‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 121 sur 219 · L'annonce · texte numérisé non relu

L'annonce

3. Cette panique a sa place dans l'histoire. Les troupes de Charles-Quint avaient refoulé l'armée française jusqu'à Meaux et à Lagny ; les Parisiens commençaient à fuir vers

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puis comprendre cela, dit Polygame, par y avoir une race d'hommes naturellement Rois, vivans d'un certain Empire et fief dominant, et qui ne se rendent jamais, voire qu'ils soient desarmez de toutes occasions se pouvoir refaire. Ceux qui se meslent joindre et accorder les regards et influences célestes, rapportent telles pièces à l'assiette, faveur, ou disgrâce des corps supérieurs. L'on dit que Denys le Tyran, nonobstant avoir perdu son pays et ses forces, tenoit l'eschole à Corinthe : signifiant par tel acte, et luy aussi s'en vantoit, que tousjours vouloit commander, là part où il fust, le tout, en despit de ce qu'il apelloit Fortune, et sans fléchir sous la grandeur de son naturel. Georges Cleray ' n'avoit garde aux Jeux et Comédies de Saint Thomas jouer autre personnage que d'un Roy, d'un Empereur, ou de quelque prologue. Que s'il eust voulu en sa négociation et marchandise se charger de Donats, Cato pro puerls - , lequel fut composé par un Moyne de Clervaux, comme il se vérifie aux Mémoires de Fouque l'Abbé, Capitaine de Fougères, de Rudimens, et Despauteres, et autres petits et menus livrets, comme faisoient ses voisins, il

la Loire lorsque Charles-Quint offrit la paix qui fut signée à Crespy le i8 septembre 1544.

1 . D'après ce qui suit, c'était un libraire qui jouait à l'occasion dans les mystères donnés par des confrères de saint Thomas analogues aux confrères de la Passion.

2. Les distiques de Caton pour l'enseignement de la morale ont inspiré beaucoup de publications. L'attribution de l'une d'elles à un moine de Clairvaux peut donc être soutenue, mais nous ne savons quels sont les mémoires de Fouque, l'abbé, et nous ne croyons pas qu'il puisse être ici question de Foulques le Grand, abbé de Corbie.

d'Eutrapel. 20^

eust bien davantage profité qu'en la vente des Amadis, Lancelot, Tristan de Leonnois, Ponthus, et autres Chevaliers errans Bretons, la lecture desquels me met le cueur au talon : desquels sa boutique estoit autant bien garnie que autre deçà les monts. Il me souvient, dit Eutrapel, que vous, Seigneur Polygame, sollicitant l'heur et honneur des lettres, qu'entre autres commoditez mettiez en avant, s'il arrivoit une soudaine et débridée irruption et venue de quelques gens affamez, comme ce meschant Attila avec sa vermine de bas Alemans , qui concluoit hypoticairem'ent , Aut cédas, aut solvas, quittez vos foiers, ou nous tuez : et que la contrainte voudroit que poussez de ceste barbare gent, nous irions habiter nouvelles terres. Vous vous donniez (il en souviendroit bien à Lupolde, mais il a le derrière de la teste peu large 'jàtous les harquebusiers d'Enfer, mari2z ou autrement, que feriez maistred'eschole, disiez qu'un demi Prebendé en une Eglise, qui n'est obligé aux magnifiques cérémonies du chœur et débats capitulaires, un Prestre negotiant en une maison, un Gendarme en temps de paix bien paie, un Conseiller raporteur seulement de quelques défauts ou légers incidens, un maistred'eschole tenoient rang solidairement, et chacun pour le tout, aux plus braves assemblées etcom-

1. Cette localisation de la mémoire dans la partie postérieure de la tête n'a pomt été acceptée par nos modernes phrénologistes. Mais c'était le sentiment des anciens qui plaçaient l'imagination dans la partie antérieure du cerveau, la raison dans la moyenne et la mémoire dans la postérieure. Dionis, dans son Anatomie, rappelle cette opinion en la combattant.

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pagnies populaires. S'il y a noces, Monsieur le maistre y sera : un mortuaire, il y chantera : commères, il y friponnera : un fuseau tombé, il s'y transportera : et par tout honoré : comme le maistre, et aiant sans cesse quelque chose à redire, controller, examiner sur les actions d autrui. Ne permettiez sur toutes choses, que deux magisters setrovassent en mesme compagnie, simul et semel, et in eodem prsdLcamento : ainsi que grands Princes (disoit de Comminesi pour ne recevoir autre et nouvelle opinion, qu'ils ont ja de chacune part imprimée : et pour conclusion, qu'à un homim.e libre, de bon entendement, et bien nay, rien ne luy peut défaillir, des biens assez. Lupoldese faschoit, luy qui avoit travaillé toute sa vie, encore ne pouvant vivre, et nouer au bout de l'an les deux bouts de sa serviette ' ensemble. Mais Polygame pour le reconforter, j'enten, dit il, à peu près les contes d'Eutrapel, mais qu'il vive, et qu'il passe son temps joieusement, il est content, ne se souciant beaucoup ne du temps, ne de la Seigneurie : mais lors que comme nous autres ménagers, il aura donné à manger au chien et au chat, il ira bien de sa Philosophie en fumée. Il ne fait cas ne conte de biens, non : car il n'en a, ne le moien, et qu'au jour la journée. L'Empereur Adrien, à qui un Poetasîre^ avoit escrit, qu'il aimoit mieux estre Florus que César, respondit, J'aime mieux estre César, et courir l'espee au poin jusques aux der-

1 . Nous avons oublié la fin de ce dicton et nous ne disons plus que : nouer Us deux bouts.

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