Tranches
d'Eutrapel. 165
revanche versoient en hauts verres de fougère à chacun sa fois à boire de beau citre, faisant sur le haut une infinité d'escumeuses pointes d'aiguilles pour humecter et rafreschir le foye, et ramolir les duretés du ventre, les plus âgés s'asseans au beau milieu de la table, après avoir prié Dieu par la bouche d'un petit enfant : puis la jeunesse se pesle-meslant sans ordre, sans cérémonie, sans envie, sans grands respects, ja évacuez et perdus par ce beau patron de l'humilité des anciens, triomphoit de bien mordre, et griffer de bon apetit; chacun disant le mot, comme tout est compagnon à la table et au jeu. Qiielque espace de temps grâces dites, et les napes et tables ostees, les bonnes gens prenoient plaisir à voir dancer en toute modestie ceste jeunesse, au son de Lenard tabourineur, laquelle après faisoit partie à jouer au palet, tirer la barre, une longue paume: les autres defendoient un fumier assailly à belles longues perches, et furgons mornez' et couverts de foin ou paille, sans aucune contention ny débat. Voyla une partie de la vie et exercices des Gentils-hommes d'alors : leurs habiliemens pour les jours de festes, comme le pourpoint de satin, chausses boufantes et rempliees de tafetas, le bonnet de velours, la plume blanche bien atifee, la cappe de drap ou frise 2, et l'escarpin bien
1. Le furgon ou fourgon est le bâton dont se servent les boulangers pour remuer la braise dans le four. Nous disons encore fourgonner pour tracasser le feu. Le fourgon morné était celui dont la pointe avait été émoussée ou, comme le dit du Fail, enveloppée de paille ou de foin. On appelait morné ou lance courtoise une lance émoussée.