Hêtre
278 Contes et Discours
de sang, qui cause et nourrist la debilitation et foiblesse des membres, asseurans que l'eau n'y vaut rien du tout, non plus que la diette affamée, ou médecine laxative : mais bien faire grand'chere, et tenir les vaisseaux du corps bien pleins et refaits de bon vin et vivres à l'equipolent, quelle opinion venue des Alemans avec leurs sueurs, s'en va gaigner le prix contre l'erreur antique : mais le patient cognoist mieux ce qui luy est propre et nécessaire, pour eschauffer ou refroidir sa douleur, sans s'amuser aux divers conseils et recettes que luy donnent ceux qui le viennent visiter. Euripide à ce propos dit qu'il ne craint point tant la rnesme maladie, comme les redites et répétitions de mots qu'il faut faire à ceux qui le voyent, l'enquerans, combien de tems y a il que vous estes malade, comment est venu le mal, avez vous esté purgé, vous ennuyé il beaucoup, la teste vous fait elle mal, allez vous bien à vos affaires, et autres interrogatoires, dont les mal entendus font la guerre au pauvre patient, qui est contraint leur respondre, s'il n'a donné ordre de les faire advenir qu'il ne soit importuné, ouy, nenny, nenny, ouy. Je leur mettrais un baloy ' au pied de mon lict, dit Eutrapel, comme fit une femme du Puis du Mesnil de Rennes, laquelle estant en plein champ de bataille d'injures verbales avec sa voisine : et voyant n'avoir plus de poudre d'invectives pour tirer et se défendre, mit un baloy à sa fenestre, en disant selon le patois du pays, Palle va olu2. Dom Robert