‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 18 sur 211 · Tunique courte · texte numérisé non relu

Tunique courte

4. En supprimant la virgule entre fléaux et au Liège, comme le fait, du reste, l'édition de 1549, il n'est plus possible de prendre Fléaux pour une ville comme Lohéac ou le Liège ainsi que cela paraît avoir été fait dans les éditions de 1548 1554, 1732, 1842.

ET FACECIEUX. 17

lune, jazans librement ensemble sur quelque bagatelle, rians à pleine gorge ; contans des nidz d'antan et neiges de Tannée passée; et, revenans des champs, chacun avoit son mot de gueule pour gaudir l'un l'autre, et raconter les contes en la journée faitz, chacun contant de sa fortune et du mestier duquel pouvoit honnestement vivre; n'aspirans à d'autres s'ils ne se sentoient suffisans, comme vouloir, ou estre notaire de la cour de Bobita ou d'autres, estre gaudayeur, ou priseur, ou tesmoing synodal '. Lors Dieu estoit aymé, révéré, vieillesse honorée, jeunesse sage, pour Pobject qu'elle avoit de vertu, lors florissante : tellement que je peux, avec tous vous autres, appeler ces temps passes temps de Dieu. Où est le temps (ô compères) qu'il estoit mal aysé voir passer une simple reste, que quelcun du village n'eust invité tout le reste à disner, à manger sa poule, son oyson, son jambon, son premier aigneau et l'ame de son pourceau? Mais comme aujourd'huy se fera cela, quand quasi on ne permet ou poules ou oysons venir à perfection, qu'on ne les porte vendre, pour l'argent bailler, ou à M. l'Advocat, ou Médecin (personnes en ce temps presque incongnues) à l'un pour traiter mal son voisin, pour le déshériter, le faire mettre en prison; à l'autre pour le guérir d'une fièvre, lui ordonner une seignee (que Dieu mercy jamais n'essayay) ou

1 . La Cour de Bobita est un mythe. Gaudeyeur veut dire forestier, de gaud, bois (du Cange); priseur est l'équivalent de notre commissaire-priseur. Pour être témoin synodal il fallait être clerc, tous métiers trop élevés pour de simples rustiques.

i8 Propos rustiques

un clistere ; de tout quoy feue de bonne mémoire Tiphaine La Bloye guerissoit, sans tant de barbouilleries, tripotages et antidotes, et quasi pour une Patenostre. Sur mon Dieu (dit alors Pasquier) mon compère, vous dites toute vérité, et me semble proprement estre en un nouveau monde. Mais puis que nous avons du loysir et jour suffisamment, je vous prie, avec le reste de la compagnie, de poursuyvre le propos encommencé. Ma foy (respondit Anselme) il est vray que j'ay fait l'ouverture et donné le commencement : mais de le bien continuer, j'en donne la charge à mon compère maistre Huguet, que voylà, s'il veult (dea1) en prendre la peine. C'est bien avisé (dist lors Lubin) que chacun en die comme il l'entend. Mais pource que nostre compère maistre Huguet a rosti en beaucoup de cuysines, mangé pain de divers maistres, vertevellé en plusieurs huysseries 2, et sait tresbien enfoncer les matières», il en dira (si bon luy semble) ce qu'il en pense. Maistre Huguet ne se bougeoit point, quand dix ou douze se levèrent pour le prier leur dire la façon des banquetz de son temps et manières de vivre, avec ce qu'il touchast un peu quelques points d'agriculture. A quoy s'accorda facilement le bon Huguet, qui, après avoir beu une fois de-vin qu'ilzavoient envoyé quérir, et avoir accoustré son bonnet (a) qui lui pendoit sur les yeux, commença à dire :

a. Var. : Chapeau.

i. Vraiment.

Page 1