Filets
2. Buffon rappelle à ce propos qu'Aristote, se fondant sur le temps de la gestation et de l'accroissement du cerf, dit avec raison que ces signes n'indiquent rien moins qu'une longue vie. Il ajoute : « Cependant, malgré cette autorité qui seule aurait dû suffire pour détruire le préjugé de la longue vie des cerfs , il s'est renouvelé dans des siècles d'ignorance par une histoire ou une fable que l'on a faite
Du F ail II II
i62 Contes et Discours
Il vous peut souvenir, dit Eutrapel, de ce gentil renard que nous prismes vif aux garennes de Chasteau-letard , auquel, pour avoir bien défendu son fort, fut au jugement mesme des femmes , ausquellts il avoit mangé quelques poules, donné la vie pour ce coup, avec un billet de parchemin attaché au col, où son procès estoit escrit, et la cause de son eslargissement : il fut quasi prest à passer le pas, ayant attendu le canon, car toutes les pelés des Chasteliers et de la Siraonnerie y avoient bêché : mais on discit qu'il estoit défendeur de bonne foy, et que la maison est à chacun une seureté publique.
Du temps présent et passé.
Du temps du grand Roy François on mettoit encore en beaucoup de lieux le pot sur la table, sur laquelle y avoit seulement un grand plat garny de bœuf, mouton, veau, et lard, et la grand'brassee d'herbes cuites et composées ensemble, dont sefaisoit unbroùet, vrai restaurant, et elixir de vie, dont est venu le proverbe, La soupe du grand pot, et des friands lepotpourry. En ceste
d'un cerf qui fut pris par Charles VI. dans la forêt de Senlis et qui portait un collier sur lequel était écrit, Ctssar hoc me donavit, et on a mieux aimé supposer mille ans de vie à cet animal et faire donner ce collier par un empereur romain que de convenir que ce cerf pouvait venir d'Allemagne, où les empereurs ont, dans tous les temps, pris le nom de César. » Histoire naturelle, article Cerf.
d'Eutrapel. 165
meslange de vivres ainsi arrangée, chacun y prenoit comme bon luy sembloit, et selon son appétit, tout y couroit à la bonne foy : ne se presentoit, comme en ce jour : une certaine graine d'hommes qui ambitieusementdepartissent les morceaux, faisans les rangs par les premières distributions d'iceux, mescontentans et tirans les conviez en diverses jalousies, tous ymangeoienî du gras, du maigre, chaud ou froid, selon son apetit , sans autre formalité de table, sausses , et une longue platelee de friandises qu'on sert aujourd'huy en petites escueles remplies de montres seulement ' : Aussi nos hommes ainsi vivans, de fumées, discours, baise-mains, et révérences, ne sont que demy hommes, longuets, gresles comm.e sang-sues, dissimulez comme renards, et affettez comme l'eguille d'un peletier. N'a pas longuement qu'un mignon ainsi efféminé, refrisé, enchiff/é, godronné, faisoit la guerre par gausserie à un vieil Capitaine, l'appelant gros tripaut, ventre de Suisse, bandoulier de cuisine , tripier d'Amboise, moustardier de Dijon, et saucice de Nantes 2, et que le Roy estoit bien servy de ces grosses panses. Ha ! beau fils mon amy, petit Perroquet mignon, luy respondit il, je ne dypas que par petites subtilitez Espagnoles, et ruses de montagne toy et tes semblables ne puisse harasser une armée, avec ta petite lance, ton petit cheval, ton petit pistolet : mais au cas que trois mille hommes de cheval que je choisiray bien encore en
1. Remplies seulement de choses légères et sans valeur nutritive.