‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 157 sur 219 · L'ayant à cœur · texte numérisé non relu

L'ayant à cœur

3. V. le jugement de Seigni Joan au chap. xxxvii du livre m de Pantagruel.

d'Eutrapel. 269

demi : Il n'est que d'aller droit et rondement en besogne : Je voy, et Tay ainsi observé depuis les cinquante ans derniers, que marchans et autres negotiateurs vendans à plus haut pris de dix pour cent, c'est à dire, qui gaignent plus de dix livres pour cent livres en unemploy, deviennent ou leurs enfans pauvres, endettez, et à néant. Les Payens soustenoient qu'on pouvoit vendre à tel pris qu'on pouvoit, mais encore exceptoient ils la fraude : nous autres Chrestiens et toute la Théologie se fondant sur le commandement de Dieu, tu ne desroberas point, condamnons toute espèce de vente, qui passe dix pour cent : où en sont doncques ces marchans, merciers et autres vendans en affirmant par grands et énormes sermens, que cecy et cela leur couste un escu, que vous aurez d'eux en fm pour vingt ou trente sols : que sid'avanture on leur en otïre quarante ou cinquante, ils commenceront de plus belle, qu'ils y perdent tout le leur, mais qu'il n'y a remède, il faut depescher marchandie, estre estrené : et l'acheteur leur aiant le dos tourné, est moqué, et monstre au doigt, comme aians bien exploité : ad omnes mille diabolos telle sorte de gens, disoit Menotus'. Je n'ay congneu pour vray et entier marchant, homme de bien (je ne pretens faire tort à personne; qu'un marchant drappier de Rennes, appelle JametJan,iln'estoit pas des amis de Panurge, car il ne prestoit, ny ne vendoit rien à crédit : mais il n'avoit qu'un

I. Je n'ai pas le texte de Menot sous la main, mais, selon H. Estienne, Maillard vouait aussi certains marchands ad trigenîa mille diabolos.

270 Contes et Discours

bon mot, si raisonnable et de tant bon marché, qu'il vendoit plus en un jour, que ses compagnons affettez en une semaine. Eutrapel dit que lors que maistre.Iean Ricaut, Jean Boucher, JeanReffait, Gaillard, Dom Bertrand Touschais, Dom Jacques Mellet, tous savans pédagogues, l'envoioient, et ses compagnons aussi , quérir quelques livres chez Coîlinet ■ , Robert Estienne son gendre, Vascosan, Wechel, Libraires de Paris, il nefalloit aucunement disputer ne contester du pris : car autant en avoit bon marché l'enfant, comme le plus crotté et advisé maistre aux arts de l'Université, et estre le vray moien de s'enrichir, gagner petit et souvent. Sur ce conte, dit Polygame, je reciteray une histoire, et chose vraiement arrivée puis peu d'années, en semblable trait de revanche, près une forest de ce pays appartenante au Seigneur Comte de Laval, en son Comté de Montfort. Il y avoit deux jeunes Damoiselles, seules héritières, lesquelles pour leur beauté, biens, et bonne grâce estoient recherchées de beaucoup en mariage : entre autres se mit sur les rangs, et s'équipa un de leurs voisins bon Gentil-homme, mais non trop brusque ny ouvert, ains un semblant trop grand ménager, retraieur de terre ^, et docte annicheur de poules au demeurant, de bon entendement pour l'âge estant jeune et bien riche : qui un matin leur alla dire le bon jour, faisant excuse ne vouloir passer si près de leur maison, sans leur faire offre de sa personne, et ce qu'il pourroit de service

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