Besoin
d'Eutrapel. 245
sembler, auparsus de voir et mesurer vos biens, vostre expérience, ce que vous pouvez, et ce que vous devez vouloir. J'ay, dit Polygame, tant veu d'hommes du commencement, et sur leur première jeunesse avoir fait de grands amas et préparatifs, pour estre quelque jour eslevez aux honneurs, biens, et authoritez, et promettre tant de belles adventures, lesquels tout d'un coup tomboient beau sault et en ruine, à faute d'avoir advisé de près ce qu'ils estoient, ce qu'ils entreprenoient, et comme ils le pourroient exécuter. J'en ai aussi veu d'autres bastissans sur la bourse d'autruy, lesquels pour tromper le peuple et eux mesmes les premiers, qui engageoient tout ce qu'ils avoient et celuy de leurs voisins, pour acheter chevaux, et accoustrements afin de oraver, s'en vouloir faire croire chez lesestrangers : estimans par tels moyens sophistiquez trouver quelaue place, se marier ou heurter à quelque gros nazard et adventure : mais l'issue et la vérité qui descouvre tout, les rendoit moquez et en mespris, attachez ordinairement et portans une longue et fascheuse charge de debtes, qui les accabloit et faisoit demeurer sous le faix. Et combien qu'il s'en trouve quelques uns à qui telles entreprinses ayent heureusement succédé si sont ils en tel petit nombre, que de cent, un ne vient à rencontrer le bon port, et en avons veu, et verrons encore, s'il plaist à Dieu, tel qui avoit chargé sa navire de larcins, et concussions publiques et privées, se rompre et perdre au mesme lieu et havre dont il esperoit bien tost faire voile. J'en ay veu d'autres qui deterroient leurs pères et mères, parens et voisins,
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empruntoient par cy et par là pour suivre la Cour des Roys et Princes : se rendoient humbles, serfs, et bien dévots, contrefaisans les rusez et courtisans, desquels un ou deux au plus y avoient du profit et de l'honneur bien peu : et le meilleur du tout, comme choses mal commencées n'ont jamais bonne fin, ceux qui avoient esté cause de la promotion et advancement de tels mignons, oyoïent sa fièvre quartaine : je luy fais trop d'honneur à seulement le regarder, c'est ma faveur, sous lac^uelle toute son espérance est fondée et nourrie. Les autres qui veulent p^yer plus courtoisement, disent : De vous payer je ne puis, mais donnez moy quelque seur advertissement d'office ou bénéfice vacant, je vous y portionneray {a) au tiers ; tuez vostre ennemy, je vous reray obtenir et depescher la grâce. Croy moy, Eutrapel, la plus grande ruse et finesse qui puisse estre, est a'aller en tout ce que nous faisons et disons, rondement et ouvertement en besongne : un sold venant d'un bon et religieux moyen vous rendra dix francs au bout oe l'an, lesquels mal acquis vous feront tost ou tard perdre le tout. Au demeurant ne hante ou fréquente familièrement ceux qui sont ou se veulent faire plus grands que toy, s'ils n'ont la teste et cervelle si bienfaictes au ils sachent bien conduire leur grandeur et n en abuser. L'apologue d'Esope, lequel vray-semblablement il a emprunté de l'Eclesiastic. faict bien à ce propos < : c'estoient deux pots, l'un de fer,
a, Var.: protrouveray (?).