‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 166 sur 219 · Jeune sanglier · texte numérisé non relu

Jeune sanglier

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qu'il avoit en sa forest , que par advanture Prince de la Chrestienté n'avoit de pareil '. Lupolde dit luy souvenir d'un procès, où le seigneur fecdal par force de desherance et biens vacans, avoit et ses prédécesseurs avant, jouy d'un héritage par un long temps, et que l'héritier empeschant icelle jouissance, avoit produit pour tesmoin Olivier Macé de la parroisse de Channe, aagé de six vingt sept ans, par l'attestation mesmes de Robin Toutfés, Jean Joullaud, Jean Besenaye, le moindre d'iceux aagé de quatre vingt ans ; et tel de cent dix ans, la déposition duquel commençoit {il y a cent ans'> : au moyen de laquelle Iheritier fut ressaisi et remis en son héritage. Eutrapel dit, que le commencement de l'histoire Paole Jove, Que tout estoit en paix, a esté jà piecà jugé le plus beau front et magnifique rencontre de livre qui se puisse voir, si le demeurant estoit assez véritable. Les premiers 40 ans de ce vieillard Macé 'continuoit Lupolde) furent emploiezau mestier de cousturier, et sonneur de tluste qu'il appelloit un Contre sont ces flustes qu'on fait à Crouteles, larges par le milieu, et à deux accords) : il employa les autres quarante à plaider et tracasser, et un très mauvais voisin et ergoteux : le reste, qui revenoit à bien cinquante ans, s'en alla en finesses et faux tesmoignages. Car qui luy eust demandé, s'ileust esté présent à la trahison de Roncevaux, bataille d'Azincourt, ou d'Auray, il eust franchi le saut hardiment, et dit qu'ouy : tant il se tenoit seur

! . Cette anecdote fait l'ornement de tous les traités de macrobiotique, mais personne ne l'a rapportée à du Fail.

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de ce qu'il y a trois sortes de gens qu'on ne peut desmentir, les grands Seigneurs, ceux qui ont fait longs voiages, et les vieillards '. Si quelquefois il estoit prins sans verd, et en mensonge, il n'avoit autre defence, sinon qu'il estoit vieil et resveur, ce qui luy servoit aussi contre ces créditeurs, à qui il estoit obligé. Son dernier refuge estoit, d'opposer et empescher les bans de mariage, disant au Curé, fust ou ne fust, que les fiancez estoient parensce qu'il diroit en temps et lieu : mais ayans accordé avecques luy, et la main garnie, il se desdisoit le Dimanche après, et depuis qu'il avoit songé à sa conscience, qu'on passast outre, pour tout luy, et qu'ils n'estoient plus parens. Mais quelque chose qu'il fust, si n'y avoit il acte public en la parroisse, comme baptistaires, commères, noces, mortuaires, et frairees^, que sa portion ne luy fust gardée ou envoyée, suivant sa longue possession et prescription : ce qu'il n'eust pris par forme d'aumosne, tant il estoit encore glorieux : les bonnes gens aussi, pour luy estre presque tous parens, et descendus de luy, et pour ne le fascher, accordoient tout ce qu'il vouloit. Il n'est vieil, qui ne le pense estre, dit Eutrapel : j'encognoisquisur lesoixantiesme an sont en perpétuelle fièvre, jusques au soixante troisiesme, qu'on appelleans Climacteri-

I . Il faut toujours, ce qu'on ne fait pas ordinairement, tenir bon compte de cette juste remarque dans tous les cas de longévité prétendue extraordinaire. C'est ce qu'a fait dernièrement un écrivain anglais qui est arrivé à les réduire presque tous à des chiffres acceptables. V. Human longevity ; ils facts and its fictions, by W. J. Thoms. London, 1873.

i.Fraines. La Fontaine a beaucoup utilisé ce mot.

Du Fail II 19

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ques ', qu'ils croyent, ignorans qu'ils sont, leur estre mortels, ou beaucoup d'eux sous ceste fausse persuasion Payenne, et nullement Chrestienne sont demeurez morts : Petenîi nunquam deest, La mort à qui la souhaite est sur sonespaule, Nos jours sont contez voirement, selon ceste grande prevoiance de Dieu, qui sait et voit tout, mais il nous a eslargi des moiens pour iceux entretenir longuement : mesme mis au rang d'un grand heur et félicité, le nombre long d'iceux. Les Septentrionaux, ainsi que disent leurs histoires, ce que rapportent aussi nos marchans de mer 2, vivent deux cens ans et plus, à cause de leur simplicité de vie, et sans délicatesse : les Saxons, Escossois, et Anglois, plus approchans de nous, ayans travaillé sans cesse, jusques à midi, ne feront meshuy que manger et banquetter ensemble. Et pour nous Occidentaux, et neantmoins tirans sur le froid et Septentrion, nous est requis pour la conservation de l'humide radical, et alongemient de vie, dormir longuement, [et user de laitages et de bon vin sans excès. Mais je suis en un doute sans toutesfois vouloir disputer, ny entrer en compétence avec nostre Seigneur, qui est la cause de voir sur terre tant de meschans vieux, et de grand aage. Responce, dit Polygame, Qu'il pleut sur les justes et injustes, sur les bons et meschans esgalement.

1. Toutes les années multiples de 7 étaient climatériques dans la doctrine hippocratique mal comprise et entremêlée de superstitions cabalistes, mais plus spécialement la soixante-troisième et la soixante-dixième.

2. Voyageurs. On croit encore à une plus grande longévité des gens des pays froids.

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pour nous amener à repentance de nos fautes. Aussi que les meschans tant vieils sauroient ils estre, ne vivent pas, ains ainsi languissans en leur vie détestable et corrompue, meurent à petit feu, et les bons contemplans incessamment les grandsetesmerveilleux(a)faitsdeDieu,serendent par leur sainte vie et conversation, compagnons des Anges, avec lesquels leurs esprits retirez des vanitez de ce monde, commencent] 'à mesnager et familiariser ensemble, passans de ce siècle en l'autre, sans bruit, sans peine, delogeans d'une chambre maldressee, pour entrer en la prochaine, triomphamment parée. Et verrions encore si tout alloit bien, et qu'on fist revivre ces belles fondations, collèges et entretenemens des anciens Chevaliers, et autres personnes cassées, reflorir ces

a, Var. : esmerveillables.

I . « Et aussi user de laitages et de bon vin sans par trop grand excès. Mais je suis en un doute /or/ csmcrveillable sans toutesfois ne vouloir /3(25 disputer, ny entrer en compétence avec nostre Seigneur, qui est la cause de voir sur terre tant de meschans vieux, et de grand aage. Or donc pour responce, dit Polygame, Qu'il pleut sur les justes et injustes, et aussi sur les bons et meschans esgalement, or pour nous amener à une juste et fort bonne repentance de nos fautes. Et parce aussi que les meschans tant vieils sauroient -ils estre, (75 ne vivent pas, ains ainsi languissans en leur vie détestable et corrompue, mais ils meurent à petit feu, et parce ainsi les bons contemplans incessamment les grands et esmerveilleux faits de Dieu, ils se rendent par leur sainte vie et fort bonne conversation, compagnons des Anges, avec lesquels leurs esprits retirez des vanitez de ce monde, ils commencent alors... »

Tout le passage entre crochets a été allongé démesurément et au détriment de la marche de l'idée dans l'édition de 1 603 . J'ai cru devoir montrer dans cette note ce travail malheureux d'arrangement.

2C}2 Contes et Discours

vieux Philosophes et Saints personnages, lesquels vivans ensemble après leur prière à ce haut Dieu, achevée, ne feroient que chanter, apprendre, ouïr conter et discourir entr'eux des sacro-saincts et mystérieux ouvrages de sa Majesté, appaisans par leurs dévotes oraisons son ire et indignation, lesquelles autrement issans d'un vilain et sale vaisseau de ceux qui tiennent ces belles places, l'irritent et courroucent d'avantage. Et de fait si les anciens Payens nourrissoient, comme disent Plutarque, et Varro, les bœufs, chevaux et mules du public tant qu'ils pourroient vivre : pourquoy nos Princes Chrestiens , suivans le chemin de leurs devanciers, ne feront le semblable aux vieilles gens, qui ont bien vescu et profité en quelque chose à la Republique ? mais ils sont morts.

De la Moquerie.

Polygame qui distribuoitle plus de son plaisir aux honnestes combats de ces deux parfaits amis, escoutoit Lupolde, se plaignant des humeurs melancholiques et fascheuses, dont Eutrapel tout revesche et haut à la main, le recherchoit souvent, et plus encore de ce qu'à tous propos il se moquoit de luy : pardonnant de bon cœur à ce qu'il pouvoit accuser ou deffendre en leurs communs propos, encore qu'il y eust de l'aigreur, et qu'ils ne le quittassent ' pas aise-

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