‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 188 sur 219 · I. Incitation, conseil · texte numérisé non relu

I. Incitation, conseil

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quoy il permettoit la cheute et péché d'Adam, et autres, lesquelles il faut reserver à l'inscrutable conseil, et providence de sa Majesté: Comme très bien l'a dit S. Paul, et après S. Augustin, et se contenter que ceste dispute de prédestination implique en soy et nourrist plusieurs contradictions, lesquelles bien prinses et entendues, ne le sontaucunement. Commesi quelqu'un disoit, Puis qu'il est prédestiné que je dois avoir des enfans je n'ay que faire me marier. Ce qui est neantmoins très faux et contre l'ordre estably en ceste nature, qui est Dieu : lequel n'est jamais contraire à soy, etciijus centrum est ubicjue, circumferentia verà nusquam. Ce seroit confondre la Justice, avec l'injustice, le bon au mauvais, la liberté à la servitude, et l'obéissance avec la désobéissance, le chaud au froid, le blanc au noir : qui neantmoins soustiennent le cours et ordonnance invariable de cest Univers. Captivons donc à bon escient, et mettons en prison ces hautes et profondes, mais bien lourdes et sottes cogitations et disputes, demeurans sous l'enseigne de la Foy et Espérance, promise par le moyen de nostre Sauveur et Seigneur Jésus Christ : hors lequel nous sommes perdus, ja déclarez acquis et confisquez à Sathan, nostre ennemy perpétuel. Lors que ce bon Empereur Constantin fit amasser tant d'hommes de savoir au Concile de Nice, plusieurs Philosophes faisans merveilles de disputer s'y trouvèrent aussi. L'un desquels, et le plus babillard, estonnoit les assistans par ses fins et cauteleux argumens touchant les effets et productions de Nature : jusques à faire perdre la parole à plusieurs grands personnages Chrestiens. Ce que

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voyant un bon vieillard, qui onc n'avoit estudié se présenta devant ce Philosophe, disant : Escoute au nom de Jésus Christ, il y a un Dieu qui a fait le Ciel et la terre, et toutes choses qu'on peut voir, et qu'on ne peut voir : le tout par sa parole, et par la confirmation de son saint Esprit. Ceste parole, appellee le fils de Dieu, ayant pitié du genre et condition des hommes, lesquels vivoient en infinis erreurs, voulut naistre d'une femme, demeurer en ce monde, souffrir mort pour nous racheter de la prison où Adam nostre premier père, nousavoit par sa désobéissance consignez: et retournera pour juger ce que chacun aura fait en sa vie. Ainsi nous croyons très fermement cela, demeurans en ceste foy et asseurance, sans en disputer : ni entrer en autres questions, qui surpassent de trop loin nos pauvres quant à ce, et misérables entendemens. A ce moien, ne te travaille pour néant chercher par démonstrations et apparences naturelles, comme cecy ou cela est possible, ou autrement. En quoy il ne faut apporter que la nue et simple foy : car Jésus Christ et ses Apostres après luy nous ont enseigné laisser tels langages curieux et superflus, comme est la Philosophie, estant leur parler net et pur, laquelle il faut garder en croyant en l'Evangile, et faisant les oeuvres contenus en iceluy. Dy moy, crois tu cela ? Ouy, respond le Philosophe, touché et atteint de ceste vive voix : confessant que ta parole m'a vaincu. Et dit l'histoire Ecclésiastique qu'il amena ses autres compagnons Philosophes à la cognoissance et profession de l'Evangile : tant a de poids et vaut la parole d'un homme de bien, et principalement quand il s'agist des

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points et articles de la religion : où les chiquaneries, sophisteries, et prudences humaines sont froides, superflues, et sans réplique. Reste donc monstrer par grands et amples tesmoignages des Escritures, comme toutes les actions de Jésus Christ, et ce qu'il a fait en ce bas monde, lors que de sa présence il l'a voulu honorer, et tou't ce qui est escrit de luy aux sacrez saints Evangiles, est peint au vif et designé en la sainte Bible. De laquelle, comme dit élégamment Justin, vos Hésiode, Democrite, Platon, et Pythagoras, ont puisé et apprins leur Philosophie et cognoissance de plus haut, mais couverts et bandez d'un gros voile, ainsi que dit Tatianus. Donc par ceste grande disposition et providence incompréhensible et sans mesure de Dieu, laquelle fait trembler toutes intelligences humaines, fut dit et est escrit en Genèse : Le sceptre ne sera point osté de Juda, ne le législateur d' entre ses pieds , jusque à ce que Sillo vienne, et à luy s'assembleront les peuples. Ce mot Sillo est interprété entre les Hebrieux,50A2yî/5; entre les Chaldeens, Messias: entre les Grecs, celuy qui doit cstrc envoyé. Or il est très certain, comme attestent Josephe et Eutropius, que lors que Jésus Christ fut manifesté aux hommes, et au mesme temps qu'il habitoit avec eux, le sceptre estoit bien osté de Juda, quand les Juifs estoient tributaires et sous la puissance des Tyrans de Rome, le pays de Judée et la Syrie joints et assemblez en un corps et Province : Les Sacrificateurs et Prestres estoient commis et députez par les Proconsuls et Magistrats Romains , à servir un an seulement : combien que par la Loy Mosaïque ils fussent

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perpétuels. Bref, l'Estat des Juifs transféré ailleurs, et en tout et par tout desordonné et confondu : et au lieu de la loy et cérémonies supplanté le règne de grâce et miséricorde : et les tourbes du peuple enseignées par Jésus Christ, qui fut incogneu aux prestres comme Messias : suyvant la Prophétie d'Isaye : Le bœuf a cogneu son maisîre et Vasne sa crèche, mais Israël ne m'a point connu : estimans que le règne du Messie fusî guerrier, et temporel. Au moien de laquelle ignorance, eux qui estoient jadis le peuple esleu de Dieu, furent séparez de l'Evangile et la cognoissance d'iceluy transmise aux autres nations pour effectuer et accomplir la promesse faite à Rebecca, par laquelle Dieu luy dit, qu'elle portoit deux peuples en son ventre figurez par Esau et Jacob : le plus grand desquels serviroit le moindre. Ce qui est conforme au Prophète Michee, quand nostre Seigneur dit : fappelleray celuy qui n'est pas mon peuple, mon peuple : Ceste ignorance, que le Messias devoit estre un grand Prince, triomphant, riche, et grand conquereur, avoit aussi passé, et remué l'entendement des Roys et potentats qui estoient lors : lesquels scavoient très bien qu'il devoit, selon les Prophètes, issir de la race de David. Qui fut cause comme escrit Philon le Juif, qu'Herodes (lors tenant en fief la Judée sous Auguste, pendant l'Empire duquel nasquit le Sauveur du monde, Jésus Christ) fit tuer en iceluy pays de Judée soixante et dix Juges sortis de la lignée de David : et outre, comme raconte Eusebe, brusler les noms des familles des Juifs, leurs registres et généalogies, pour effacer la postérité de David,

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et supplanter par tels moyens la sienne, encore qu'il nefust noble, ains extrait d'un serviteur au temple d'ApoUo en la ville d'Ascalonne. Vespasien et son fils Domitien Empereurs, touchez de ia mèsme peur firent chercher durant les martyres et persécutions qu'ils exercèrent contre les Chrestiens, tous les Juifs qu'on disoit et soupçonnoit estre descendus de la lignée de David : disant le mesme Eusebe, qu'on présenta à Domitien par forme de moquerie, deux pauvres hommes, qu'on en disoit estre issus : lesquels interrogez, respondirent que véritablement ils en estoient, outre leur fut demandé s'ils estoient fort riches, dirent que non, et que tous deux avoient seulement de rente, neuf journaux de terre, fort chargez de taille : qu'au reste ils vivoient au travail de leurs bras, monstrans leurs mains qui clairement le jugeoient. L'Empereur demanda quelle opinion ils avoient du Messias, de son Empire, quel il devoit estre et où il devoit régner ; lesquels respondirent que le règne de Christ n'estoit pas de ce monde, ne terrien, ains céleste et d'en haut, qu'en la fm il viendroit en sa gloire juger les vifs et les morts, et rendre à chacun selon qu'il auroit fait en sa vie. Quoy fait, Domitien ne les condamna à la mort, comme il faisoit les autres Chrestiens, ains les laissa en liberté : et- de là depescha un Edict. pour faire cesser les persécutions. Mais quelle plus expresse et forte confirmation de ce que dessus, voudroit on demander, que ce que le prophète Daniel a tant clairement et apertementescrit du Sauveur, du temps certain qu'il devoit venir en ce monde, ses actions, sa mort, et sacrifice dernier, plus de quatre cens ans paravant tout ce ? Je sçay bien que les

Juifs d'aujourd'huy, voyans ne sçavoir quelle pièce y coudre icar le temps, qui estoit quatre cens quatre vingt dix ans, est en ce jour 1585 passé plus de trois fois) disent que Daniel ne sçavoit pas bien lors qu'il disoit. Blasphème très horrible, et où les prédécesseurs Rabbins navoient onc songé : mesme qu'en leur langue ce mot Daniel est interprété ; jugement de Dieu et est le proverbe entre les Hébreux, Sage comme Daniel^ voyez le 28. chapitre d'Ezechiel.

Voicy donc qu'il dit au chapitre neufiesme : « Enten donc la parole (enten la vision) il y a )) septante semaines déterminées sur ton peuple, « et sur ta saincte Cité, pour finir la desloyauté, » etsigner le péché, etpurgerl'iniquité, etamener » la justice des siècles, et pour clore la vision et » la prophétie, et oindre le S. des Saincts. Tu » cognoistras et entendras depuis l'issue de la » parole, que Hierusalem soit restaurée et ree- » difiee, jusqu'au Christ le Prince, sept semaines, w et soixante deux semaines, et derechef sera » édifiée la rue et la bresche au destroit des « temps, et après soixante et deux semaines le » Christ sera défait, et non pas pour soy mais » pour ses esleus, et le peuple du Prince avenir » destruira la Cité et le Sanctuaire, et la fin sera » en destruction et jusques à la fin de la guerre, « sera ruinée par désolations : mais il confermera « l'alliance à plusieurs, par une semaine, et au » milieu de ceste semaine, il fera cesser le sacri- » fice et l'offerte. Et pour l'estendue des abomi- » nations, il y aura désolation jusqu'à la con- » sommation, et ruine déterminée distilera sur » le désolé. »

Or sept semaines, comme il est dit au Leviti-

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que, chapitre vingt cinquiesme, valent quarante neuf ans, chaque semaine pour sept ans : au moien de quoy soixante et dix semaines dont parle le Prophète, font quatre cens quatre vingt dix ans , qui est proprement et justement le temps auquel Jésus Christ nostre Sauveur descendit en ce bas monde. Et pour le regard de ceste très grande, mystérieuse, et infinie Trinité : elle est à l'œil escrite au dix-huitiesme du Genèse, quand il est dit : « Et voicy trois personnages » se representans devant luy (Abraham) et luy » les ayant apperçeu courut au devant d'eux dès » l'huys de son pavillon, et s'enclina ' à terre. » Puis dit, Monseigneur, je te prie, si j'ay trouvé » grâces envers toy, ne passe maintenant outre » ton serviteur. « Et par tout au mesme chapitre Abraham appelle les trois Anges, Dieu. Aussi devoit Jésus Christ issir de sa génération et lignée, quand au mesme lieu il luy est dit : Et sien toy (dit le Seigneur) seront benlstes toutes les familles de la terre. Et consécutivement, et de mesme à David, quand le Prophète Hieremie dit, chap. 5 5. (]uc le germe de David sera le Dieu de nostre justice. Maisisaie, que plusieurs anciens ont estimé estre la lecture desmesmes Evangiles dit chapitre septiesme : Pour ce le Seigneur vous donnera un signe, voicy la vierge concevra, et enfantera un fils, et appelleras son nom Emmanuel. Ce mot Emmanuel, comme il est sçeu de tous, signifie Sauveur ou Dieu avec nous. Encore un texte d'iceluy Prophète chapitre neufiesme, pour la suite d'icelle nativité. « Car le petit enfant

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