de la Târité par les scandales? Je ne parle pas même de ces âmes désordonnées qui ont levé l'étendard du crime et de la licence, et quine ménagent presque plus rien auprésdu public : les scandalesles plus éclatants ne sont pas toujours les plusà craindre; et le désordre déclaré et poussé à un certain point , nous fait souvent plus de cens^vs de notre conduite, que d'imitateurs de nos excès. Je parle-de ces âmes livrées aux plaisirs , aux vanités, à tous les abus du siècle, et dont la conduite , d'ailleurs régulière, nonseulemrat est irréprochable aux yeux du monde, mais s'attire même l'estime etles louanges des hommes ; et je dis qu'elles persécutent la vérité par leurs seuls exemples ; qu'eUes anéantissent , autant qu'il est en elles , dans tous les cœurs , les maximes de l'Ëvangile et les régies de la vérité ; qu'elles crient à tous les hommes que la fiiite des plaisirs est une précaution inutile; que l'amour du monde et l'amour de la vertu ne sont pas incompatibles , que le goût des spectacles, de la parure et des amusements publics est un goût innocent, et qu'on peut bien vivre en vivant comme tout le reste du monde. Cette régularité mondaine est donc une persécution continuelle de la vérité, et d'autant plus dangereuse, que c'est une persécution autorisée qui n'a rien d'odieux , contre laquelle on n'est point en garde ; qui attaque la vérité sans violence, sans effusion de sang , sous l'image de la paix et de la société, et qui bit plus de déserteurs de la vérité , que n'en firent autrefois les tyrans et les supplices.

Je parle des gens de bien mtaies qui n'accomplissent qu'à demi les devoirs de la piété ,4iui retiennent encore des restes trop publics des passions du monde et de ses maximes ; et je dis qu'ils persécutent la vérité psff ces tristes restes d'infidélité et de foiblesse ; qu'ils la font blasphémer par les impies et psff les pécheurs ; quils autorisent les discours insensés du monde contre la piété des serviteurs de Dieu ; qu'ils dégoûtent de la vertu les âmes qui s'y sentiroient disposées ; qu'ils confirment dans l'égarement celles qui cherchent des prétextes pour y rester ; en un mot, qu'ils rendent la vertu suspecte ou ridicule. Ainsi, encore tous les jours, comme le Seigneur s'en plaignoit autrefois dans son prophète , l'infidèle Israël , t'est-à-dire le monde, justifie ses égarements en les comparant aux infidélités de Juda , c'est-à-dire aux foiblesses des gens de bien : Juitificauit animam suam avenairix Israël , comparaiione prœt^ancatncu Judœ ( JsRKM., 111, 11 } ; c'ost-à-dire que le monde se croit en sûreté lorsqu'il voit que les âmes qui font profession de piété sont de ses plaisirs et de ses inutilités ; sont vives comme les autres hommes sur la fortune , sur la faveur, sur les préférences , sur les injures ; vont a leurs fins, veulent encore plaire, recherchent avidement les dia- M 1. 13

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tinctions el les grâces , el font quelquefois méiiie de la piété i ¥oie pour y arriver plus sûrement. Ah l c*est alors que le monde I triomphe, que ce parallèle le rassure ; c'est alors que, trourant que la ycrtn des gens de bien ressemble à ses rices y il est tranquille dans son état; il croit qu'il seroit inutile de changer, puisqu'on changeant de nom, on retient encore les mômes choses : Justificavii animan suant aversairix Israël^ comparatione prcevancatricis Judœ.

£t c'est id où je ne saurois m'empécher de dire avec un Apôtre, à vous, mes Frères , que Dieu a rappelés des voies du monde et des passions à celles de la yérité et de la justice : Conduisons-nous dételle sorte parmi les mondains, qu'au lieu que, jusqu'ici , ik ont décrié la yerlu , et méprisé ou censuré ceux qui la pratiquent, les bonnes œuvres qu'ils nous verront faire , nos mœurs pures et saintes, notre patience dans les mépris , notre sagesse et notre circonspection dans le discours, notre modestie et notre humanité dans l'âévation, notre égalité et notre soumission dans les disgrâces, notre douceur envers nos inférieurs , nos égards pour nos égaux , notre Gdélité envers nos maîtres, notre charité pour tous nos frères, les forcent de rendre gloire à Dieu, leur fassent respecter el envier même la destinée de la vertu, et les disposent à recevoir la grâce de la lumière et de la vérité, lorsqu'elle daignera les visiter et les éclairer sur leurs voies égiffées : Conservationeni festram intergentes habentes bonam, ut in eo quod detrectant de vobis^ tamquam de malefactoribus , ex bonis çperibus vos considérantes, gloriflcent Deum in die insitationis (Petr., ii, 12). Fermons la bouche, par le spectacle d'une vie irrépréhensible, aux ennemis de la vertu ; honorons la piété, a§n qu'elle nous honore ; rendons-la respectable, si nous voulons lui attirer des partisans ; fournissons au monde des exemples qui le condamnent > et non des censures qui le justiBent; accoutumons-le à penser que la piété véritable est utile à tout , et qu'elle a pour die, non-seulement la promesse d'une vie et d'un bonheur à venir, mais encore la paix , la joie , le repos du cœur, qui sont les seuls biens el les seuls plaisirs de Ja vie présente : Promissionem habens ffttœ quas nunc est, et futures (I. Tim. iv. 8)

A cette persécution de scandale, Hërode ajoute une persécution de séduction : il tente la sainteté cl la Gdélité des ministres de la loi , il veut faire servir à l'impiété de ses desseins le zèle et la sainte générosité des mages -, enfin, il n'oublie rien pour anéantir la vérité avant de l'attaquer à force ouverte : Clam ^ocatis magis.

Et voilà une nouvelle manière dont nous persécutons tous les jours la vérité. Premièrement , nous affoiblissons la piété des âmes justes, en taxant leur ferveur d'excès, et nous efforçant de leur persuader qu'elles en font trop : nous les exhortons, comme le tentateur, à changer leurs pierres en pain, c'est-à-dire, à rabattre de leur austérité, et à changer cette vie retirée, triste , laborieuse , en

une vie plus aisée et plus oommone : nous kur faisons craindre que les suites ne répondent pas à la ferveur de ces commencements : en un mot 9 nous tâchons de les rapprocher de nous , ne voulant pas aous rapprocher d'elles. Secondement, nous tentons peut-être même leur infidélité etleur innocence, enleur faisant des peintures vives des plaisirs qu'elles fuient; nous blâmons, comme la femme de Job, leur simplicité et leur foiblesse, nous leur exagérons les inconvénients de la vertu et les difficultés de la persévérance ; nous les ébranlons par l'exemple des âmes infidèles» qui, après avoir mis la main à la charrue , ont regardé derrière et ont abandonné l'ouvrage; que dirai-je? nous attaquons peut-être même le fondement inébranlable delà foi, et nous insinuons l'inutilité de ses violences par l'incertitude de ses promesses. Troisièmement , nous gênons par notre autorité le zèle et la piété des personnes qui dépen^ dent de nous; nous exigeons d'eux des devoirs, ou incompatibles avec leur conscience, ou dangereux pour leur vertu ; nous les mettons dans des situations ou pénibles ou périlleuses à leur foi: nous leur interdisons des pratiques et des observances, ou nécessaires pour se soutenir dans la piété , ou utiles pour y avancer; en un mot, nous devenons à leur égard des tentateurs domestiques, ne pouvant ni goûter pour nous-mêmes le bien, ni le souBirir dans les autres , et faisant envers ces âmes l'office du démon qui ne veille que pour les perdre. Enfin nous nous rendons coupables de cette persécution de séduction, en faisant servir nos talents à la destruction du règne de Jésus-Christ: les talents du corps, à inspirer des passions injustes ; à nous mettre à la place de Dieu dans les cœurs ; à corrompre les âmes pour lesquelles Jésus-*Gbrist est mort : les talents de l'esprit » à persuader le vice ; à l'embellir de tous les agréments les plus propres à cacher sa honte et son horreur ; à présenter le poison sous un appât doux et agréable , et à le rendre inunortel dans des ouvrages lascifs, où, jusqu'à la fin des siècles, un auteur infortuné prêchera le vice, corrompra les cœurs, inspirera à ses frères les passions déplorables qui Ta voient asservi pendant sa vie ; verra croître son supplice et ses tourments, à mesure que le feu impur qu'il a allumé se répandra sur la terre; aura TafEreuse consolation de se déclarer contre son Dieu, même après sa mort; de lui enlever encore des âmes qu'il avoit rachetées ; d'outrager ^core sa sainteté et sa puissance ; de perpétuer sa révolte et ses désordres jusqu au-delà du tombeau ; et de faire jusqu'à la consommation des siècles , des p*imes de tous les hommes, ses crimes {Hropres. Malheur, dit le Seigneur , à tous ces ennemis de mon nom et de ma gloire, qui dre^nt des embûches à mon peuple 1 je m'élèverai oontre eux au jour de ma colère ; je leur redemanderai le sang de leurs frères qu'ils ont séduits et qu'ils ont fait périr; et Je multipli»^ snr eux des maux aflSrenx, pomr me consoler de k

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gkire qu'ils m'ont ravie : Vœ gmd imurgeiui super ftnus meum (Joorni,xvi, âO)I

Mais un dernier genre de persécution encore plus funeste à la Térité, est odle que j'ai appelée une persécution de force et de yiolenoe. Hérode enfin n'avançant rien par ses artifices, lève le masque, se déclare ouvertement le persécuteur de Jésus-Christ, et veut éteindre dans sa naissance cette lumière qui vient éclairer tout le monde: MUtemoceidit omnes pueros (Matth. ii, 16).

Le seul rédt de la cruaulé de ce prince impie nous fait borrreur, et il ne parott pas qu'un exemple si barbare puisse trouver parmi nous des imitateurs ; cependant le monde est plein de ces sortes de persécuteurs publics et dédarésde la vérité; et si l'Eglise n'est plus aiBigée par la barbarie des tfrans et par l'effusion du sang de ses enfants, die est encore tous les jours persécutée par les dérisions publiques que les mondains font de la vertu, et par la perte des âmes fidèles qu'elle voit avec douleur succomber si souvent à la crainte de leurs dérisions et de leurs censures.

Oui, mes Frères, ce discours que vous vous permettez si facilement contre la piété des serviteurs de Dieu, de ces âmes , qui, par leurs hommages fervents , consolent sa gloire , de vos crimes et de vos outrages : ces dérisions de leur zèle et de leur sainte ivresse pour leur Dieu; ces traits piquants, qui, de leur pers(Mine, retombent sur la vertu, et font la plus dangereuse tentation de leur pémtence; cette sévérité à leur égard, qui ne leur pardonne rien , qui chaiige en vices leurs vertus mêmes ; ce langage de blasphème et de moquerie, qui répand un ridicule impie sur le sérieux de leur oompoDCtion, qui donne des noms d'ironie et de mépris aux pratiques les plus respectables de leur piété , qui ébranle leur foi, qui arrête leurs saintes résolutions, qui décourage leur foiblesse, cpd les fait rougir de la vertu, qui les rentraine souvent dans le vice, voilà ce que f appelle avec les saints une persécution ouverte et déclarée de la vérité. Tous persécutez dans votre frère, dit saint Augustin , ce que les tyrans eux-mêmes n'y ont pas persécuté : ils ne lui ont ravi que la vie; vous voulez lui ravir Tinnocence et la vertu: ils ne s en sont pris qu'à son corps; vous en voulez à son ame : Carnem persecutui est imperMor^ tu in chnstiano spiritum persequens.

£h quoi ! mes Frères, n'est-ce pas assez que vous ne serviez pas le Dieu pour qui vous ê(es faits (c'est ce que les premiers défenseurs de la foi, les Tertullien et les Cyprien disoient autrefois aux païens persécuteurs des fidèles : et faut-il que ces mêmes plaintes se trouvent encore justes dans notre bouche contre des chrétiens ! )? n'est-ce pas assez? faut-il encore que vous persécutiez ceux qui le servent ? Tous ne voulez donc ni l'adcNrer, ni soufflrir qu'on l'adore? Deiun née coUs^ nec coU omnino permUtisf Tons pardonnez tous les jours tant d'extravagances aux sectateurs du monde, tant de

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ptMkms insensées; vous les excnsez, que dis-je? tous les louez dans les désirs déréglés de leor Goear : tous tronrez de la oonstaDCc, do la fidélité, de la noblesse dans leurs passions les plus honteuses ; TOUS donnez des noms honorables à leurs vices les plus indigues; et ii n'y a qu'une ame juste et fidèle, qu'un serriteur du vrai Dieu, qui ne trouve auprès de vous aucune indulgence, et qui réussisse à s'attirer vos mépris et vos censures? Solus tibi displicee Dei cuhor? Mais, mes Frères, les plaisirs des théâtres et des spectacles sont ouvtf ts parmi vous à la licence publique , et on n'y trouve point à redire; la foreur du jeu a ses partisans déclarés, et on les louAre ; l'ambition a ses adorateurs et ses esdaves , et on les loue ; la volupté a ses victimes et ses autels , et on ne les lui dispute pas ; l'avarice a ses idolâtres, et on n'en dit mot; toutes les passions, comme autant de divinités sacrilèges, ont leur culte établi, sans qu'on s'en formalise : et le Seigneur tout seul de l'univers, et le Souverain de tous les hommes, et Dieu tout seul sur la tare, ou ne sera point servi, ou ne pourra l'être impunément , et sans qu'on y trouve à redire! Ei Deus solus in terris^ aul non colitur^ aut non est impune quod colitur

Grand Dieu! vengez donc vous-même votre gloire; rendez encore aujourd'hui à vos serviteurs l'honneur et l'édat que les imiries ne cessent de leur ravir ; ne faites |dus sortir , coumie autrefois, du fond des forêts , des bêtes oueUes, pour dévorer les contempteurs de la vertu et de la sainte simplicité de vos prophètes ; mais livrez-les à leurs désirs déréglés, encore pins cruds et plus insatiables que les lions et les ours , afin que fatigués , déchirés par les troubles secrets et par les fureurs de leurs propres passions, ils puissent connoltre tout le prix et tonte l'excellence de la vertu qu'ils méprisent, et aspirer au bonheur et à la destinée des âmes qui vous servent.

Car, mes Frères , vous que ce discours regarde, souffrez que je le dise ici avec douleur : faut-il que vous soyez les instruments dont le démon se sert pour tenter les élus, et les entraîner, s'il étoît possible, dans l'erreur? faut-il que vous ne soyez sur la terre que pour justifier les prédicti<»is des livres saints sur les persécutions inévitables jusqu'à la fin à tous ceux qui voudront vivre dans la (Mété qui est en Jésus-Christ? faut-il que la succession afireuse des persécuteurs de la foi et de la vertu , qui doit durer autant que l'Eglise, ne trouve sa suite et sa perpétuité qu'en vous seuls? fautil qu'au défaut des tyrans et des supplices , l'Evangile trouve encore en vous seuls son écueil et son scandale? Renoncez donc vousmêmes à l'espérance qui est en Jésus-Christ; unissez- vous à ces peuples barbares, ou à ces hommes impies qui blasphèment sa gloire et sa divinité, s'il vous parott si digne de risée de vivre sous set lois et d'observer ses maximes. Un infidèle, un sauvage pourrait nous cnnrc dans l'erreur, nous qui le servons et qui radorons;

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il pottrroit avoir pitié de notre crédulité et de notre foibleue, en voyant qne nous sacriflon» le présent à un avenir et une espérance qui lui paroitroit chimérique et fabuleuse } mais, du moinsi il seroit forcé d'avouer, que si nous ne nous trompons pas, et que uotre foi soitcertaine, nous sommes les plus sages et les plus estimables de tous les hommes. Mais pour vous, qui n'oseriez douter I de la certitude de la foi et de l'espérance qui est en Jésus-Christ, de ^ quels yeux cet infidèle regardc»t)it-il les censures que vous faites de ses serviteurs? Vous vous prosternez devant sa croix, vous diroitil, comme devant le gage de votre salut, et vous riez de ceux qui la portent dans leur cœur, et qui mettent en elle toute leur espérance! Vous l'adorez comme votre Juge, et vous méprisez , et vous donnez du ridicule à ceux qui le craignant, et qui travaillent à se le rendre favorable? Vous le croyez fidèle dans sa parole, et vous regardez comme des esprits foibles ceux qui se confient en lui, et qui sacrifient tout à la grandeur et à la certitude de ses promessesl O homme si étonnant, si plein de contradictions, si peu d'accord avec vous-même, s'écrieroit l'infidèle , il faut donc que le Dieu des duré* tiens soit bien grand et bien saint, puisqu'il n'a parmi ceux qui le connoissoit que des ennemis de votre sortel

Respectons donc la vertu, mes Frères. Honorons les dons de Dieu et les merveilles de sa grâce, dans ses serviteurs. Méritons par nos égards et par notre estime pour la piété , le bienfait de la piélé même. Regardons les gens de bien comme lesseulsqui attirent encore les grâces du ciel sur la terre, comme des ressources établies pour nous réconcilia un jom* avec Dieu , comme des signes heureux qui nous marquent que le Seigneur regarde encore les hommefl avec pitié, et continue ses miséricordes sur son Eglise. Encourageons par nos éloges les âmes qui reviennent à lui , si nous ne pouvons encore les soutenir par nos exemples : applaudissons à leur changonent , si nous no croyons pas pouvoir encore changer nous-mêmes i faisons-nous honneur du moins de les défendre , si nos passions ne nous permettent pas encore de les imiter. Mettons la vertu en honneur. N'ayons pour amis que les amis de Dieu : ne comptons sur la fidélité des hommes , qu'autant qu'ils sont fidèles au maître qui les a faits : ne confions nos chagrins et nos peines qu'à ceux qui peuvent ies oBcit à celui seul qui peut les consoler : ne croyons dans nos intérêts véritables , que ceux qui sont dans les intért * ^) notre salut. Aplanissons les voies de notre conversion : jnrép» 19 le monde , par notre respect pour les Justes , à nous voir un jour ib. is forprise : justes nous-mêmes, ne nous faisons pas, par nos dcu.0.uus et par nos censures, un respect humain invincible qui nous emptehera toujours de nous déclarer sectateurs de la pi- , que nous avons si hautement et si pid>liquement méprisée Rendons gloire à la vérité ; et , afin qu'elle nous délivré , recevonsla avec religion comme les mages , dès qu'elle se montre à nous^

ne b dbsinitiIODS pas comme les prêtres, lorsque nous la devons à nos frères i ne nous dédarons pas contre elle comme Hérode, qnand noos ne poarons plus noos la dissimoler à nous-mêmes , afin qa'aiffès avoir suivi sur la terre les voies de la vérité , nous soyons un jour tous ensemble sanctifiés dans la vérité, et coosonmiés dans la charité. Aind soit-il.

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