L'AUTHEUR A SON GRAND AMY H. R
u troveras esîrange, mon compagnon et \amy, qv^ estant ataché à une tant grave et ^solide profession, me remettre, contre le naturel d'icelle, à forger {ce que l'on dit] sur une mesme enclume, et retourner la période estant révolue, dont nagueresje suis issu. En quoy je suis veu contrarier à ce aue dernièrement tu moh~ jectois, et en joyeuse colère, mon naturel {sçavoir) estre du tout à contrepoil et biais, et qu'à mon horoscope estimois le mouvement du ciel avoir esté tout irregulierM de travers » . Voulois davantage, pour
I . Du Fail répond ici à ceux de ses amis qui lui avaient fait comprendre l'incompatibilité qui existe entre l'état de jurisconsulte et celui de conteur. Quoi qu'il en dise, les objections ont eu un grand effet sur sa conduite puisque ces Baliveraeries sont le second et dernier livre facétieux édité par lui de son vivant. Encore est-il très-court. Les Contes et Discours n'ont vu le jour qu'après sa mort, près de qua-
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me rendre parfait jurisconsulte, me hailkr foru livres de medicine en main, comme si, suivant k naturel de tous hommes, je me fusse efforcé contre les choses défendues. Cela disois folastrant et par jeu, mais à bon escient, ayant descniffré par le menu maintes belles et graves authorités touchant la par^ simonie et chicheté ' du temps, non moindres en doc-' trine, que bien tirées de la Philosophie; jointes à ce doctes et bien enrichies admonitions, d'atteindre mon but d'assez longue main prétendu; concluais par bons et bien rendus silogismes, à me divertir * de ces folastres et inutiles écrits ^ m'invitant à tascher je ne sçay quoy du plus haut qui sentist ma va-cation. Et, me piquant doucement, reprenois fort l'édition de quelque œuvre assez inconsultement J mise en avant, qui, pour le devoir de la matière, devoit encore estre {suivant le conseil d'Horace) quelque nombre d'ans en mon estude. Cela (amy) comme je le trouvois bon, et venant d'un estomac 4 affec^ tionné, et sans fard, aussi t'en rends je grand mer^ cy. Mais, ainsi quel' amy a cette familière puissance d'honnestement amonnester, conjointe à ce une mo' deste reprehension, aussi n'est il pas défendu à Pa^ monnesté, sans s'opiniastrer, se purger J vers son amy, au moins par telles quelles raisons satisfaire à ses impressions aucunesfois assez soudaines. Car, à
rante ans plus tard et rien n'indique que ce soit par sa volonté. Il a donc dû être toute sa vie dans cette pénible situation où se trouvent tant de gens, de ne pouvoir, grâce à son état, suivre sa vocation.