‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 197 sur 219 · I. De la traduction de Cl. Marot · texte numérisé non relu

I. De la traduction de Cl. Marot

d'Eutrapel. 351

à peu s'en vont et se desrobent, couler. C'est à ma maison aux champs, que j'ay accommodée par ces années, et rendue au terme' d'une vraie habitation philosophale et de repos : à l'entrée et au front de laquelle Janvier, ce gentil maçon de Saint Erblon a gravé ces mots :

Inveni portum, Spes et Fortuna valete.

Adieu le monde et l'espoir, je suis bien.

Je l'ay bastie d'une moienne force, pour faire teste aux voleurs, coureurs, et à l'ennemy, si Dieu me vouloit chasîier en ceste partie : sous le crédit de quelques petites eaux qui l'environnent, avecques les pourpris, bois, jardin et verger. Aux vergers me trouverez travaillant de mes serpes et faucilles , rebrassé jusque au coulde, couppant, tranchant et essargottant^ mes jeunes arbrisseaux, selon que la Lune, qui besongne plus ou moins en ces bas et inférieurs corps, le commande. Aux jardins y dressant l'ordre de mon plant, reiglant le quatre des allées, tirant ou faisant découler et venir les eaux, accommodant mes mouches à miel : distillant les herbes, fleurs ou racines, ou, qui mieux vaut, en faisant des extractions d'icelles, et les rendant en liqueur espoisse : et me courrouçant, d'un pied suspendu en l'air, et attentif, contre la taupe et mulots qui me font tant de mal; semant diverses et estranges graines : mariant et joignant le chaud au froid; attrempant le sec de la terre, advançant les derniers fruits, et contre-

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