‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 149 sur 211 · P. Rebuffi, jurisconsulte · texte numérisé non relu

P. Rebuffi, jurisconsulte

232 Contes et Discours

avoir esté contraincts les pauvres plaideurs, après y avoir employé et mangé leur substance, marier leurs enfans avec telles sangsues, faisant par là une infinie confusion d'ordres, bigarrure de conditions etqualitez, marians et assemblans l'espervier avec la huppe, la colombe avec le milan : et en conséquence une telle diformité en ce Royaume, que tout s'en iroit sen-dessus-dessous, qui n'y mettra ordre ' : remettant les choses en leur premier estât et splendeur, c'est à savoir que le tiers des biens Ecclésiastiques soit baillé et rendu aux pauvres des paroisses où ils sont : que le Gentil homme espouse la Damoiselle de race, suyvant les anciennes loix, de maritandis ordinibus, et celle de prosapia, et qu'il soit seul administrateur de la Justice : que le marchant se contienne en son mestier, et se marie avec une femme de son estât, à ce que le train de marchandie ait son cours, et ne soit interrompu : que le laboureur demeure en la beauté, et facilité de ses champs : et lors sera tout le monde content et satisfait, chacun suivant et embrassant la condition et vacation où Dieu nous a appeliez. Quant à choisir les Juges et Magistrats, on a tant de fois recuit et rebatu ceste matière, qu'il ne s'est trouvé que le Roy Louys unziesme pour y avoir donné bon ordre : car d'y aller et procéder par élection et à la voix du peuple, cela se resoult incontinent en brigues, faveurs, et toute corruption : encore moins raisonnable qu'un Prince donne tels offices à ceux qui les poursuivent et demandent, d'autant

i . Si l'on n'y met ordre en remettant, etc.

d'Eutrapel. 233

que par là ils monstrent desja leur indignité, et portent leur refus avec eux en les poursuivant : dont iceluy Prince Louys sachant que l'un et l'autre moyen estoit desraisonnable, envoyoit secrètement personnages qu'il avoit expérimenté n'estre flateurs, ne menteurs, par les Provinces et Gouvernemens de ce Royaume, pour s'enquérir diligemment des preudes gens, et hommes capables pour le service tant de la Justice, que de la guerre, lesquels ayans faict leurs chevauchées ', prenans occasion sur autre charge, luy raportoient par rooles, les noms et surnoms de ceux qu'ils avoient trouvé dignes et reconus pour gens de bien. Lors avenant vacation 2 de quelque estât, ce Prince regardoit sa liste, et le Bailliage où il failloit pourvoir, sans escouter ni ouïr les langues piperesses i et courtisannes de ses mignons : mais il n'en avoit point, comme luy dit le Sieur de Brese 4, ne gens qui le gouvernassent à leur plaisir. Sur le champ faisoit despescher lettres patentes à celuy qu'il avoit choisi sur sondit roole : vray est que ceux ainsi envoyez et déléguez par les Provinces, pour

1 . Leurs tournées d'inspection. On voyageait généralement à cheval.

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