‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 72 sur 219 · Les Oxydraques · texte numérisé non relu

Les Oxydraques

3. Les Malles. Pour ces deux peuples, V. Quinte Curce, livre IX.

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gent trop avant aux affaires de leurs voisins, sans charge et consentement : occasion que Lupolde ne voulant user de sa plaine victoire, ains jetter la truye au foin ', et escarter et tourner ailleurs ce qui s'estoit passé, dit qu'on ne s'esbatoit plus comme l'on faisoit de son temps, et n'entendoit rien à gouverner le monde, que tout alloit de travers. Lors Polygame voulant relever Eutrapel, désarçonné et terrassé par Lupolde, qui espioit et estoit tousjours au:: escoutes pour enferrer le pauvre Eutrapel, libre et volontaire parleur, dit qu'on se jouoit et esbattoit autant ou plus que jamais : mais Lupolde, mon bon amy, on ne nous y appelle pas, c'est le malheur : car nous estimons (trompez que nous sommes en l'abus de nostre vieillesse) avoir plus faict que nos jeunes hommes, nous en vantons, en attisons nostre feu, et telle est nostre profession et condition, mais on ne nous y appelle pas. Et pour les contenter tous deux, adjousta, que le vrai chant et propre à tout bon chrétien, qui croit la Saincte Trinité, la resurection et renouvellement des corps, le Jugement horrible de nos œuvres, et de ce que nous aurons bien ou mal fait, la miséricorde et la Justice divine, la vie éternelle et à jamais, estre celui des Pseaumes de David : car toutes autres chansons je n'en excepte une seule, sont vrais filets et pièges pour donner le saut ^ et faire tomber à la renverse la pluspart des femmes et filles, qui les chantent ou escoutent : merveilleuse invention

! . Tourner la truie au join, c'est changer de discours. 2. L'assaut.

Du Fait II 9

1 jo Contes et Discours

du Diable, pour souiller et contaminer ces pauvres corps, que l'Écriture Sainte appelle temples de Dieu, lorsqu'ils sont entiers, purs et non vitiés , sinon par le moyen de ce sainct lien de mariage. Eutrapel voyant que Lupolde ne pouvoit avaler et moins digérer telles pillules de Psalmes, qui curoit ses dents avec un fer d'Esguillette, juxta illud :

De quatre choses Dieu nous gard Des Patenostres du Vieillard, De la grand' Main du Cardinal , Du Cure-dent de l'Admirai, Et la Messe de l'Hospitai ' :

dit que pour tout certain le sophiste l'avoit perdu à fond de cuve, estoit sans réplique, n avoit que produire, forclos et éternellement-; mais

1 . On a dit aussi : « Dieu me garde de quatre maisons : de la taverne, du lombard (prêteur sur gage) de l'hôpital et de la prison » m.ais ici le vieillard est le connétable Anne de Montmorency qui suivant Branthome, Vie des grands capitaines français, profitait du moment où il disait ses patenôtres pour donner ses ordres et ne s'interrompait que pour commander : Allez-moy pendre un tel... Taillezmoy en pièces tous ces marauts, bruslez-moy ce village, mettez-moy le feu partout. » Les deux autres points roulent sur l'influence du cardinal de Lorraine, Charles de Guise ; et sur l'habitude qu'avait Coligny de mâcher un cure-dent lorsqu'il était engagé dans une affaire grave. Enfin le quatrième a trait à l'accusation d'hérésie dirigée contre le chancelier de l'Hôpital que l'on trouvait trop faible vis-à-vis des calvinistes.

2. Était exclus du débat ; la phrase précédente signifie : n'avait aucune raison à avancer. Ceci fait comprendre que la forme de 1732: « n'avait que produire des forclos éternellement » est fautive. Elle a amené M. Guichard à rendre forclos par : réponses évasives.

d'Eutrapel. 13I

le paillard de Lupolde, qui onc ne se laissa vaincre, qu'il peust seulement hausser le doigt (nam turpe est vinci) fust à nier pour son plaisir les choses plus cognues, ou maintenir opiniastrement toute espèce de faux, comme les Advocats font quand il leur plait : dont est venu ce mot, de Bon Advocat, mauvais Juge, marmotoit, minutoit et forgeoit un plein sac de responses et contredits : mais voyant la force et véhémence du continu et perpétuel langage d'Eutrapel, qui le recommandoit à une paire de diables de chambre et my-creus, se retira, protestant ne boire plus avec lui. Non de l'eau, dit Eutrapel, mais au cas que, devant souper je ne le mette les quatre fers contremont, après avoir beu, selon l'exigence du cas, marché nul. Je cognois le paroissien, qui, pour son vin de coucher entonne volontiers en franc-fief et nouvel acquest, un pot de vin tout comble, mesure de Becherel, sur sa précieuse et dévote conscience, sans y appeller parent ne amy qu'il ayt, et sans autre décret ou autorité de Justice, ne convocation d'États. Ho! Vertu-Dienne, c'est un homme que Dieu nous devoit, il n'a pas le nez découpé [a], comme l'autre avoit : et sur cette assurance je vous donne le bon soir.

De trois Garces.

Ceux qui entendent (je croy que tous, sans exception) combien il est dur accomplir le

a. Var. : d'estain.

152 Contes et Discours

vœu de continence , pour estre un don rare et à bien peu communique, ainsi que dit l'Ecclésiastique ' , à un homme principalement bien nourry , qui ne faict que peu ou rien, et l'opposition que ce vieillard prestre Paphnutius forma au Concile de Nice ^ le premier, soustenant que les gens d'Eglise doyvent estre continuez en leur possession de mariage , comme chose légitime et ordonnée de Dieu : jugeront aisément qu'une pauvre garce abandonnée, de laquelle je vous veux faire le conte, n'estoit sans partie ?, et qu'on luy fit bien et loyaument gaigner ses despens, lors qu'elle se trouva dedans un Convent je ne say de quel ordre où les habitans et bourgeois d'iceluy estoient , principalement les moins qualifiez , affamé de cest apetit et désir de taster à la chair, où ils ne touchoient qu'aux grand'sfestes, et à la desrobee. Trois bonnes pièces de telle marchandie , pour vous dire que c'est 4, devisoient de plusieurs notables choses, et s'enqueroient l'une l'autre, lesquels de ceux qui les avoient embrassées, estoient plus gentils compagnons, et expérimentez en ce mestier : La première dit, que si tous ceux

1 . Cette difficulté qu'a l'homme de garder la continence est telle qu'il a fallu que les casuistes s'ingéniassent à trouver des procédés, pour combattre même l'incontinence involontaire, ils eussent mieux fait de suivre l'avis de Paphnutius, mais ces procédés démontrent au moins l'étendue de leurs connaissances physiologiques. On pourra s'en rendre compte en consultant, à la page 162, le De rébus venereis ad usum confessariorum auctore D. Craisson, édité en 1870 chez Poussielgue frères.

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