SONNET
Quand je lis tes Discours, Eutrapel, aggreables.
Uoctes-dous, sacré-saints, je te dis un Proté, Un Proté, non humain : car nostre humanité Ne peut représenter des faits si variables.
Tantost parlant de Christ, tes propos admirables Nous font voir qu'en tes sens quelque divinité, Son empire exerçant, sainte, t'a incité A ces lieus esclarcir obscurs, mais véritables.
Puis abbaissant ton vol, nous promenés en terre, Au vif representans les bigearres humains, De leurs esprits les fruits, et les fruits de leurs mains :
Lorsque vivant aus champs, gaillard, tu fais la
guerre Par lignes, par filets, et par menus gluaus, Aux animaux muets, forestiers et oiseaus.
Pibareil.
Nostre Dieu en foy (a) et d'esprit On doit servir par Jésus Christ :
En luy seul ton appuy se fonde, Le reste n'est rien que du monde.
De ton labeur gaigne ta vie, Vivant chez toy sans jalousie.
Femme pren, qui l'obéissance Apporte plustost que chevance.
Il faut rendre de mesme grâce Le pareil que veux qu'on te face.
L'esprit tousjours tendu aux Cieux Par ce moïen * vivras heureux.
a. Var. : en soy (1603).