‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 141 sur 219 · I. Flairant · texte numérisé non relu

I. Flairant

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mes moyens je puis quelque chose en cela et ailleurs, où jem'employeray bien affectueusement: Lupolde de son costé y travaillera : voulez vous estre marié ? Vous avez autrefois veu un singe folastrant et en toutes ses gayetez, et quelqu'un secrètement et par-sous le manteau, poser doucement une tortue, à la veuë de laquelle, pour l'inimitié et antipathie qui est naturellement entre ces deux bestes, il crie, brait, trépigne, court, se cache, alongeant peu à peu le museau, ou appuyé, et en l'ombre de quelque chose, la voyant marcher si lentement et à l'aise, essaie avec le bout du doigt la toucher. Mais tremblotant, esbahy, et pauvret tressaut en arrière en son premier cry. Ainsi Eutrapei à ceste noble proposition de mariage alloit de l'un pied sur l'autre, alongeoit sa barbe, mettoit sa cappe en deux ou trois sortes de replis, regardoit si son espee tenoit au fourreau : puis reculant et fléchissant les jarrets, Que vous ay je fait ? dit il en voix basse et demy enrouée, de quelle mort me haissezvous? je say avec longue expérience, que le plus de mes telles quelles fortunes dépend de vostre libéralité, tousjours et perpétuellement vostre serviteur, voire pour y surpasser le plus, fust qu'il y deust aller de la vie. Et toutefois pour recompense, vous m'avez desjeuné et salué de ce haut et terrible mot et grand Océan de mariage ; à la simple ombre duquel toutes les plus asseurees et maistresses intelligences humaines tremblent et bondissent, comme un cheval premièrement esperoné par le maquignon; motinfmi, comme ceîuy trois fois grand entre les anciens, espouvantant, comme celuy de Hannibal, les pavez de

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Rome, celuy d'Alexandre à Néron, Lancelot aux Chevaliers de Cornouailles et Tempestas au Collège de Montaigu :

Que ne l'attend il, Que ne l'attent an, Car Andrelot vlan.

Comment Monsieur ? à la requeste de ce vieux mastin alternatif, embeguiné de Lupolde, me voulez vous perdre ? Là n'estoient m.es remises ne attentes. Lupolde à toutes fms protestoit, et publioit ses bulles, excuses, innocence, demandoit acte et instrument de tout, pour luy servir en temps et lieu, imploroit en tout et partout le noble office de Polygame : et, entant que mestierestoit, ofFroit consigner. Mais Eutrapel piqué et atteint d'une tant soudaine nouvelle, vouloit prouver par bons et concluans argumens, que ce n'estoit à un tel galant, et ne luy appartenoit ouvrir, et moins disputer de tels et si consequentieux propos , lesquels il falloit traiter reveremment, y accommodant discrettement toutes circonstances. Si faut il, dit Polygame, que ceste délibération soit à trois, et plus nous aydera Lupolde avec ses expériences et pratiques en tel cas, que tous les Canonistes en leurs distinctions. Puis que l'avez entreprins, et qu'il vous plaist idit Eutrapel) faictes du pis que pourrez, sans aucunement entrer sur les marches de ma, ô divine liberté, laquelle expressément je reserve où seulement y avoir songé je resterois perdu, et n'aurois membre sur moy qui ne se decousist, pour entrer au tombeau. Encore y auroit Lupolde regret, bien entendant qu'il n'est que les vieux amys, et lier son doigt de l'herbe

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qu'on cognoist. Rien, rien, dit Lupolde,jete fourniray un mariage, libelle auquel tu respondras dedans tiers jour, te banniray, et en cas d'opposition, jour et chère lie, au bout de la carrière. Ne disoit de Commines, dit Eutrapel, que bien matin se fust levé, qui eust prins au lit un ancien Orateur et Ambassadeur Anglois, sans estre garny et pourveu d'une Prophétie de Merlin ' : qui trouva aussi Jabolenus des Jabolaines, qui cy est , sans une longue hottee de chiquanerie, et yvre à la relation du conseil. Je me submets aux censures des Moynes du Tronchet, qui s'en vont à un. Pour la dernière occasion, dit Polygame, il a meilleur et plus sain estomach, et le cerveau mieux en point, que lors qu'estant délivré de sa charge accoustumee, il se void plongé et confiné en une certaine cuisante et seiche melancholie, par laquelle estant à jeun il vous sait aigrement poindre et faire la guerre. Bonosus^ plus estoit sage, yvre, et l'esprit plus fertil qu'autrement, se chargeant volontiers, estant bien imprimé, et bon compagnon, d'entretenir les ambassadeurs de ses ennemis, boire d'autant avec eux, dont il tiroit et crochetoit leurs conseils plus secrets : Qui a fait dire à plusieurs, que pour débattre et résoudre les choses plus importantes et difficiles, estre besoin effacer

1. Le premier et le second volume avec les prophéties de Merlin. Paris, Verard, 1498.

2. Quintus Bonosus, dont Aurelianus disait : Non ut vivat, natus est, scd ut bibat, et qui, favori de Probus, et ayant voulu le supplanter, fut battu et pendu. Quand les soldats le virent ainsi ils prétendirent que c'était une outre et non un homme.

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el oster la crouste et superfice de nostre naturel trop endormi et solitaire, à l'occasion de nos cerveles trop aquatiques et flegmatiques, en ces seiches et froides régions, matière de haut appareil. Au conte, serez vous marié? Monsieur, respond Eutrapel, belle, bonne, et riche. Autre chose n'aurez vous de moy. La parole fait le jeu s'escria Lupolde, comme notaire de Ramussac, j'accepte pour le sujet de ces trois perfections. En cas hazardeux, et qui n'emportent aucune ny asseuree prevoiance humaine, dit Polygame, au premier rang duquel il me plaist coucher et emploier cestuy cy, il y faut tout aveuglé, et sans autre notable formalité ou considération, conclure vistement, et donner à la desbandade, la teste baissée, comme en un bataillon de gens de pied. Jules César pensif, sur le tleuve Rubicon travaillant à se résoudre quelle entreprise, d'entrer armé en Italie, ou non, conclud tout d'un coup ne laisser les armes, disant, le dé est jette : monstrant qu'en affaire douteux il faut sans trop longuement consulter, prendre parti, et vivement et brusquement après exécuter. Puis que vos ans ont passé le midi de bien loin, et vous commandent asseoir l'institution et progrès de vostrevie je serois de premier advis que seriez marié : sauf que j'ay aprins laisser aux hommes qui n'ont point l'entendement cornu et mal fait, à présider au conseil et détermination des choses qui leur touchent : et que vous mouriez d'une belle espee ', et entre les bras d'une gentille et hon-

1. c'est aussi un mot de M. de la Maisonfort, mari de la sœur de Ruvigny et qui, comme dit Tallemant, «s'ennivra de son tonneau et de telle sorte que quand on luy dit qu'il

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neste garce de femme, sans attendre la miséricorde de vos valets et chambrières, qui vous voians en extrémité, gripperoient et desroberoient tout ce que vous auriez : et encore vivant vous osteroient, comme ils font à leurs maistres gens d'Eglise, la couette de sous vous, pour sur belle paille toute fresche, vous laisser disputer contre les mousches, et tirer à git ' la mise et recepte de vostre conscience. Plutarque, comme chose divine, conferoit le mariage, p le no jure, àh seule jeunesse, et selon Hérodote, n'estoit permis aux personnages de petite qualité y aspirer, comme volontiers plus pronts à souiller et enlaidirchose tant recommandable et précieuse. Me souvient qu'aux loix establies aux Athéniens par Solon, estoit prescrit la forme du mariage au menu peuple , de volonté ; et aux Nobles et autres tenans rang en la Republique, de nécessité. Lycurgi'.s aussi renomm.é donneur de loix, commanda aux Prestres et Capitaines Lacedemoniens estre mariez, affermant que les veuxd'iceux sont plus agréables aux Dieux, sans ainsi estre vagabonds et courir sur toutes amitiez. Belle, bonne, et riche sont choses trop esloignees, et hors termes de raison, c'est assez pour trois mariages : car tant de perfections amassées en un sujet, au tesmoignage mesme de Sainct Hierosme, ne se trouvent : prenons la bonne. Et bien bien, dit Lupolde, il vous semble que vous estes à choisir sur beaucoup, passez outre. Polygame continuoit disant que Socrates argumentoit et syllogisoit

y prist garde il respondit qu'il falloit mourir d'une belle espée. » Historiette de mesdames de Rohan.

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