‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 16 sur 219 · Métamorphoses, livre IX · texte numérisé non relu

Métamorphoses, livre IX

30 Contes et Discours

controuvé, et qui fit que les battus paierent l'amende. Un jeune homme, dit il, appelle Philisiterus s'énamoura d'une jeune Dame belle et de bonne grâce, femme d'un homme d'authorité, mais cruel, fascheux, et tellement contregardant ' ceste pauvre désolée, qu'elle ne faisoit pas ne marche, qu'une longue traisnee d'espions ne luy fust ordinairement en queue et sur les talons. Philisiterus seut bien faire son profit de tout, n'eut moyen plus exprès que d'alléguer cette prison et captivité, laquelle il luy fit proposer et mettre en avant par un ser\qteur appelle Myrmece, ayant la principale charge se tenir près, et avoir l'œil sur sa maistresse, et sans cesse estre au guet et en sentinelle, lequel il avoit gagné et pratiqué par argent et promesses, grands couratiers et maquereaux en tels affaires, au moien desquels sa folle liberté fut relaschee et aucunement deschargee : car sous cette confidence de loyauté il entra de nuit chez ceste Damoiselle, où il fit ce qu'il voulut. Mais voici le desastre : le mary survient (ayant sans cesse un tableau de soubçon audevant ses yeux) qui frappe à l'huis, non un seul coup, comme l'on doit aux portes de respect, mais en grands, trac trac, à la mode des mascarades, par tant et tant de fois, que le pauvre amoureux n'eust loisir que s'affubler de son manteau, se mucer ^ et cacher en un coin, qu'on l'eust bien mis en la

Page 1